mercredi, 20 juin 2018 07:36

RDC: à quand la réouverture de la Maison Schengen?

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Toujours pas de réouverture en vue en RDC pour la Maison Schengen, sorte de consulat européen géré par la Belgique et qui délivrait l’essentiel des visas pour l’Union européenne. Elle a fermé brutalement ses portes le 1er février dernier sur décision des autorités congolaises, dans le cadre d’une énième crise diplomatique entre Kinshasa et Bruxelles. Sur RFI dimanche 17 juin, le ministre congolais des Affaires étrangères Léonard She Okitundu a estimé que c’était à la Belgique de faire le premier pas avant d’envisager une réouverture. Où en sont les négociations ? Que réclame Kinshasa ? En attendant, des milliers de Congolais se trouvent ainsi privés de la possibilité de voyager en Europe. Par « solidarité » avec la Belgique et faute de moyens pratiques aussi, les pays de l’Union européenne ont décidé de ne pas se substituer à la Maison Schengen. Seuls les visas étudiants longs séjours, les visas diplomatiques et les visas pour urgence humanitaire continuent à être délivrés par les différents consulats comme c’était déjà le cas auparavant.

Kinshasa a d’abord tenté de convaincre plusieurs pays européens de gérer la Maison Schengen à la place des Belges. Mais l’Union européenne s’y est opposée, de peur que le cas congolais ne crée un dangereux précédent.

Depuis, la RDC a mis un nouvel élément dans la balance et tente en échange de la réouverture de la Maison Schengen d’obtenir la levée des sanctions européennes qui visent 16 officiels Congolais : gel des avoirs et interdiction de visa pour l’Europe. Kinshasa accuse les Belges d’en être les initiateurs.

Afin que le message soit bien clair, c’est d’ailleurs l’un de ces officiels sous sanction, le patron des renseignements Kalev Mutondo, que Kinshasa a tenté d’envoyer à Bruxelles pour un round de négociations prévu en avril. Faute de visa, il n’a pas eu lieu. « Les élections sont bonne voie, le contexte a changé », plaide un diplomate congolais. « Les sanctions sont liées à un contexte politique et il n’y a pas eu d’évolution notable », répond-on de l’autre côté.

Bref c’est l’impasse. Kinshasa veut croire en une évolution positive et met en avant ce coup de fil, il y a quelques semaines, entre son ministre des Affaires étrangères et la représentante de l’Union européenne Fédérica Mogherini. « Il s’agit seulement de contacts très informels, pas d’une négociation », tempère-t-on côté européen. Quant à une éventuelle rencontre à Bruxelles entre les deux diplomates, elle est envisagée. Mais aucune date n’a été fixée.

RFI

Ce mardi, le projet de loi asile-immigration était présenté au Sénat. Un texte qui doit durcir les conditions d'accueil des réfugiés en France et favoriser les reconduites aux frontières. Au même moment, ils étaient plusieurs centaines à protester devant l'entrée du bâtiment. Principale revendication : le retrait de ce projet de loi.

Un chant - « Etrangers, réfugiés, bienvenue dans nos contrées » - pour souhaiter la bienvenue aux migrants résonne devant le Sénat. A l'intérieur, au même moment, il est plutôt question de renforcer les frontières.

Mathilde Mas de l'assocation Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat), explique l'une des nombreuses conséquences que ce projet de loi pourrait avoir, comme par exemple la fin du regroupement familial pour les frères et sœurs d'un réfugié mineur : « Cela veut dire qu’aujourd’hui les parents d’un réfugié mineur, isolé, qui arrivent en France, qui est reconnu réfugié, les parents sont obligés de choisir entre rester au pays avec leurs autres enfants ou rejoindre leur enfant qui est en France. Et les sénateurs ont souhaité maintenir ça pour le moment, c’est très inquiétant. »

A quelques pas, Claude Bernard a les mains recouvertes de peinture rouge. Tout un symbole : « Dans peu de temps, les sénateurs et les députés, s’ils votent cette loi, ils auront du sang sur les mains. »

Justement, comme une lueur d'espoir, Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste, sort avec un mégaphone à la main. Il assure qu'il défendra leur point de vue devant le Sénat : « Ces associations ont beaucoup de mérite et je leur ai dit que je parlerai tout à l’heure en pensant à elles. »

La preuve pour ces manifestants que leur mobilisation sert à quelque chose.  Leur voix sera entendue pendant toute la durée des débats.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Mbaye Niang est devenu le premier buteur sénégalais en Coupe du monde, depuis 2002. L’attaquant a ainsi contribué à la victoire 2-1 face à la Pologne, ce 19 juin 2018 à Moscou. Parfois contesté par la presse locale, l’ex-grand espoir du football français a sans doute fait taire ses détracteurs au Sénégal.

De notre envoyé spécial à Moscou,

Buteur décisif et attaquant inlassable face à la Pologne, Mbaye Niang quitte le Stade du Spartak Moscou, sans grande effusion, avec le trophée d’homme du match sous un bras. Comme s’il était normal que l’avant-centre de 23 ans, né en France, ait été le principal artisan du retour victorieux des « Lions de la Téranga » en Coupe du monde, après 16 années d’absence.

« C’est une satisfaction, commente sobrement le pensionnaire du Torino (Italie), après un succès 2-1 ce 19 juin, dans le groupe H. Ce prix-là sera pour toute l’équipe parce que ça a été un grand match. On avait à cœur de rentrer dans cette Coupe du monde, avec une victoire. Je suis très heureux ce soir ».

« C’est un grand attaquant »

Et Mbaye Niang n'est sans doute pas mécontent d’avoir fait taire tous ceux qui avaient critiqué ses hésitations à défendre les couleurs du Sénégal. La presse locale a en effet rappelé à plusieurs reprises à quel point l’ex-grand espoir du football français n’avait pas toujours tenu un discours clair sur ses intentions, que ce soit à la Fédération sénégalaise de football ou aux prédécesseurs du sélectionneur Aliou Cissé.

« Peut-être qu’il a été critiqué pour vous, mais nous nous savons que Mbaye est un super joueur, rétorque le défenseur central Kalidou Koulibaly, lui aussi binational. S’il s’intègre à 100% au plan de jeu, dans l’équipe, on voit le joueur qu’il est. Il a fait un super match. Je suis très content pour lui parce qu’il le mérite. C’est quelqu’un qui est amené à jouer au haut niveau. Il l’a montré aujourd’hui face à la Pologne. Et j’espère qu’il va continuer à le faire tout au long de la compétition ».

Mame Biram Diouf, le compère d’attaque de Mbaye Niang, sourit. « Je ne suis pas surpris, parce qu’on connaît Mbaye, lâche le joueur de Stoke City (Angleterre). On sait bien qu’il est un grand attaquant. Quand il a l’envie de jouer, il est là. Il s’est montré présent ».

« Mbaye est fait pour jouer dans un grand club européen »

Déjà, avant la Coupe du monde, Aliou Cissé espérait que le débat autour de son protégé avait pris fin. « On est heureux de l’avoir avec nous, racontait le coach, qui a réussi à convaincre Mbaye Niang de franchir le cap, en septembre 2017. Pour moi, Mbaye est LE footballeur, c’est la classe, le charisme et un caractère. C’est un garçon qui peut faire énormément de choses. Je pense qu’il fait partie des joueurs les plus talentueux de cette équipe-là ».

Du talent, Mbaye Niang en a toujours eu beaucoup, à en croire ceux qui l’ont couvé ou côtoyé. Pourtant, il ne l’a pas vraiment exploité, au fil d’erreurs et de mauvais choix de carrière. Le fait d'avoir été trop ambitieux en passant directement de son club formateur, Caen (France), au grand AC Milan (Italie) en 2012, a notamment plombé son parcours. Son expérience milanaise a ainsi été entrecoupée de prêts dans plusieurs clubs de second rang comme Montpellier (France), le Genoa (Italie), Watford (Angleterre) et enfin le Torino. « J’espère vraiment que cette Coupe du monde-là lui servira de tremplin pour rattraper les six années qu’il a perdu. C’est vraiment un gâchis. Mbaye est fait pour jouer dans un grand club européen », conclut Aliou Cissé.

Reuters/GRIGORY DUKOR

Les représentants des églises, d’anciens procureurs américains et des élus de tous bords protestent contre le maintien d’enfants dans des centres d’accueil surpeuplés, loin de leurs parents. Mais la Maison Blanche ne fléchit pas. Donald Trump est allé rencontrer hier soir les élus républicains au Congrès, sans résultat tangible.

Avec notre correspondante à Washington, Anne Corpet

Le président américain campe sur sa ligne dure. Donald Trump a reconnu que la diffusion de ces images d’enfants séparés de leurs parents n’étaient pas bonnes sur le plan politique, mais il s’est montré inflexible : il ne veut régler cette question que dans le cadre d’un vaste projet de loi qui comprendrait le financement d’un mur à la frontière sud et des mesures de restriction à l’immigration légale.

Une approche contestée par quelques élus républicains et par la totalité des démocrates. « Il y a tant d’obstacles au passage d’une loi, le président pourrait régler cela d’un trait de plume, cela n’a aucun sens », a ainsi déclaré le chef de la minorité démocrate au Sénat.

Et c’est vrai que le processus législatif risque de prendre du temps, au minimum plusieurs jours pendant lesquels de nombreux enfants continueront d’être arrachés à leurs parents. Contre toute évidence, Donald Trump continue de faire porter la responsabilité de ces séparations familiales au parti de l’opposition.

Il l’a répété sur Twitter mardi, « les démocrates sont le problème ». « Ils se fichent de la criminalité et veulent que les immigrés illégaux déferlent et infestent le pays. »

« Infester », le verbe choque dans l’opinion. Il est habituellement réservé aux espèces animales nuisibles.

Ainsi, de plus en plus d’élus dont de hauts responsables du parti républicain se déclarent hostile à cette politique de tolérance zéro lancée fin avril par le ministre de la Justice. Douze sénateurs ont écrit à Jeff Sessions ce mardi pour lui demander de mettre un terme aux séparations familiales le temps qu’une loi soit votée.

 → A (RE)LIRE : Enfants séparés de leurs parents migrants: la polémique enfle aux Etats-Unis

Deux gouverneurs républicains ont aussi annoncé qu’ils refuseraient de déployer la garde nationale à la frontière tant que le problème ne serait pas résolu. Et six cents membres de l’Eglise méthodiste ont signé un communiqué dans lequel ils qualifient les séparations familiales de « maltraitance à l’encontre des enfants ».

La politique de Donald Trump est également mise en cause sur le plan légal : le gouverneur de New York a annoncé que son Etat allait attaquer l’administration fédérale pour violation des droits des enfants de migrants.

RFI

 

Conférence des Africanistes -Enseigner en français et en langues africaines. par le Pr Musanji Ngalasso-Mwatha-Musée du Quai Branly Paris 16

Comment concevoir les outils didactiques ? par le Pr Musanji Ngalasso-Mwatha-Musée du Quai Branly Paris

jeudi 21 juin 2018 à 18h, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Salle de cinéma, Entrée gratuite

Les débats engagés, depuis 50 ans, par les intellectuels africains, au niveau des Etats et au sein des institutions de la Francophonie, ont montré la nécessité de développer des politiques linguistiques favorisant la convivialité et le partenariat entre le français et les langues nationales, en particulier au niveau de l'enseignement. Nous pensons que l'heure n'est donc plus aux débats théoriques sur l'opportunité ou non d'intégrer les langues nationales dans l'enseignement. Le temps est venu de passer résolument à l'action concrète qui consiste à concevoir les outils de travail permettant de rendre opératoires et opérationnels cette convivialité et ce partenariat linguistiques. Le programme ELAN, qui engage déjà plusieurs Etats africains francophones, va dans le bon sens en mettant l'accent sur l'élaboration des manuels didactiques qui doivent permettre l'instauration d'un enseignement bilingue de qualité.

Pour plus d'informations voir la pièce jointe ou aller su notre site: http://africanistes.org/evenement/ngalasso-mwatha-musanji-enseigner-francais-langues-africaines-concevoir-outils-didactiques


Maria Teixeira
Secrétaire générale
Société des Africanistes
Musée du quai Branly
222, rue de l'Université
75007 PARIS
http://www.africanistes.org

Ngalasso Mwatha Musanji, membre de l'Académie Africaine des Langues - ACALAN


Ngalasso Mwatha Musanji est professeur émérite à l'Université Bordeaux Montaigne et Senior Research Fellow à l'Université de Johannesburg (Afrique du sud). En mars 2017, il est élu Membre de l'Académie Africaine des langues (ACALAN), organisme de l'Union Africaine situé à Bamako (Mali).


Entretien avec Ngalasso Mwatha Musanji
Comment définiriez-vous cette Académie ?


ACALAN signifie « Académie africaine des langues » et œuvre pour la valorisation des langues africaines
C'est une institution scientifique spécialisée de l'Union Africaine. Créée en 2001, l'ACALAN a son siège à Bamako (au Mali). Elle se compose de membres, en provenance de divers états d'Afrique, qui sont élus par leurs pairs. L'Académie jouit d'un statut de personne morale de droit public et ce statut particulier est géré par ses membres en assemblée.
L'ACALAN n'est pas, comme on le dit souvent, à tort, une « Académie des langues africaines » dont l'objectif serait la promotion exclusive des langues nationales. Le projet de l'Académie n'est pas de mettre hors du continent les langues héritées de la colonisation (anglais, français, portugais, espagnol). Ces langues de rayonnement international sont considérées comme des partenaires objectifs des langues africaines. Elles ont intérêt à aider les langues nationales à se développer et à s'outiller techniquement et scientifiquement, au risque d'être accusées, avec raison, d'impérialistes et de néocoloniales.


Il reste que la principale mission de l'ACALAN est de normaliser et de perfectionner les langues africaines. Il s'agit de promouvoir les langues transfrontalières en donnant une impulsion décisive à la recherche en coopération étroite avec l'ensemble des académies nationales et en assurant l'appui technique aux différents États membres pour la formulation et la mise en œuvre de leur politique linguistique. L'ACALAN œuvre pour la valorisation des langues africaines pour en faire des outils de travail à tous les niveaux, pour faciliter les échanges culturels et renforcer la coopération économiques entre les États africains.
L'utilisation des langues africaines doit être un facteur d'intégration, de respect des valeurs culturelles, de solidarité et de compréhension mutuelle afin de promouvoir la paix et de prévenir les conflits.

Par quel processus avez-vous été élu membre de cette académie ?


L'élection à l'Académie Africaine des Langues se fait par cooptation, sur la base des travaux scientifiques connus et reconnus. Je n'ai donc pas eu à faire acte de candidature. Je travaille depuis longtemps à la description scientifique, à la valorisation des langues africaines en tant que instruments pour l'éducation et pour le développement économique et social des gens qui les parlent. Cette élection comme membre de l'académie africaine des langues marque sans doute la reconnaissance de mes travaux de recherche sur les langues du continent.


Quelle est votre motivation ?


Je n'ai qu'une seule motivation : être utile à l'Afrique dans mon domaine de compétence, la connaissance des langues et des cultures qu'elles servent. Après une longue carrière universitaire, après de nombreuses années de recherche et de publications théoriques, je suis particulièrement heureux d'entrer dans une institution interafricaine et de m'investir dans les secteurs de la linguistique appliquée : comment écrire les langues africaines, comment les enseigner, comment créer les terminologies techniques et scientifiques, comment élaborer des dictionnaires de langues, comment créer des instruments pédagogiques et des matériels didactiques ; comment contribuer à la transmission des valeurs culturelles africaines et comment contribuer à la traduction, dans ces langues, des œuvres de valeur universelle.


Quel va être votre rôle ?


Je travaillerai, bien sûr, sur tous les aspects de la mission dévolue à l'Académie (promotion des langues africaines, analyse des politiques linguistiques des États). Je m'impliquerai tout particulièrement dans les activités terminologiques et dictionnairiques. Il s'agit d'associer les langues africaines au développement du continent. À l'évidence, les langues européennes seules ne peuvent pas assurer le développement des pays africains sans le concours des langues parlées concrètement par les Africains.

Je le dis souvent, pour qu'une langue puisse servir le développement il faut qu'elle soit elle-même développée : le développement par les langues suppose donc le développement des langues. Or développer les langues c'est à la fois assurer leur description complète et œuvrer à leur instrumentalisation rapide (aménagement d'une transcription orthographique, élaboration d'une terminologie adéquate, confection des ouvrages de références et des manuels d'apprentissage) ; c'est, en même temps, favoriser l'emploi de ces langues dans la vie publique comme dans la pratique littéraire. Dans des situations multilingues, qui sont la règle dans les États africains, la promotion de la pluralité et de la diversité linguistique est un impératif absolu, qui, si elle est conduite avec intelligence et méthode, peut constituer un puissant moyen de lutter contre la mondialisation, cette forme pernicieuse d'uniformisation et de nivellement par le bas, et de refuser le suicide culturel collectif.


Quel est votre sentiment ?


Sentiment de légitime fierté et de responsabilité. Fierté, car cette élection m'honore bien évidemment personnellement mais elle fait honneur à l'Université à laquelle j'appartiens depuis quelques décennies : l'Université Bordeaux Montaigne. Responsabilité car il faudra être à la hauteur de la confiance qui m'a été témoignée et de la mission qui m'a été confiée.
Une carrière internationale

Ngalasso Mwatha Musanji a commencé sa carrière, en 1965, comme professeur du secondaire : il a enseigné le latin et le français.

Sa carrière dans l'enseignement supérieur a débuté en 1970 d'abord à l'Université Lovanium de Kinshasa et ensuite à l'Université Nationale du Zaïre à Lubumbashi (République Démocratique du Congo).

De 1982 à 2013 il a enseigné la sociolinguistique et la linguistique africaine à l'Université Bordeaux Montaigne. Il a introduit au département des Sciences du langage un cours de linguistique africaine et l'enseignement d'une langue africaine (le lingala).Il a été directeur du CELFA (Centre d'Etudes Linguistiques et Littéraires Francophones et Africaines), membre de l'Equipe d'Accueil CLARE (Cultures, Littératures, Arts, Représentations, Esthétiques) et chercheur associé à LAM (Les Afriques dans le Monde), UMR 5115 du CNRS, unité de recherche adossée à Science Po Bordeaux. Depuis 2013 il est professeur émérite à l'Université Bordeaux Montaigne et Senior Research Fellow à l'Université de Johannesburg (Afrique du sud).

Il a enseigné dans les universités suivantes comme professeur associé ou invité : Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, Université Paris 10 - Nanterre, Université Paris 13 – Villetaneuse, Université Laval (Québec, Canada), Université de Moncton (Nouveau - Brunswick, Canada), Université de Californie à Berkeley (San Francisco, USA), Université de Bergen (Norvège), Université de Tétouan (Maroc), Université de Nouakchott (Mauritanie), Université de Kara (Togo), Université de

 

L'invention des vacances pour se reposer ou pour s'accomplir ? Partir ou rester ?

« Ce qu'il y a de passionnant dans l'invention des vacances, c'est la pensée, puis l'organisation d'un temps vacant, vide, sans devoir ni fonction a priori, et qui plus est, depuis 1936, un temps payé.
(...)
Ce temps nous appartient, il est à nous, à chacun de nous », écrit le sociologue Jean Viard (Le Triomphe d'une utopie, L'Aube, 2015). Pour autant, le vacancier moderne ne reste pas les bras ballants : il se déplace en nombre vers des lieux de loisirs et se livre à toutes sortes d'activités inhabituelles, telles que vivre presque nu, gravir des sommets ou sillonner la mer. Comment en est-on arrivé là ? L'alternance des saisons, l'invention du tourisme, les vertus médicinales de l'air, du soleil et de l'eau, le besoin de repos et le salariat ont au cours de l'histoire concocté la recette des vacances telles que nous en consommons presque tous. Et si les raisons d'en prendre ne doivent plus rien ni à Dieu ni aux nécessités sociales, les choix qui s'offrent à nous restent marqués par des traditions bien ancrées. Ou presque...


Vacances : pour se reposer ou pour s'accomplir ?


Jean-François Dortier


J'ai connu le sociologue Joffre Dumazedier, l'auteur du classique Vers une civilisation des loisirs, paru en 1962. Je suis allé le voir dans sa maison à Château-Rouge, en région parisienne. C'était au milieu des années 1990 ; il avait alors 80 ans et était très en forme. Il continuait à faire du footing et à jouer au basket dans sa cour.
Il m'avait confié que son prénom (Joffre) était dû à la grande popularité du général Joffre, à sa naissance (il était né en 1915 !). Une circulaire avait alors interdit de baptiser les enfants de son nom, mais le secrétaire de mairie de sa commune était passé outre.


Joffre Dumazedier était curieux de tout. Avec lui, on parlait de sociologie, de sport (il avait été champion de 100 mètres dans sa jeunesse), de l'aventure de la revue Sciences Humaines (dont il était un chaud partisan), de philosophie. Un jour, il m'a offert une encyclopédie des sciences sociales publiée en anglais (« tiens, Dortier, tu dois faire la même... »)
Son livre sur la civilisation des loisirs, bien que l'ayant rendu célèbre, lui laissait tout de même un arrière-goût amer car son succès avait été fondé sur un malentendu.
« On y a vu une évolution sociologique : l'essor du temps libre assimilé aux vacances, à la ruée vers le soleil, aux embouteillages sur l'autoroute, aux plages bondées où l'on vient se faire bronzer, aux parasols, au camping, au pastis et au jeu de boule. »


À l'époque, les loisirs étaient caricaturés et méprisés par l'intelligentsia.


Mais sa vision des loisirs était tout autre. Pour lui, les loisirs offraient une opportunité aux individus : en se libérant d'un travail, abrutissant pour beaucoup, les gens allaient pouvoir se consacrer à leur propre épanouissement : la lecture, les activités culturelles, le sport ou l'engagement militant. Il avait été, après la Seconde Guerre mondiale, un promoteur de l'éducation populaire, qu'il concevait comme une voie de promotion sociale et d'épanouissement humain.


Avec le recul, je me demande ce que penserait Joffre Dumazedier de l'évolution récente des loisirs. Car les choses ont bien changé depuis les années 1960. Les vacances ne sont plus assimilées au repos, à la canne à pêche et aux mots fléchés.


Désormais, elles sont vécues par beaucoup comme une vie parallèle. Elles se veulent plus créatives ou enrichissantes. En témoignent le nombre croissant de festivals (musique, théâtre), de salles de musées et de monuments bondés, les ventes faramineuses de romans et polars dans la période estivale (les critiques leur accordent aujourd'hui une vraie valeur littéraire), le boom des activités sportives, la banalisation des voyages à l'étranger.


Finalement, les vacances sont peut-être une des plus belles conquêtes de l'humanité. L'espoir que mettait Joffre Dumazedier dans la civilisation des loisirs est en train de se réaliser en partie. Les vacances ne sont plus simplement un moment de décrochage pour se laisser aller au farniente (« La valeur des grandes vacances, c'est la vacance des grandes valeurs », notait alors malicieusement Edgar Morin, autre pionnier de l'étude de la culture populaire). Pour beaucoup, elles sont devenues un temps non seulement pour se ressourcer, mais pour découvrir le monde, approfondir ses passions et se cultiver soi-même.


Partir près ou partir loin, mais en tout cas partir... Pas de vacances sans quitter son chez-soi.

Aussi divers soient les objectifs poursuivis et les manières de s'y prendre, les Français tiennent-ils toujours à leurs migrations saisonnières ?

Saskia Cousin, sociologue, auteure avec Bernard Réau de Sociologie du tourisme, La Découverte, coll. « Repères », 2016.


La raison de prendre des vacances est-elle toujours celle que l'on donnait encore au début du siècle dernier : se refaire une santé ?


Les vacances ont obéi à des besoins très variés. Au 16e siècle, en Angleterre, le terme vacances (vacation) désigne la période où les lords et les magistrats vont s'occuper de leurs domaines. Les congés scolaires se sont imposés au milieu du 17e siècle. Cela permettait aussi aux enfants de l'aristocratie de chasser le renard l'été. Le tourisme est autre chose, qui concernera essentiellement des oisifs jusqu'au 20e siècle. C'est au 18e siècle....

 

Didier Fassin : « Sauver des vies est devenu illégitime et condamnable »

« Il faut considérer les migrants comme des figures centrales du monde contemporain »

Libération, 2 février 2018
Retour sur les récentes interventions de Didier Fassin, médecin, anthropologue, directeur de recherche (CNRS/EHESS) :

Entretien avec Didier Fassin

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d'emploi critique», l'anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n'accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

Extrait :

Didier Fassin : « La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu'elle est débordée par d'autres raisons – à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d'un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c'est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l'heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l'encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l'humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.

http://www.liberation.fr/debats/2018/02/02/didier-fassin
Par Sonya Faure, Recueilli par — 2 février 2018 à 17:06

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d'emploi critique», l'anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n'accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

La vie n'a pas de prix. Mais les vies ne se valent pas toutes. Il y a huit ans, Didier Fassin tirait de sa double expérience de médecin et d'anthropologue une hypothèse : les sentiments moraux et la compassion, le fait de sauver des vies, étaient devenus, depuis les années 70, un ressort essentiel des politiques contemporaines. C'était le cœur de son essai la Raison humanitaire (Seuil), qui ressort ces jours-ci augmenté d'une postface inédite. Mais peut-on en dire autant aujourd'hui, quand l'Europe laisse à la Turquie le soin de gérer l'afflux de migrants à ses portes et que le gouvernement français hésite à leur offrir des points d'eau dans le Calaisis ? Dans son dernier livre, la Vie, mode d'emploi critique (Seuil), issu de conférences données à l'Institut de recherche sociale de Francfort, le professeur de sciences sociales à l'Institut d'étude avancée de Princeton revient sur un paradoxe : jamais la vie n'a été aussi sacralisée dans nos sociétés occidentales. Mais rarement les vies n'ont paru si inégales.

Qu'appelez-vous la «raison humanitaire», qui a sous-tendu selon vous nombre de politiques menées en Occident ces dernières décennies ?

A partir des années 70, les victimes - de pauvreté, de conflits, d'épidémies... - deviennent une «cause». Médecins sans frontières est créée en 1971, les puissances internationales interviennent dans des pays tiers au nom de la survie des populations locales comme en Somalie en 1993, et le principe de responsibility to protect [«responsabilité de protéger»] est voté par les Nations unies en 2005.

Cette «raison humanitaire», ces actions déployées au nom de sentiments moraux et particulièrement de la compassion, formait un langage que tout le monde pouvait s'approprier, des ONG aux Etats, des gouvernements conservateurs aux partis progressistes. Elle est devenue consensuelle, au point d'être utilisée par certains de manière cynique, comme lors des interventions en Afghanistan ou en Libye, et de pouvoir justifier des opérations qualifiées de militaro-humanitaires, au Kosovo ou en Irak. On peut en effet difficilement s'opposer à l'idée de sauver des vies. Mais cette logique prévalait aussi sur le territoire national, en France notamment, à l'égard des personnes sans emploi ou des étrangers en situation irrégulière.

Est-ce encore d'actualité quand on voit l'attitude de l'Europe face aux migrants ?

La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu'elle est débordée par d'autres raisons - à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d'un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c'est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l'heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l'encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l'humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.

Ce revirement spectaculaire est au cœur de la tension que vous analysez dans la Vie : comment une société qui place la vie au-dessus de tout peut-elle accepter que certaines vies ne valent rien, ou pas grand-chose ?

J'ai laissé de côté la question classique en philosophie - qu'est-ce qu'une vie «bonne» ? - pour m'intéresser à une question plus rarement posée : qu'est ce qui a fait que la vie est devenue, assez récemment d'ailleurs, la valeur suprême de nos sociétés ? Le christianisme a joué un rôle central dans la sacralisation de la vie, mais, fait relativement nouveau, cette dimension sacrée s'est déplacée vers la vie physique ou biologique.

C'est-à-dire ?

Le philosophe anglais Locke avait bien noté que n'importe qui se sentirait insulté si on lui demandait s'il sait ce qu'est la vie. Et pourtant, tenter de la définir est une impasse. Notamment parce qu'il y a ce grand écart entre la vie biologique - la vie d'une cellule, la vie telle qu'elle s'exprime dans le génome - et la vie biographique - celle qu'on peut raconter, la vie sociale. Hannah Arendt le dit bien : on a d'un côté ce qui va de la naissance à la mort et qui est commun à tous les êtres humains (la vie biologique) et de l'autre, ce qu'on peut raconter des événements qui se sont déroulés dans cette période (la vie biographique).

Pendant deux millénaires, d'Aristote à Hegel en passant par Descartes, des théories ont essayé de tenir ces deux bouts. Puis au XXe siècle, les travaux scientifiques, qu'ils cherchent des traces de vie infiniment loin dans l'univers ou qu'ils pistent les origines de la vie infiniment loin dans le temps, se sont de plus en plus approchés d'une vie molécularisée. L'exploration de la vie comme phénomène biologique a considérablement éloigné les deux formes de vie, celle du scientifique et celle du romancier. A la fin du XXe siècle, c'est la vie physique, corporelle, qui a été sacralisée.
Vous prenez l'exemple des migrants...

Dans les années 90, alors que les portes des pays européens s'étaient progressivement refermées face aux migrants économiques comme face aux réfugiés politiques, on fit une exception. En France, on ajouta un nouveau critère de régularisation : un étranger en situation irrégulière dont la vie est menacée par une maladie qui ne peut être soignée dans son pays d'origine peut obtenir un droit de séjour et une prise en charge médicale. Cette «raison humanitaire» a connu un succès très rapide, au point de dépasser significativement, dans les années 2000, le nombre de personnes bénéficiant du statut de réfugié. Les choses sont plus compliquées aujourd'hui car même cette raison médicale est à son tour devenue suspecte aux yeux de l'Etat, tandis qu'un léger ressaut s'est produit dans le traitement des demandes d'asile.

On voit bien, malgré tout, le glissement qui s'est opéré dans l'éthique de la vie : on vient plus naturellement en aide aux personnes exposées à des pathologies qu'à celles menacées par des persécutions. Le certificat médical devient plus crédible que le récit des demandeurs, de plus en plus souvent remis en cause. On retrouve la même logique avec les mineurs isolés étrangers, qu'on soumet à des tests osseux pour vérifier qu'ils sont bien mineurs. Cette prééminence du biologique sur le biographique est dans ces différents cas d'autant plus remarquable que le premier n'est guère plus fiable que le second.

C'est ce que vous appelez l'avènement d'une «citoyenneté biologique» ?

En effet, c'est la reconnaissance d'une place légitime dans la société sur la base de critères biologiques - une affection ou un test osseux. Prenons un autre cas. Le saturnisme infantile, c'est-à-dire l'intoxication au plomb par ingestion ou inhalation de vieilles peintures, touche essentiellement des enfants de familles migrantes. Il a fallu qu'on découvre cette maladie dans les années 80 pour qu'on pose enfin dans l'espace public la question du logement particulièrement insalubre de ces populations et qu'on cherche des solutions pratiques. Pour mobiliser les autorités, les associations ont dû traduire des inégalités sociales dans le langage de la maladie, de la souffrance, de la biologie.

Vouloir sauver des vies est un progrès. Pourquoi estimez-vous que c'est aussi un risque ?

Il n'y a pas lieu de contester la légitimité de l'action humanitaire. Mais elle se fait au détriment d'autres approches. Prenons le cas des Territoires palestiniens. Pour alerter sur la souffrance des jeunes hommes menant l'intifada, les ONG les ont présentés comme des victimes, des êtres traumatisés par l'occupation. Ils le sont sans doute, mais les considérer uniquement ainsi fait perdre la signification politique de leur geste. On risque de les priver de leur parole, qui est celle d'une révolte, et de leur histoire, qui est celle d'une oppression : ce ne sont pas seulement des gens qui souffrent, ce sont des hommes spoliés et humiliés qui refusent leur condition. Walter Benjamin avait déjà pointé ce risque d'une vie réduite au seul fait de vivre, comme il le dit. La citoyenneté biologique restreint l'espace des droits sociaux. L'urgence humanitaire réduit la force de la demande de justice sociale.

Comment expliquer ce paradoxe : la vie est devenue à nos yeux inestimable, mais on le voit tous les jours, toutes les vies n'ont pas le même prix...
L'idée que la vie humaine pouvait avoir un équivalent monétaire a fini par s'imposer au XIXe siècle, avec l'essor des assurances vie et l'indemnisation des accidents du travail. Mais toutes les vies n'ont pas le même prix. Un fonds de compensation des victimes du 11 Septembre a ainsi été créé après l'attaque du World Trade Center. Les familles ont été indemnisées en fonction, notamment, des revenus de leurs proches décédés. Ce qui a amené à ce que certaines familles obtiennent des réparations huit fois plus élevées que d'autres et à ce que, parmi les victimes, mécaniquement, les femmes se voient accorder une valeur un tiers plus faible que les hommes.

Il y a aussi des inégalités de traitement selon l'événement tragique dans lequel on trouve la mort : ni l'attentat d'Oklahoma City en 1995 (168 décès), ni l'ouragan Katrina en Louisiane en 2005 (1 245 décès) n'ont ouvert le droit à des indemnisations par les pouvoirs publics. Le World Trade Center était un élément fédérateur contre un ennemi extérieur. Dans le cas d'Oklahoma City, l'ennemi était intérieur : c'était un ancien militaire blanc. Dans le cas de la Lousiane, les victimes étaient essentiellement des Noirs américains. Mais parler de vies inégales va bien plus loin. Il y a des inégalités invisibles, comme celles mesurées par les statistiques. On croit bien souvent qu'on meure plus ou moins tôt pour des raisons génétiques ou par manque de chance. Or les individus ne sont pas égaux face au diabète, au cancer, mais aussi aux accidents ou aux suicides. En France, les ouvriers meurent deux fois plus que les cadres supérieurs entre 35 et 65 ans. Des études récentes ont montré que l'expérience même de la discrimination et de la dépréciation a un effet néfaste sur l'espérance de vie. Comme l'écrivait Maurice Halbwachs il y a un siècle, la mort n'est pas une sorte de fatalité, elle est la conséquence de «l'importance attribuée à la vie humaine».

Or la question des vies inégales est peu abordée dans nos sociétés. Cette inégalité n'est, du reste, pas uniquement quantitative, comme le révèlent l'évaluation monétaire et la mesure de la mortalité : elle est aussi qualitative. Elle se lit dans les conditions de vie faites à certaines parties de la population, qu'il s'agisse de logement, d'éducation, de travail, de rapport à la police, à la justice et à la prison. Ainsi faudrait-il entendre l'expression «espérance de vie» non seulement dans le sens de durée moyenne de l'existence, comme le disent les démographes, mais aussi dans le sens ce qu'on est en droit en attendre en fonction de qui l'on est et où l'on vit : ce qu'on peut en espérer.

Continuer de dire et de croire que la vie est notre valeur suprême, est-ce alors une manière de s'aveugler ?

On le voit dans la manière dont nos gouvernants parlent des migrants. Le chef de l'Etat dit à Calais : «Notre honneur est d'aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l'humanité durable dans la République.» Ses propos sont démentis sur le terrain par les actions des agents qui, à la demande du pouvoir, œuvrent de manière aussi indigne qu'inefficace. Mais il est important de faire croire et de se faire croire que toutes les vies auraient le même prix. Sinon, ce serait tout notre édifice humaniste qui s'effondrerait. L'honneur, aujourd'hui, est du côté de celles et ceux qui dénoncent cette mystification.
Sonya Faure Recueilli par

« Il faut considérer les migrants comme des figures centrales du monde contemporain »
Le Nouveau Magazine littéraire, 31 janvier 2018

Entretien avec Didier Fassin La vie d'un réfugié vaut-elle autant que celle d'un Français ou d'un Américain ? A priori, oui. Mais la réalité est toute autre, comme le démontre l'anthropologue Didier Fassin dans son dernier essai.

Extrait de l'entretien :

LNML : Vous confrontez dans votre essai l'approche philosophique de la vie, selon laquelle toutes les existences se valent, aux résultats d'enquêtes anthropologiques où le concept apparaît pluriel et fortement inégal. Comment expliquez-vous cette tension ?

Didier Fassin : Lorsqu'on s'interroge sur la vie, on est à la fois confronté à l'immensité du concept et à la polysémie du mot. J'ai tenté de nouer cette tension entre deux grandes orientations : la « vie biologique », celle qui commence avec la naissance et se termine à la mort, et concerne tous les vivants, et la « vie biographique », au sens où elle est constituée d'évènements, que l'on peut raconter et auxquels on donne un sens. Le philosophe et médecin Georges Canguilhem distingue ainsi le participe présent et le participe passé du verbe vivre : le vivant et le vécu. Pendant deux mille ans, les philosophes ont tenté de les penser ensemble.

Mais depuis un siècle, ces deux voies ont bifurqué. D'un côté, les sciences de la vie ont cherché à aller de plus en plus loin dans la compréhension du vivant à travers notamment l'exploration du génome, noyau ultime de la question de l'identité d'un individu, jusqu'à la vie qu'on cherche sur d'autres planètes. On est ici sur une réduction biomoléculaire de la vie. D'un autre côté, les sciences humaines mais aussi la littérature ont développé un tout autre chemin, celui de la vie vécue et racontée. Partant de ce constat, j'ai tenté de voir s'il était possible de renouer ces deux conceptions de la vie, de reconstituer une sorte de puzzle avec ces fragments de vie, d'où ma référence au roman de Georges Perec, La Vie mode d'emploi. Le paradoxe que j'essaie de montrer est qu'il s'est produit dans nos sociétés contemporaines un mouvement par lequel la vie biologique a pris le pas sur la vie biographique....

« Didier Fassin et des vraies vies »

France inter, lundi 8 Janvier 2018

Didier Fassin, anthropologue, directeur de recherche CNRS/EHESS est l'invité de Laure Adler dans « L'Heure bleue »

Penser et agir de telle sorte que puisse s'inventer un nouveau mode d'emploi pour une vie plus juste : telle est la tâche à laquelle Didier Fassin s'attache. Pour ce faire il s'appuie sur ses propres enquêtes de terrain, à travers le monde, comme sur son savoir et sa pratique médicale ou encore sur ses lectures, philosophiques et littéraires. Il est l'invité de l'Heure Bleue pour présenter ses deux livres « La vie : mode d'emploi critique« , et « L'ombre du monde : une anthropologie de la condition carcérale suivi de Portrait de l'ethnographe en critique » parus aux Editions du Seuil.
(Re)écouter l'intégralité de l'interview

mardi, 19 juin 2018 09:08

Mondial 2018 : un groupe H comme homogène

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La dernière poule de la Coupe du monde regroupant la Pologne, le Sénégal, la Colombie et le Japon est la plus indécise de ce premier tour.

Difficile de prédire le classement de ce groupe H tant les équipes semblent être proches. La Pologne semble néanmoins posséder une petite marge d'avance vu son bon classement Fifa. Mais la Colombie, révélation du dernier Mondial, et le Sénégal n'ont rien à lui envier niveau sportif. Quant au Japon, son expérience de la compétition n'est pas négligeable.
Pologne : en route pour la fête des voisins

Les Polonais n'ont pas à effectuer un long voyage pour se rendre au Mondial 2018 chez leur voisine, la Russie. Cet avantage n'est pas à négliger. D'autant que la Pologne se trouve dans un groupe où elle possède de grosses opportunités pour se qualifier au tour suivant. Parmi les hommes retenus figurent plusieurs références du football européen, comme Szczesny, Glik, Blasczykowski, Krychowiak ou Lewandowski.

La Pologne n'a pas participé au Mondial 2014 en ne passant pas le cap des éliminatoires. Mais elle a été présente à l'Euro 2016 et ne s'est fait sortir qu'aux tirs au but en huitième par le Portugal, futur vainqueur de l'épreuve. Première du groupe E pour les qualifications de ce Mondial devant le Danemark, l'équipe affiche de réels progrès. La liste des 23 comporte beaucoup d'expatriés. La plupart des joueurs retenus par Adam Nawalka officient en Série A italienne, en Bundesliga allemande ou en Premier League anglaise.
Sénégal : bonne surprise ou déception ?

Les Lions de la Teranga disputent leur seconde phase finale de Coupe du monde. Pour leur premier passage en 2002, les Sénégalais avaient fait sensation en battant la France, tenante du titre, puis en atteignant les quarts de finale. Peuvent-ils réitérer un tel parcours en 2018 ? Le groupe est de qualité pour bien figurer. Kalidou Koulibaly (Naples), Idrissa Gueye (Everton), Keita Baldé (Monaco) et Sadio Mané (Liverpool) possèdent l'expérience des grands matches grâce à leur vécu en club. Ces joueurs ne postulent pas pour le Ballon d'or mais sont des références à leur poste.

Le sélectionneur Aliou Cissé représente une vraie plus-value pour l'état d'esprit, puisqu'il était justement le capitaine des Lions de la Teranga au Mondial 2002. Ses qualités de coach ont été démontrées lors de la CAN 2017 où le Sénégal a été éliminé aux tirs au but en quarts par le Cameroun, futur gagnant du tournoi. Mais les équipes africaines, notamment francophones, ne font pas vraiment honneur à leur réputation depuis quelques éditions en Coupe du monde. Le Sénégal va-t-il poursuivre cette série négative ou bien la rompre ?
Colombie : confirmation obligatoire

Révélation de la dernière Coupe du monde, la Colombie entend bien réaliser une bonne performance au Mondial 2018. Elle s'est d'ailleurs récemment illustrée en battant la France en match amical après avoir été menée au score (victoire 3-2). Le groupe est composé de joueurs qui évoluent dans de grosses écuries européennes comme James Rodriguez (meilleur buteur du Mondial 2014), David Ospina ou Luis Muriel.

Lire aussi - Football : les Bleus se gâchent la fête

La sélection peut aussi compter sur son buteur providentiel Radamel Falcao, qui dispute enfin une phase finale (il était blessé en 2014). Les Sud-Américains ont plutôt été épargnés par le tirage au sort en ne tombant sur aucun cador, et doivent saisir cette opportunité. L'aventure colombienne en Russie serait un échec si l'équipe ne passait pas ce premier tour.
Japon : des Nippons à la sauce allemande

Le Japon n'aborde pas ce Mondial 2018 dans le meilleur des contextes. Jugé trop autoritaire, l'ex-sélectionneur Vahid Halilhodzic a été démis de ses fonctions le 9 avril dernier et remplacé par un entraîneur du cru, Akira Nishino. Le choix peut surprendre, car ce technicien est inactif depuis trois saisons. Côté terrain, l'équipe s'est qualifiée avec aisance pour la phase finale. Mais, sur le papier, elle semble être la plus faible de ce groupe H.

Point positif, les adversaires de cette poule – Pologne, Colombie Sénégal – ne sont pas non plus des épouvantails. Le groupe de 23 formé pour cette coupe du monde comprend huit footballeurs évoluant en Allemagne, dont la star et meilleur joueur Shinji Kagawa qui s'illustre régulièrement avec le Borussia Dortmund. L'arrière droit de l'OM, Hiroki Sakai, a été retenu. Ce qui n'est pas le cas pour son concurrent au poste en club Bouna Sarr, absent de la liste des Bleus de Deschamps.

Les 23 de la Pologne

Gardiens : Bartosz Bialkowski (Ipswich Town/Angleterre), Lukasz Fabianski (Swansea/Angleterre), Wojciech Szczesny (Juventus/Italie)

Défenseurs : Jan Bednarek (Southampton/Angleterre), Bartosz Bereszynski (Sampdoria Gênes/Italie), Thiago Cionek (SPAL/Italie), Kamil Glik (Monaco/France), Lukasz Piszczek (Borussia Dortmund/Allemagne), Artur Jedrzejczyk (Legia Varsovie), Michal Pazdan (Legia Varsovie)

Milieux : Jakub Blaszczykowski (Wolfsburg/Allemagne), Jacek Goralski (Ludogorets Razgrad/Bulgarie), Kamil Grosicki (Hull City/Angleterre), Grzegorz Krychowiak (WBA/Angleterre), Rafal Kurzawa (Gornik Zabrze), Karol Linetty (Sampdoria Gênes/Italie), Slawomir Peszko (Lechia Gdansk), Maciej Rybus (Lokomotiv Moscou/Russie), Piotr Zielinski (Naples/Italie)

Attaquants : Dawid Kownacki (Sampdoria Gênes/Italie), Robert Lewandowski (Bayern Munich/Allemagne), Arkadiusz Milik (Naples/Italie), Lukasz Teodorczyk (Anderlecht/Belgique)
Les 23 du Sénégal :

Gardiens : Aboulaye Diallo (Rennes/France), Alfred Gomis (SPAL/Italie), Khadim Ndiaye (Horoya/Guinée)

Défenseurs : Kalidou Koulibaly (Naples/Italie), Kara Mbodji (Anderlecht/Belgique), Lamine Gassama (Alanyaspor/Turquie), Moussa Wague (Eupen/Belgique), Youssouf Sabaly (Bordeaux/France), Saliou Cissé (Valenciennes/France), Salif Sané (Hanovre/Allemagne)

Milieux : Pape Alioune Ndiaye (Stoke City/Angleterre), Cheikh Ndoye (Birmingham/Angleterre), Cheikhou Kouyaté (West Ham/Angleterre), Alfred Ndiaye (Wolverhampton/Angleterre), Idrissa Gueye (Everton/Angleterre)

Attaquants : M'Baye Niang (Torino/Italie), Diafra Sakho (Rennes/France), Moussa Konaté (Amiens/France), Ismaïla Sarr (Rennes/France), Keita Baldé (Monaco/France), Mame Biram Diouf (Stoke City/Angleterre), Moussa Sow (Bursaspor/Turquie), Sadio Mané (Liverpool/Angleterre)
Les 23 de la Colombie

Gardiens : David Ospina (Arsenal/Angleterre), Camilo Vargas (Deportivo Cali), José Fernando Cuadrado (Once Caldas)

Défenseurs : Santiago Arias (PSV Eindhoven/Pays-Bas), Frank Fabra (Boca Juniors/Argentine), Jefferson Lima (Levante/Espagne), Johan Mojica (Girona/Espagne), Yerri Mina (FC Barcelone/Espagne), Oscar Murillo (Pachuca/Mexique), Cristian Zapata (AC Milan/Italie), Davinson Sanchez (Tottenham/Angleterre)

Milieux : Abel Aguilar (Deportivo Cali), Wilmar Barrios (Boca Juniors/Argentine), Juan Guillermo Cuadrado (Juventus Turin/Italie), José Heriberto Izquierdo (Brighton/Angleterre), James Rodriguez (Bayern Munich/Allemagne), Carlos Sanchez (Espanyol Barcelone/Espagne), Mateus Uribe (América/Mexique)

Attaquants : Radamel Falcao (AS Monaco/France), Carlos Bacca (Villarreal/Espagne), Luis Fernando Muriel (Séville FC/Espagne), Miguel Borja (Palmeiras/Brésil)
Les 23 du Japon :

Gardiens : Eiji Kawashima (Metz/France), Masaaki Higashiguchi (Gamba Osaka), Kosuke Nakamura (Kashiwa)

Défenseurs : Yuto Nagatomo (Galatasaray/Turquie), Gotoku Sakai (Hambourg/Allemagne), Tomoaki Makino (Urawa), Gen Shoji (Urawa), Wataru Endo (Urawa), Maya Yoshida (Southampton/Angleterre), Hiroki Sakai (Marseille/France), Naomichi Ueda (Kashima)

Milieux : Makoto Hasebe (Eintracht Francfort/Allemagne), Shinji Kagawa (Borussia Dortmund/Allemagne), Gaku Shibasaki (Getafe/Espagne), Toshihiro Aoyama (Hiroshima), Hotaru Yamaguchi (Cerezo Osaka), Ryota Oshima (Kawasaki), Keisuke Honda (Pachuca/Mexique), Genki Haraguchi (Fortuna Düsseldorf/Allemagne), Yuto Misao (Kashima), Takashi Inui (Eibar/Espagne), Takashi Usami (Fortuna Düsseldorf/Allemagne), Yosuke Ideguchi (Cultural Leonesa/Espagne)

Attaquants : Shinji Okazaki (Leicester/Angleterre), Yuya Osako (Werder Brême/Allemagne), Yoshinori Muto (Mayence/Allemagne), Takuma Asano (VFB Stuttgart/Allemagne)


Journée 1 (mardi 19 juin) :

Colombie - Japon à 14 heures (Saransk, BeIn Sports)

Pologne - Sénégal à 17 heures (Moscou, BeIn Sports)


Journée 2 (dimanche 24 juin)

Japon - Sénégal à 17 heures (Iekaterinbourg, BeIn Sports)

Pologne - Colombie à 20 heures (Kazan, TF1 et BeIn Sports)


Journée 3 (jeudi 28 juin) :

Japon - Pologne à 16 heures (Volgograd, BeIn Sports)

Sénégal - Colombie à 16 heures (Samara, BeIn Sports)

Par Alexandre Borde Le Point.fr

Ce 19 juin 2018, face à la Pologne, l’équipe du Sénégal va effectuer son grand retour en Coupe du monde, après seize années d’absence, avant d’affronter le Japon et la Colombie. Le sélectionneur Aliou Cissé, qui était capitaine des « Lions de la Téranga » en 2002, évoque pour RFI ses souvenirs de cette épopée et ses espoirs ainsi que ses ambitions pour le Mondial 2018.

RFI : Aliou Cissé, ça fait seize années que le Sénégal attend de revoir son équipe nationale en Coupe du monde. Il y a eu beaucoup de bas depuis le Mondial 2002.

Aliou Cissé : On a eu des moments très difficiles, c’est vrai, au cours des dix ou quinze dernières années. Après 2002, tous les feux étaient au vert. Tout le monde voyait cette génération de 2002 et même les autres dérouler et dominer le football africain sur les cinq, dix ou quinze années suivantes. Ça n’a pas été le cas.

Les raisons sont multiples. Tous les deux ans, il y avait des changements d’entraîneur. Pour ma part, je ne pense pas que c’est en changeant d’entraîneur aussi souvent qu’on peut parvenir à faire quelque chose. Si l’on change les joueurs pour chaque Coupe d’Afrique des nations, on n’arrivera pas non plus à réussir quelque chose.

Donc, lorsque je suis arrivé (en mars 2015, Ndlr), c’était important pour moi de choisir mon groupe, une ossature et de travailler dans la continuité et la cohérence. Une quinzaine de joueurs présents à la CAN 2017 sont encore là aujourd’hui. Je crois vraiment que c’est avec la continuité et la stabilité qu’on arrivera à faire quelque chose. Le Real Madrid de Zinedine Zidane nous l’a prouvé (en remportant trois Ligues des champions de suite, Ndlr). Je crois que c’est le chemin qu’il faut prendre.

Qu’avez-vous gardé dans votre coaching de Bruno Metsu, le sélectionneur du Sénégal au Mondial 2002 qui est décédé en 2013 ?

Beaucoup de choses ! Je le connaissais très bien et il me connaissait très bien. Que la terre lui soit légère. C’est quelqu’un qui est parti trop tôt. Chaque instant, nous pensons à lui. Je l’ai connu quand j’étais très jeune, quand j’avais 16 ou 17 ans à Lille. Par la suite, je l’ai connu en club, à Sedan, puis avec l’équipe nationale du Sénégal.

J’ai énormément appris avec lui. Si j’ai réussi à atteindre un très haut niveau dans le football, que j’ai même signé au Paris Saint-Germain, c’est grâce à lui. Mon meilleur football, je l’ai toujours joué avec Bruno. Je sais comme il pensait et comment il manageait. Ce que j’ai retenu de Bruno Metsu, c’est son côté rigoureux et la proximité qu’il avait avec ses joueurs. […] Lorsque le travail était fini, il était très proche de ses joueurs, discutait avec eux, qui buvait avec ses joueurs, qui sortait même avec ses joueurs !

Je garde cette mentalité-là. Car avant d’être des professionnels, mes joueurs sont des hommes. Ce qui est important aussi, c’est de s’occuper des hommes. On se préoccupe beaucoup du joueur. Mais si tu t’occupes de l’homme derrière le joueur, ce dernier te le rendra.

Le Sénégal a forcément la pression pour son grand retour en Coupe du monde. Tout le pays vous attend, d’autant qu’on connaît le potentiel de votre équipe.

C’est normal que les gens aient de l’espoir. Ils ont raison d’en avoir. Mais notre philosophie est de prendre les matches les uns après les autres. Il faut qu’on continue à garder cette philosophie-là. On sait que tous nos matches seront disputés ardemment et âprement. Mais nous avons l’habitude de ce genre de rencontres.

Se qualifier sur le continent africain, ce n’est pas facile. Seules cinq nations africaines vont à la Coupe du monde. Et vous êtes obligé d’aller jouer partout, parfois dans des conditions très difficiles. Le combat, on connaît. En plus de ça, on a vraiment des garçons vraiment talentueux.

J’ai envie de dire que, aujourd’hui, l’ennemi du Sénégal, c’est le Sénégal. Si on arrive à garder l’esprit de solidarité qu’on a depuis trois ans, […] qu’on conserve cette envie de bien vivre ensemble, avec du plaisir, je pense qu’on peut faire de très belles choses. Parce que tout ça fait partie de notre histoire et de notre culture africaine.

Quel est l’objectif du Sénégal durant cette Coupe du monde 2018 ?

Aller le plus loin possible ! Dans un premier temps, on veut sortir de la poule H. Si on peut gagner la Coupe du monde, on ne se gênera pas pour le faire. […] Il faut penser grand et rêver grand. Mais il faut commencer petit pour espérer continuer notre histoire.

REUTERS/Maxim Shemetov

Maria Rajablat, infirmière, bénévole pour Sos Méditerranée, avait passé deux mois en 2016 à bord de l'« Aquarius ». Elle continue à s'entretenir avec les migrants rescapés en mer, qui s'étaient embarqués dans des embarcations de fortune depuis la Libye. A l'en croire, depuis deux ans, la teneur des témoignages n'a guère changé.

Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

Sur le navire humanitaire Aquarius, l'immense majorité des 629 passagers, femmes, hommes et mineurs ont été l'objet d'abus sexuels. Pendant des journées entières, par le passé, Maria Rajablat, infirmière, bénévole pour SOS Méditerranée, a recueilli des témoignages de migrants rescapés par l'Aquarius, des migrants venant tous de Libye. Marie Rajablat se souvient notamment d'une femme qui s'était confiée à elle : « J’ai surtout le souvenir de cette femme que j’ai appelé Abby et qui m’avait dit qu’elle avait froid. Donc, elle tremblait et cela commence souvent par l’histoire de la couverture dans laquelle je l’emballe et je la prends dans les bras pour bien serrer parce que ça s’envole au vent. Tout cela n’étant que prétexte. Et du coup, cette femme se cale contre moi et au fur et à mesure qu’elle raconte, elle s’écroule de plus en plus sur mes genoux. »

Les femmes, les enfants sont violés, mais aussi les hommes, affirme Marie Rajablat, même si ces derniers en parlent différemment : « Ils racontent souvent les situations démentes dans lesquelles ils se sont retrouvés, notamment avec l’obligation, un flingue sur la tempe, on les oblige à violer une femme devant les autres, généralement devant le mari, les frères et tout ça. Et là, s’ils ne le font pas, ils risquent leur peau. Il y a ceux qui se disent non, là j’ai atteint la limite de ce que je ne peux pas faire et qui se disent, il adviendra ce qu’il adviendra mais je préfère mourir plutôt que de faire un truc comme ça. Et il y a ceux qui l’ont fait. »

Marie Rajablat affirme que les témoignages des actuels migrants sont identiques à ceux qu'elle avait recueillis. La seule chose qui a changé, affirme-t-elle, ce sont les conditions du repêchage en mer, toujours plus difficiles.

Karpov / SOS Méditerranée/handout via REUTERS

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