Afrique

Cameroun: l'épilogue d'une élection particulièrement commentée-Le président camerounais Paul Biya, rempile pour la 7 eme fois -35 ans au pouvoir- et Macky et l'Afrique Tchiiip

 

Cameroun: cinq candidats accusent les médias publics de favoriser Paul Biya


a campagne officielle pour l'élection présidentielle du 7 octobre prochain démarre ce samedi au Cameroun. Et déjà cinq candidats d'opposition dénoncent dans un communiqué conjoint un « traitement biaisé et volontairement déséquilibré (... ) des activités des personnalités en course pour la présidentielle » par la CRTV, la Radio Télévision du Cameroun.


C'est une note interne de la CRTV datée du 12 septembre 2018 qui a fait déborder le vase. Selon le texte que RFI a pu consulter, le directeur de l'audiovisuel public camerounais a affecté treize équipes de reportage pour suivre les neuf candidats à l'élection présidentielle.


Chacun des huit candidats d'opposition a droit à une équipe contre cinq pour le président sortant et sa formation de campagne.


« Habituellement ils biaisent le temps d'antenne de chaque candidat, mais cette fois ils ont exagéré, s'insurge Jean-Robert Wafo, porte-parole de Joshua Osih, le candidat du Social Democratic Front (SDF). Un seul candidat a cinq équipes : une équipe qui lui est dédiée, une équipe qui est dédiée à sa majorité présidentielle, une équipe qui est dédiée à son directeur de campagne, une équipe qui est dédiée au président du Sénat qui lui est acquis et au candidat de l'Assemblée nationale qui lui est acquis. On n'a jamais vu ça au Cameroun ! »


Pour les cinq candidats d'opposition signataires du communiqué conjoint de protestation, cette partialité est « outrancière ».


« Nous demandons à la CRTV de redresser l'équilibre au niveau du traitement de l'information, que tout le monde soit logé à la même enseigne, qu'il soit affecté au candidat du RDPC une équipe de reportage avec le même nombre de reporters que pour tous les autres candidats, explique Paul Mahel, porte-parole d'Akere Muna, candidat du Mouvement Now !. Nous demandons que le temps d'antenne sur la télévision à capitaux publics soit le même pour tout le monde, que les tranches d'antenne qui sont consacrées aux candidats le soient pour tous les candidats au même niveau, faute de quoi nous allons non seulement boycotter la CRTV, mais nous allons également récuser les équipes de campagne qu'ils mettront à notre disposition. »
Selon une étude d'audience Médiamétrie, la CRTV et la chaîne privée Canal 2 sont les deux chaînes les plus regardées du Cameroun.
Joint par RFI, le directeur de la CRTV, Charles Ndongo, n'a pas donné suite à nos appels.
Lisons ceci au sujet du principal opposant
«Présidentielle au Cameroun: Joshua Osih, candidat du Social Democratic Front (SDF)
Par Christophe Boisbouvier
Diffusion : mercredi 19 septembre 2018

Joshua Osih, le nouveau candidat du SDF. Joshua Osih/Wikimedia/CC
Il est l'un des favoris à la présidentielle du 7 octobre au Cameroun. Logique, Joshua Osih est le candidat du Social Democratic Front, SDF, le premier parti d'opposition à l'Assemblée nationale. Joshua Osih, 49 ans, reprend le flambeau laissé par l'opposant historique John Fru Ndi et annonce que, s'il est élu, le salaire minimum sera multiplié par cinq. N'est ce pas une promesse démagogique ? En ligne de Yaoundé, le député Joshua Osih est notre invité.


Vous êtes neuf candidats à cette élection, pourquoi pensez-vous être le mieux placé ?
Je suis issu d'une formation politique, qui a une certaine expérience, je suis passé par des primaires et un congrès électif. Il n'y a que deux candidats qui ont une expérience élective et politique dans cette élection, c'est le président sortant Paul Biya et moi-même et je pense que mon expérience au niveau de l'Assemblée nationale, au niveau communal et en entreprise me permet de penser que je suis le mieux placé ou le mieux outillé pour diriger le Cameroun après cette élection.
»

La suite logique à méditer

Par RFI Publié le 23-10-2018 Modifié le 23-10-2018 à 19:27
Paul Biya, 85 ans, a été officiellement réélu pour un septième mandat au Cameroun lundi 22 octobre. Depuis hier, la victoire du président octogénaire est officielle. Les scores - 71% des voix pour le président, 14% pour le premier opposant Maurice Kamto, 6% pour Cabral Libii, 3% pour Joshua Osih - sont définitifs. Revue de presse camerounaise et réactions internationales.


L'Anecdote, un journal proche du pouvoir, présente à sa Une Paul Biya sous son meilleur jour et le qualifie comme un « indomptable », en référence à l'équipe fanion de football du Cameroun.
La Voix du Centre constate qu'avec cette victoire, Paul Biya sera au pouvoir jusqu'à ses 92 ans et culminera 43 ans de règne sans discontinuer, tout simplement inédit.


Le quotidien Mutations relève, pour sa part, que malgré un pourcentage plus que confortable de plus de 111 %, Paul Biya perd dans la région du Littoral, dans la grande cité portuaire de Douala et s'en tire de peu dans la capitale Yaoundé. Le confrère souligne surtout que près de la moitié du corps électoral n'a pas voté. Conclusion pour Mutations : cette victoire a un goût de défaite.
Le Messager, un quotidien très critique vis-à-vis du pouvoir, estime qu'on est reparti pour un septennat où prospéreront la corruption, l'enfumage et la politique des slogans creux face à un peuple impuissant.
« Maurice Kamto, moi ou le chaos », annonce pour sa part l'hebdomadaire Politica, qui juge le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de mégalomaniaque.
La presse anglophone analyse, quant à elle, les codes de l'échec du SDF dont le candidat Joshua Osih n'a pu faire mieux que quatrième, alors que ce parti depuis sa création a toujours été leader de l'opposition camerounaise.
→ RELIRE : Fred Eboko (IRD): «Le système politique est verrouillé» au Cameroun


Des débats enflammés sur Internet


L'une des nouveautés de cette présidentielle au Cameroun, c'est cette dynamique sur les réseaux sociaux. Ils ont été très utilisés pendant la campagne et même après l'annonce des résultats.
Le débat est même très enflammé sur Internet. Sur sa page Facebook, l'écrivain Eric Essono Tsimi raille assez durement la vidéo de Maurice Kamto diffusée hier sur les réseaux sociaux. Un « baroud d'honneur ridicule », estime-t-il, ou encore « l'énergie du désespoir ». Et osant une comparaison avec un pays voisin, le Gabon, l'écrivain relève que « Jean Ping avait eu bien plus de succès internationaux » et que malgré tout il n'est arrivé à rien.


Un chef d'entreprise ayant pignon sur rue à Douala dénonce selon ses termes « l'arrogance régnante et exultante » et invite à « ne jamais insulter l'avenir ». Thierry Gervais Gango, un journaliste, prend le contre-pied de l'écrivain Eric Essono Tsimi et estime que son texte « souffre de trop de passion et s'acharne de manière inutile sur une figure de l'opposition dont le travail devrait consister par toutes les saisons à essayer d'être en contre-pouvoir ».


Autre sortie qui est abondamment commentée sur les réseaux sociaux, c'est celle de Cabral Libii sur une radio internationale, où il a laissé entendre qu'il n'était a priori pas contre l'idée de travailler avec le vainqueur déclaré de ces élections, en l'occurrence le président Biya. Beaucoup estiment qu'il fait acte de trahison envers le peuple, ce qui a obligé Cabral Libii à repréciser le sens de cette sortie, indiquant que les confrères n'avaient pas diffusé tout son propos et avaient délibérément détourné la compréhension de son message.
Mais de manière plus globale, beaucoup d'intervenants estiment qu'il est temps de tourner la page, que cette élection présidentielle aura été très tendue et aura autant passionné que divisé l'opinion comme jamais auparavant.


→ RELIRE : Elections au Cameroun : les leçons du scrutin
Il manquait dans les réactions d'après-résultats celle du candidat du SDF, Joshua Osih. Il dit « prendre acte » de la proclamation des résultats de la présidentielle malgré, écrit-il, « toutes les preuves d'irrégularités ». Joshua Ossi dénonce également « une volonté manifeste de marginaliser les populations des régions du nord-ouest et du sud-ouest » ; il promet de s'engager pour aider à trouver une issue à la guerre en zone anglophone. « Nous avons, poursuit-il, une honte nationale à effacer ».
Chers ami(es),


À la suite de la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 7 octobre, retrouvez ici mon sentiment profond quant à ce scrutin et l'avenir de notre pays. #Etoudi2018 #Cameroon #Cameroun pic.twitter.com/OheJ0x8SuZ


Joshua Osih (@JoshuaOsih) 23 octobre 2018
Réactions internationales


Paris salue une élection qui s'est, selon les mots du Quai d'Orsay, « globalement déroulée dans le calme ». La France dit néanmoins regretter que « de nombreux Camerounais n'aient pu exprimer leur choix, notamment dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays ».
#Cameroun


Le Conseil constitutionnel camerounais a proclamé la réélection du Président @PR_Paul_Biya lors du scrutin présidentiel du 7 octobre dernier. La France adresse ses vœux de réussite au Président Biya pour ce nouveau mandat.


Burkina Faso : l'économiste Christophe Dabiré nommé Premier ministre- Par Nadoun COULIBALY - à Ouagadougou

 

Christophe Dabiré a été nommé Premier ministre du Burkina Faso. © DR / Présidence du Burkina Faso.


Christophe Dabiré a été nommé Premier ministre par le président Roch Marc Christian Kaboré. Il prend la suite de Paul Kaba Thieba, qui a récemment présenté sa démission ainsi que celle de son gouvernement. L'économiste aura la lourde tâche de conduire un exécutif confronté à un contexte sécuritaire et économique délicat.
Roch Marc Christian Kaboré aura déjoué tous les pronostics. Après plusieurs jours de rumeurs sur les réseaux sociaux, l'identité du successeur de Paul Kaba Thieba – qui a présenté sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 18 janvier – a été dévoilée sur la télévision nationale, le 21 janvier. À la surprise générale, le chef de l'État a choisi un économiste expérimenté pour conduire l'action gouvernementale : Christophe Joseph Marie Dabiré.


« J'ai confié à Christophe Dabiré la mission de conduire le gouvernement », a écrit Roch Marc Christian Kaboré sur Twitter, lui adressant par ailleurs « tous [ses] vœux de succès dans ses fonctions de Premier ministre ».


J'ai confié à M.Christophe Dabiré, la mission de conduire le gouvernement.
Je lui adresse tous mes voeux de succès dans ses fonctions de Premier Ministre. RK
— Roch KABORE (@rochkaborepf) January 21, 2019
Un profil « intéressant »


Plusieurs fois ministre sous Blaise Compaoré, le nouveau Premier ministre sexagénaire avait notamment été commis au département de la Santé (de 1992 à 1997) et de l'Enseignement supérieur. Élu député sous la bannière du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) alors au pouvoir (1997-2002), puis également de 2002 à 2007, il avait été promu Commissaire chargé du Commerce de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) jusqu'en 2017.


Sa nomination incarne l'espoir d'un renouveau pour l'intérêt du Burkina Faso


« C'est un économiste d'un certain âge qui a l'avantage de la connaissance du terrain et de la sagesse. Sa nomination incarne l'espoir d'un renouveau pour l'intérêt du Burkina Faso », décrypte un cadre du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti au pouvoir.


« Le profil du nouveau Premier ministre est intéressant et prouve que le président veut continuer dans la gestion économique. Il faut maintenant voir quelles nominations politiques suivront dans la composition du gouvernement », glisse un proche du chef de l'État.


Des défis sécuritaire et économique

La nomination de Christophe Dabiré intervient trois jours après la démission de Paul Kaba Thieba, ainsi que celle de son gouvernement, acceptée par le président Roch Marc Christian Kaboré. Décrit par ses compagnons comme un homme politique averti et un technocrate modéré, il aura fort à faire à la tête du gouvernement. Relance économique, grogne des fonctionnaires et surtout lutte contre le terrorisme feront partie des priorités de la nouvelle équipe.


Depuis l'élection de Kaboré en novembre 2015, la question sécuritaire a rapidement été primordiale avec la première attaque jihadiste à Ouagadougou (30 morts), peu après sa nomination. Les attaques, présentes dans le nord du pays début 2015, se sont étendues à une large partie du territoire, devenant de plus en plus fréquentes et meurtrières.


Au total, les attaques contre les forces de sécurité et de défense ont fait près de 300 victimes. En dépit des critiques virulentes de l'opposition et même d'une frange de la majorité présidentielle, Paul Kaba Thieba avait cependant été reconduit deux fois à la tête du gouvernement après des précédents remaniements.


Dans un contexte d'explosion de la masse salariale – qui a bondi de 334,36 milliards de francs CFA en 2013 à plus de 700 milliards de F CFA l'an dernier -, le gouvernement de Christophe Dabiré devra également relancer l'économie et maîtriser l'équilibre budget. À commencer par l'investissement public, qui accuse une baisse de 5% à 258,725 milliards de F CFA dans le budget 2019.
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Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil

 

Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil
Réservé aux abonnés | 13 août 2018 à 15h58 | Par Jeune Afrique

Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du FMI, avec Faure Gnassingbé, en 2008. © stephen jaffe/AFP


Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, Denis Sassou Nguesso au Congo, Faure Gnassingbé au Togo... Dominique Strauss-Kahn multiplie désormais les contrats de conseil en son nom propre avec les chefs d'État.
Début août, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu par téléphone avec Faure Gnassingbé, comme c'est régulièrement le cas depuis quelques mois. Après avoir intercédé en vain en faveur de la société suisse Sicpa auprès du chef de l'État togolais, l'ex-patron du FMI a finalement décroché un contrat de conseil portant sur la mise en œuvre de la convention « modernisation de la gestion des finances publiques » UE-FMI. Et ce pour le compte de sa société Parnasse International, sise à Casablanca.


Après avoir sillonné le continent pour Sicpa et pour la banque-conseil Arjil, que dirige son ami Wladimir Mollof – avec qui il demeure lié par un contrat non exclusif –, DSK prospecte désormais seul. Les 25 et 26 juin, l'ex-ministre de l'Économie de Lionel Jospin s'est discrètement rendu à Bamako, où Ibrahim Boubacar Keïta l'a reçu à sa demande (JA n° 2999).
Au Congo, il conseille Denis Sassou Nguesso sur la restructuration de la dette et les négociations avec le FMI, une mission indépendante de celle menée par la banque d'affaires Lazard de Matthieu Pigasse. Lorsqu'il se rend à Brazzaville, un bureau est mis à sa disposition au palais présidentiel.


L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) conseille plusieurs pays africains, dont le Congo-Brazzaville qu'il aide notamment à restructurer sa dette auprès de la Chine.
À Brazzaville, en octobre, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu avec Denis Sassou Nguesso, qu'il continue de conseiller en matière de restructuration de la dette et pour les négociations avec le FMI, dont il fut le patron. Pour cela, il travaille en étroite collaboration avec la banque d'affaires Lazard du Français Matthieu Pigasse.
DSK conseille également l'homme d'affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou. Ce dernier avait investi 5 millions d'euros dans la société de gestion en produits financiers Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), avant que celle-ci ne fasse faillite en 2014. Le patron de Bouamatou SA est tout de même resté fidèle à DSK. Ils possèdent des riads voisins à Marrakech et se tutoient.
DSK s'est tourné vers le Sénégal et le Burkina, sans succès. En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara se passe de ses services. Pour gérer ses relations avec le FMI, le chef de l'État est notamment conseillé par Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre, Adama Koné, le ministre des Finances, et Moussa Sanogo, le secrétaire d'État au Budget. Contacté par JA, DSK n'a pas souhaité commenter ces informations au nom du « secret des affaires ».


Le Congo n'ayant pas encore restructuré sa dette avec certains de ses créanciers, dont la Chine, les discussions avec le FMI peinent à déboucher sur un accord. DSK fait jouer sa notoriété et mobilise ses contacts au plus haut niveau à Pékin pour trouver un terrain d'entente.

Franc CFA : Carlos Lopes et Abdourahmane Sarr réagissent aux propositions de DSK
Par Victor Bérenger
Jeuneafrique


Le Bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, et le Sénégalais Abdourahmane Sarr, ancien du FMI, réagissent pour Jeune Afrique aux propositions de Dominique Strauss-Khan sur la réforme du franc CFA.
Le 13 avril, Dominique Strauss-Kahn a publié une note dans laquelle il avance plusieurs propositions de réforme de la zone CFA. Parmi les pistes proposées par l'ancien directeur général du FMI, la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l'ancrage à un panier de monnaie plutôt qu'à l'euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d'élargissement de l'Uemoa, notamment au Ghana.
Carlos Lopes : politique monétaire et convergence


Pour Carlos Lopes, l'ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique entre 2012 et 2016, les débats sur le franc CFA étaient jusqu'ici très « polarisés » entre les camps du maintient et ceux favorable à sa « suppression ».


« L'appropriation par la rue de cette question », et la montée d'une vision « populiste » parfois « faussée », a obligé ces deux positions opposées « à réfléchir sur des propositions de réforme », l'évolution du système devenant nécessaire, estime Carlos Lopes, qui enseigne désormais l'économie à l'université du Cap.


Les propositions récentes de Dominique Strauss-Kahn sont significatives, car elles émanent de quelqu'un qui était au cœur du dispositif lors de son passage au ministère français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie entre 1997 et 1999. Pour Lopes, elles témoignent donc d'une évolution du consensus sur ces questions.
Selon l'économiste Bissau-guinéen, une éventuelle réforme de la zone CFA doit intégrer trois composantes essentielles.


La première est celle de la monnaie de référence. Comme l'Europe n'est plus le principal partenaire commercial des zones BCEAO et BEAC, « l'ancrage du franc CFA devrait évoluer vers un panier de devise, reflétant davantage des échanges internationaux de la région, et notamment le poids accru de la Chine ».
Il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire

 


Second « point important » : « la convergence économique », explique Carlos Lopes. Les critères de convergence sont différents entre les différentes organisations régionales – à l'image, par exemple, de l'Uemoa, de la Cedeao et de la Zmoa en Afrique de l'Ouest -, tandis que l'intégration économique réelle est très faible.
Enfin, « il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire », à part celle de la BCE. Les banques centrales ne jouent pas un rôle pro-actif, ne participant pas suffisamment au financement et au développement des économies de la zone.
Carlos Lopes semble donc plutôt en ligne avec les propositions de réformes portées par Dominique Strauss-Kahn. La mise en œuvre de ces changements doit se faire de manière progressive, afin d'éviter une dévaluation brutale, telle que celle subie dans les années 1990, détaille ce spécialiste du développement international.


Ces changements doivent permettre in fine aux pays africains de reprendre le contrôle de leur monnaie afin qu'ils puissent l'utiliser comme un instrument de développement.
Abdourahmane Sarr : autonomie des banques centrales


La position d'Abdourahmane Sarr est plus critique par rapport aux réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn. Ce spécialiste des questions monétaires a travaillé pendant 14 ans pour le FMI, notamment en tant que représentant résident au Bénin et au Togo, avant de fonder le Centre d'étude pour le financement du développement local, un think tank sénégalais.
« Toute personne raisonnable considère que modifier le fonctionnement de la zone CFA est nécessaire » s'exclame Abdourahmane Sarr. « Le plus important est l'autonomie d'objectif pour les banques centrales », détaille l'ancien économiste du FMI.


Elles doivent, selon lui, pouvoir réagir et ajuster le régime de change sans avoir à en référer aux politiques, comme le fait notamment la Banque centrale européenne. « Dans le cas de la Cemac, une dévaluation du franc CFA dès 2014 aurait pu aider les économies à s'ajuster à une baisse durable du prix du pétrole » explique-t-il.
Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie


Cet économiste considère qu'il n'y a pas besoins d'experts internationaux dans les banques centrales de la zone CFA, comme le défend DSK. « Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie » poursuit-il.


La proposition d'un ancrage du franc CFA à un panier de devise ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Pour, lui il faudrait « un régime de change stable ajustable, mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu'un panier de monnaie aurait dicté », explique ce partisan de la fin de la garantie française.


« Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d'objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable », assure-t-il.
Enfin, il juge irréaliste la perspective d'une entrée du Ghana dans l'Uemoa : « Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d'entrer dans une zone monétaire où l'absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous, qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment ».


Pour Abdourahmane Sarr, il faut également « renforcer la gouvernance et rendre la communication plus transparente, comme le fait la Banque centrale européenne, s'exprimant régulièrement sur ses décisions de politique monétaire ». Et de conclure : « L'arrangement monétaire qu'il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales.

Ebola: l'ONU veut muscler la réponse face à l'épidémie en RDC

Le conseil de sécurité de l’ONU a adopté mardi 30 octobre à l’unanimité une résolution appelant à intensifier la lutte contre l’épidémie Ebola qui sévit dans l’est de la RDC. A quelques semaines des élections qui doivent se tenir normalement le 23 décembre prochain, l’ONU demande aux groupes armés de cesser leurs activités pour permettre à l’aide humanitaire et sanitaire de parvenir aux populations civiles dans les zones touchées par l’épidémie. Soucieux de ménager Kinshasa, le texte souligne aussi la nécessité pour la Monusco et l’OMS de se coordonner avec le gouvernement congolais.

 

Avec notre correspondante à New York, Marie Bourreau

 

Le texte, porté par l’Ethiopie et la Suède, mais parrainé par l’ensemble des membres du Conseil de sécurité, s’inquiète de l’entrave posée aux personnels soignants pour venir en aide aux populations. C’est le cas, par exemple, dans la région de Béni dans l’est des Kivu, où des opérations sanitaires ont dû être stoppées faute de conditions de sécurité suffisantes selon l’ambassadeur éthiopien.

 

Les diplomates demandent donc à tous les groupes armés rebelles, et en particulier les forces alliées démocratiques (ADF) de cesser leurs activités hostiles pour permettre la livraison rapide et sans entrave d’aide. Les hôpitaux et les personnels soignants doivent être protégés. L’ONU craint que faute de soins, l’épidémie s’étende à d’autres pays de la région tels que le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda ou encore le Soudan du Sud.

 

Reste à savoir quel sera l’impact d’un tel texte sur des groupes armés sur lesquels l’ONU ou le gouvernement congolais ont peu d’influence, et dans une région dont les casques bleus ont commencé à se retirer au profit des centres urbains dans la perspective des élections de décembre prochain.

 

RFI

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