Afrique

Tchad: un rapport Amnesty sur l'impact social des mesures d'austérité

Dans un rapport, publié ce lundi 16 juillet, intitulé « Budgets en chute, répression en hausse », l'ONG Amnesty International s'intéresse à l'impact social des mesures prises par le gouvernement tchadien, depuis 2015, pour faire face à la chute brutale des cours du pétrole. Baisse du budget de la santé, coupes budgétaires en matière d'éducation... les populations paient un lourd tribut et, lorsqu'elles manifestent pacifiquement leur lassitude, elles sont victimes de la répression par les forces de l'ordre.

Des mesures d’austérité, mais à quel prix ? Dans son dernier rapport publié ce lundi, Amnesty International montre que les réductions drastiques dans les secteurs de la santé et de l’éducation ont renforcé la précarité des populations les plus vulnérables. Cette étude s’appuie sur les témoignages de 176 personnes recueillis à Ndjamena, Massaguet, Massakory et Sarh.

L’ONG constate que le budget du gouvernement consacré à la santé a diminué de moitié entre 2013 et 2017. Les subventions allouées aux hôpitaux ont aussi baissé. Résultat : des pénuries récurrentes de médicaments et notamment de produits essentiels tels que le paracétamol et les désinfectants.

« Rien ne saurait justifier le non-respect des obligations minimales essentielles en matière de droit à la santé, même une crise économique », déplore Samira Daoud, la directrice régionale adjointe pour d’Afrique de l’Ouest et du centre d’Amnesty.

Seconde victime de ces coupes budgétaires : l’éducation. Suppression des bourses des étudiants, hausse des frais d’inscription dans les universités publiques, réduction de 50 % des primes et indemnités des fonctionnaires… tout ceci contribue à maintenir un faible taux de scolarisation, à avoir des salles de classe sous-équipées et une grogne sociale de plus en plus importante de la part des enseignants et des étudiants, constate l’ONG de défense des droits de l’homme.

Chaque fois qu'il y a eu des mesures d’austérité qui ont été prises, cela a entraîné des manifestations des populations, de la société civile, des étudiants, des élèves, mais aussi des grèves de fonctionnaires. De janvier à mars, nous avons documenté au moins 12 manifestations. Dans tous ces cas-là, il n’y a eu qu’une seule manifestation pendant laquelle les forces de sécurité n’ont pas eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Que les gens aient fait ou non usage de la force, les forces de sécurité ont frappé des manifestants. Il y a eu plusieurs blessés et 150 personnes, au moins, ont été arrêtées, dont de nombreux élèves et étudiants. Nous, ce que nous constatons c’est que la répression continue au Tchad. Les mêmes restrictions qui existaient avant continuent et sont encore plus renforcées. Par conséquent, le ton a durci encore plus et la situation est, pour nous, très inquiétante d’autant plus que nous avons eu à faire, auparavant, des recommandations et nous constatons que ces recommandations ne sont pas mises en œuvre.

RFI

L'Erythrée et l'Ethiopie rétablissent leurs relations diplomatiques

Cela fait 20 ans que les échanges diplomatiques entre les deux voisins étaient rompus. Ils sont désormais rétablis, a annoncé ce dimanche 8 juillet le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Asmara, après avoir été reçu en grande pompe par le président érythréen Issayas Afewerki.

Après un tête-à-tête avec le président de l'Erythrée, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé la réouverture des ambassades dans leurs capitales respectives, mais aussi la réouverture des frontières.

« Nous nous sommes mis d'accord pour que les liaisons aériennes ouvrent prochainement, pour que les ports soient accessibles, pour que les gens puissent circuler entre les deux pays et que nos ambassades ouvrent », a-t-il déclaré ce dimanche.

Un peu plus tôt sur Twitter, c'est son chef de cabinet qui annonçait que la liaison téléphonique directe était désormais restaurée entre l'Erythrée et l'Ethiopie. Une première en 20 ans.

Toute la journée, les images d'une foule en liesse dans les rues d'Asmara et celle de l'accueil chaleureux du président érythréen Issayas Afewerki au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à sa descente d'avion ont été diffusées par la télévision officielle érythréenne.

Les échanges de sourires et l'accolade entre les deux dirigeants, hautement symboliques, étaient inimaginables il y a quelques semaines encore, tant les tensions étaient vives entre ces deux frères ennemis.

Des étapes vers la paix

Il y a à peine un mois, le nouveau Premier ministre éthiopien crée la stupeur en annonçant son intention d'appliquer l'accord de paix signé en 2000 avec l'Érythrée et qui prévoit la restitution de territoires contestés à ce pays. Nouvelle surprise, le président érythréen Issayas Afewerki, qui a pourtant créé sa légitimité sur le conflit avec le voisin éthiopien, s'empresse d'accepter la main tendue.

Puis les évènements s’enchaînent. Une délégation de haut niveau se rend à Addis-Abeba il y a à peine deux semaines, pour la première fois depuis 20 ans. On annonce à l'occasion une prochaine visite du Premier ministre éthiopien à Asmara. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour le voir tenir sa promesse. Abiy Ahmed a atterri dimanche matin à l'aéroport d'Asmara où il a été accueilli en grande pompe.

Des contentieux à régler

Des spécialistes de la région saluent un pas important franchi sur le chemin de la paix, mais un pas encore « symbolique ». « Ce ne sont pour l'instant que des outils politiques », explique le journaliste Léonard Vincent, spécialiste de la région. Les deux pays doivent maintenant s'attaquer à la cause profonde de leur conflit. « La grande étape qu'il va falloir franchir maintenent, ça va être la gestion des territoires disputés, qui est au coeur de la guerre entre les deux pays. »

Le Premier ministre éthiopien doit restituer des territoires contestés à l'Érythrée, en particulier la ville de Badme, au grand dam d'une partie de la population qui parle de « trahison ». Il y a aussi la question de la démilitarisation de la zone frontalière, la reprise des relations économiques ou encore l'accès de l'Éthiopie aux ports érythréens.

« Il y a un certain nombre de problèmes techniques très lourds qu'il va falloir gérer. Et là on pourra commencer à parler d'un vrai rapprochement et d'un début de résolution définitif du conflit entre les deux pays », souligne Léonard Vincent, journaliste au Média et spécialiste de la Corne de l'Afrique.

La situation politique et économique de l’Erythrée est désastreuse. Le régime est sous le coup d’un embargo militaire, une surveillance internationale extrêmement stricte étant donné son pouvoir de nuisance dans la région, à soutenir des mouvements rebelles ici et là, et l’oppression de sa jeunesse qui s’enfuit par milliers tous les mois à travers les frontières. Toutes ces pressions ont fini par convaincre Issayas Afewerki, sans doute.
Léonard Vincent

Par RFI

L’identité au service de la croissance économique et sociale en Afrique

Posséder une identité légale est l’un des droits fondamentaux de tout individu. 1,1 milliard de personnes dans le monde n’ont aucune forme d’identité légale, physique ou digitale, reconnue par un État. Cette question touche de manière disproportionnée les femmes et les enfants des zones rurales pauvres d’Afrique, mais le continent change rapidement.
L’ONU souhaite attribuer à chaque être humain sur terre une identité légale d’ici 2030, et IDEMIA soutient les gouvernements dans la réalisation de cet objectif.

L’Afrique en pleine transition

Aujourd’hui, les pays africains désirent fournir une identité légale à tous leurs citoyens pour accélérer leur développement. De nombreuses initiatives ont tenté de répondre à ce défi de l’identité. Cependant, toutes se sont jusqu’à maintenant concentrées uniquement sur le développement de systèmes de registres indépendants et décolérés (civil, aides sociales ou électoral), qui ne permettent pas de profiter de synergies entre les systèmes.

Une identité pour tous, pour quoi faire ?

Derrière l’attribution d’une identité juridique aux citoyens, c’est également la possibilité d’instaurer un système administratif vertueux, au bénéfice des individus et des États, qui se fait jour.

Une personne régulièrement identifiée existe dès lors pour la société. Elle peut ainsi voter, prendre part aux systèmes éducatif et de santé, bénéficier de prestations sociales, mais également faciliter l’ouverture d’un compte en banque, la souscription à un abonnement mobile ou à un contrat d’assurance.

Pour les États, l’identité légale est donc bien un moyen d’inscrire le pays dans une dynamique de développement et de modernité. Connaître ses citoyens, à travers des données fiables et actualisées, ouvre la possibilité de mener des politiques publiques adaptées à la réalité du pays.

Une nouvelle vision pour l’identité : l’écosystème

Le défi de l’identité ne peut être adressé que par une approche holistique passant par des écosystèmes intégrés de gestion de l’identité. Il devient impératif de passer au-delà des solutions en silo et de concentrer nos efforts sur la gestion et la mise à jour de l’identité des individus depuis leur naissance jusqu’à leur mort, en connectant les registres fondateurs et les registres fonctionnels.

Une telle approche permettra de créer des synergies entre les registres et de faciliter la vie des citoyens. En effet, les diverses entités de l’Etat pourront, sous le contrôle du citoyen concerné, communiquer entre elles les informations dont elles ont besoin pour la bonne gestion des droits dudit citoyen.

IDEMIA a conçu la solution IDway, un écosystème de gestion de l’identité modulaire, pour répondre efficacement au besoin des gouvernements de fournir une identité légale à tous.

Jeune Afrique

Burundi: les jeunes filles bientôt privées d'école si elles tombent enceintes

Après l'interdiction de la mini-jupe, du défrisage des cheveux, du vernis à ongle dans les écoles, la ministre burundaise de l'Eduction s'attaque à un nouveau chantier dans le cadre de la moralisation de la société. Il y a une dizaine de jours, elle a sorti une circulaire qui interdit désormais aux jeunes filles enceintes de réintégrer leur école qu'elle soit publique ou privée (et du primaire au lycée) après la naissance de l'enfant. Une mesure qui suscite une levée de boucliers de la part de nombreuses ONG qui dénoncent un recul et une décision qui pénalise les victimes. Mais la directive serait venue, selon une information RFI, directement du chef de l'Etat.

L'injonction est venue du propre chef de cabinet du président burundais, selon une correspondance datée de fin mai et qui est parvenue à RFI. Il ordonne à la ministre de l'Education au nom du président Pierre Nkurunziza d'interdire désormais la réintégration dans les écoles publiques ou privées, primaire, collège ou lycée, d'une fille « victime de grossesse » « ou de la contraindre au mariage ». Cette mesure s'applique également « au garçon auteur de la grossesse ».

Seule possibilité qu'il leur est offerte pour assurer leur avenir : faire une école des métiers ou suivre une formation professionnelle. Message entendu, la ministre de l'Education Janvière Ndirahisha a repris quasi mot-à-mot il y a quelques jours l'injonction présidentielle dans une directive envoyée aux responsables de l'enseignement de toutes les provinces du pays pour qu'elle soit mise en application à la prochaine rentrée scolaire.

Mais la décision passe mal, d'autant plus que le sujet fait débat depuis des années au Burundi.

Les organisations de défense des enfants alertent depuis des années sur les chiffres « alarmants » de jeunes filles âgées de 12 à 18 ans du primaire et du secondaire qui tombent enceinte chaque année, environ 1700 rien que l'année passée. Le gouvernement s'en est même ému publiquement, à plusieurs reprises.
Plusieurs ONG locales sont donc montés au créneau pour demander au pouvoir burundais à revenir sur une mesure qui « sanctionne des victimes » et viole le droit international et national.

Mais silence radio du côté des autorités, la ministre de l'Education et son porte-parole refusent de s'exprimer sur le sujet.

RFI

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