Contribution

Pourquoi au Sénégal, la démission  n’est-elle pas dans la culture de ses hommes politiques ?

 

Le cas d’Aliou Sall est la parfaite confirmation sans équivoque, du manque de culture de démission de nos hommes politiques au Sénégal. Mais pour être conforme avec l’histoire, il y a eu le cas rarissime, parce que, historique de Mamadou Seck, ancien ministre, de l’Économie et des finances, sous le président Wade. Pour rappel, M. Seck, lorsque son nom a été cité dans une affaire de malversations, il a aussitôt pris la décision, de son propre chef, de démissionner de son poste, sans attendre, pour se mettre à la disposition de la justice. Mais dans le cas de M. Seck , il faut souligner que ce dernier était, tout-à-fait, convaincu de son innocence. Et, c’est ainsi que d’ailleurs, après les investigations nécessaires, il a été lavé proprement par la justice et sans la protection étanche  d’un frère président. C’est le seul cas, que j’ai connu dans l’histoire du Sénégal, parmi les hommes politiques. Donc, « Gaccé ngalama » bravo Mamadou Seck pour ton loyal geste empreint de dignité qui t’honore, mais honore également, tes amis et ta famille. Vivement que le cas de Mamadou ou Boy Seck pour les amis fasse enfin école et des émules. Hé oui, je rêve ! 

Mais pourquoi M. Aliou Sall n’a -t-il pas démissionné de tous ses postes, jusqu’à présent, malgré tout ce tollé relatif à ce scandale de Pétrotim, dont il est mêlé. Alors Aliou Sall n’a-t-il pas pourtant, mille raisons de plus que Mamadou Seck pour démissionner de ses postes publics depuis l’éclatement de cette nébuleuse affaire de pétrotim ? Bien sûr que oui ! Et ne serait que pour mettre son frère de président à l’aise, Aliou Sall aurait dû, démissionner dès la première heure de l’éclatement de ce scandale . Ensuite, est-ce que de l’argent aussi entaché de pétrole et de gaz vaut la peine de souiller son honneur personnel et celui de sa famille pour l’éternité ? Ou bien se dit-il, comme ces gens qui ont pour Dieu, l’argent et se disent que l’argent n’a pas d’odeur ? Non, c’est vraiment triste de voir un tel spectacle où, un homme, telle une guêpe, colle à l’argent de cette façon-là! Puisque, il n’y a pas l’ombre d’un doute, qu’Aliou Sall devait démissionner ou être déchargé par le président de ses fonctions officielles dès l’annonce du scandale l’impliquant. Comme l’avait fait M. Seck en son temps. Et si Aliou ne le faisait pas, le président, bien qu’il soit  son frère, un sentiment que la République  ne prend pas en compte, doit le démettre sans tarder. Puisque dans le cas de Khalifa Sall, le président avait aussitôt commis la justice pour une enquête diligente sur le bienfondé de l’affaire de la mairie de Dakar. Ici, dans le cas de son frère, qui est de loin plus grave, le président n’a pas pris jusqu’à présent, de mesures concrètes donc, ses responsabilités concernant ce scandale, considéré par beaucoup de citoyens, comme le plus grave scandale de l’histoire du Sénégal. Les atermoiements et les hésitations du président de la République sur cette affaire ont, tout l’air d’une protection déguisée qui ressemble fort bien à une solidarité familiale ou fraternelle. Rappelons tout d’abord, la grave erreur commise par le  Président Sall en faisant bénéficier son frère de son décret de nomination alors, qu’il avait, auparavant et à la face du monde, déclaré que son frère n’en bénéficiera pas. Malgré tout, cela a été  fait.  Et, nous constatons donc, un reniement très regrettable par le président de sa  parole. Alors, même si effectivement, nous reconnaissons à son frère, en tant que citoyen, le droit d’être nommé à tous les emplois. Mais il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures entre les citoyens. Il se trouve que la situation gagne en ampleur et devient, de plus en grave et nébuleuse. Cette affaire de pétrotim devient une affaire d’État, par conséquent, le président Sall ne peut plus garder le silence donc, a l’obligation de saisir la justice, même à l’encontre de son frère, parce que ce dernier est, dans ce cas aussi, un citoyen justiciable comme tous les autres.

Ce scandale si honteux  démontre clairement l’incompétence et les insuffisances des dirigeants du Sénégal pour s’être fait avoir par des courtiers aventuriers internationaux, comme des naïfs. Cette nébuleuse affaire a terni l’image du Sénégal devant la scène mondiale et présente notre pays comme étant sous la direction de gouvernants incompétents et  incapables, au point de n’être capables de mener des négociations qui tiennent compte en tout premier lieu les intérêts  de leur pays. 

Mais, ce que M. Abdoul  Mbaye ne révèle que maintenant, confirme parfaitement cette étourderie de ceux qui ont négocié et signé ce contrat qui laisse totalement de côté les intérêts du peuple sénégalais pour servir des intérêts  strictement particuliers. Mais n’occultons pas, quand même, que cette affaire est née sous le magistère de  Me Wade et que M. Abdoul Mbaye ne peut pas botter en touche si simplement pour s’en tirer à si bon compte, sa responsabilité est engagée, au même titre que le président Sall, comme les cosignataires définitifs. C’est pour toutes ces raisons que, ce scandale engage absolument,  la responsabilité du président de la République et surtout, lorsque l’on sait que, c’est son frère qui est au cœur de l’affaire, comme l’un des principaux acteurs. 

Ce scandale coïncide, justement avec le dialogue national en cours, il doit donc y être invité afin qu’il soit tiré au clair une bonne fois pour toutes. La solution juste et équitable de ce scandale, inextricable, mettrait peut-être tous les Sénégalais à l’aise. Mais évidemment, à la seule condition que tous les coupables soient punis, comme il se doit et les torts réparés, c’est-à-dire par la restitution du produit de ce contrat à son ayant droit, le peuple sénégalais et non de passer cela encore, comme d’habitude à pertes et profits.  Il y en a assez de passer à chaque fois les gros scandales à pertes et profits alors que leurs auteurs se pavanent dans le pays et vaquent librement à leurs besoins avec leur butin aussi considérable. Et,  dans le même temps, la justice chôme ou ne traite que les affaires relatives aux petits larcins qui remplissent nos prisons, où, l’on ne trouve pas les gros voleurs de millions et de milliards.

Mais que les Sénégalais ne se cachent pas aussi, derrière leur petit doigt, pour ne pas se rendre compte la réalité de leur pays et de son état actuel. Pour dire la vérité, il faut souligner sans ambages qu’au Sénégal, l’on ne travaille pas du tout, mais fait que parler et trop. En réalité, l’anarchie, l’indiscipline, l’argent facile, la corruption à tous les niveaux du pays, la violence gratuite, l’insécurité générale, le laisser-faire et le laisser-aller ont pris possession du pays et sont aujourd’hui devenus les maîtres incontestés  du Sénégal devant la démission inacceptable et l’incapacité du gouvernement à remettre les choses dans l’ordre. À Dakar les populations ne respirent plus à leur aise, à cause d’une circulation anarchique et des embouteillages indescriptibles qui n’épargnent même pas le péage. Et, c’est comme si l’État et les autorités compétentes n’existaient pas ou n’étaient pas informés de cette bombe à retardement. 

C’est ainsi que même la noblesse de la politique, dans le plein sens du terme, et les hommes politiques vertueux qui se mettaient au service de leur peuple ont cédé le terrain à la politique politicienne et aux politiciens véreux qui ne viennent au pouvoir que pour s’enrichir illicitement et, non pour servir leur peuple. Voilà pourquoi au Sénégal aujourd’hui, toutes les portes du mal, de l’abus, des vices, etc. sont largement ouvertes aux anti-modèles qui ont d’assaut notre pays. Et, l’on peut dire que nous ne sommes plus loin de la jungle où, c’est la loi du plus fort qui règne.

En conséquence,  une fois cette affaire nébuleuse sera élucidée, le pays devra, enfin, recommencer à travailler et sérieusement, et qu’il cesse de passer tout le temps dans des discussions interminables sur le sexe des anges, sans aucun  intérêt pour le pays et qui occupent cependant tout le temps utile des Sénégalais. Le président de la République  n’est pas sans connaître la présente  situation désastreuse et vraiment déplorable. Il est donc, de sa responsabilité de trouver les solutions efficaces et adaptées à une telle situation singulière et dans les meilleurs délais pour remettre à nouveau le pays effectivement au travail, mais en commençant par donner l’exemple lui et ses hommes.

Mandiaye Gaye

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

LES SYSTÈMES DE NUMÉRATION PARLÉE EN AFRIQUE DE L'OUEST Modes de dénombrement et imaginaire social-Abdoulaye Elimane Kane

 

Oralités
PHILOSOPHIE SCIENCES ET TECHNIQUES AFRIQUE SUBSAHARIENNE

« J'ai reçu cet enseignement de Mr Kane en 1989 à l'UCAD de Dakar.
Djibril Samb et Souleymanne Bachir Diagne venaient d'arriver. Souleymane nous instruisait sur la logique. Mr Kane est un des grands défenseurs des traditions et du patrimoine africain, le système de numération démontre bien que le calcul était bien connu en Afrique. P B CISSOKO

Cet ouvrage consacré aux systèmes de numérotation parlée des groupes ouest-atlantique et mande s'inscrit dans la lignée d'une réflexion philosophique sur l'histoire des sciences et techniques. S'intéressant aux systèmes de numérotation parlée dans les langues africaines, il se situe au carrefour de la linguistique africaine, de l'anthropologie, de l'histoire des peuples d'Afrique et de leurs conceptions et usages de l'idée de nombre.

Professeur titulaire des universités à la retraite, Abdoulaye Elimane Kane a ensiegné la philosophie à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il a publié en 2015, "Penser l'humain, la part africaine", recueil de textes sur les savoirs et pratiques culturelles de l'Afrique Noire. Il a occupé différentes fonctions administratievs et fut ministre de la Cutlrue au Sénégal. Romancier, il est membre du comité de rédaction de plusieurs journaux et revues.

NOTE DE LECTURE -PAR LAMINE SAGNA
COMPTER, C'EST SE CONTER
EXCLUSIF SENEPLUS - Pourquoi les Wolofs disent Nient (4) Fuk (dix) pour 40 (4 dix), les Mandés disent Tan Nani (dix 4) ?

Ce sont quelques questions abordées par AEK dans "Les systèmes de numérations parlées en Afrique de l'Ouest" -
Lamine Sagna | Publication 11/04/2019

Pourquoi des groupes ethniques éloignés ou proches géographiquement comptent pareillement ou différemment ?

Pourquoi les groupes ethniques Mandé (Mandingues, Malinkés/"Socés", Bamana, etc.), les Seereer (Ndut, Paloor) ont des noms pour chaque chiffre de 1 à 10 et les populations Wolofs, Pulaar, Sereer (Siin - Jaxaaw,) ont des noms composés à partir du nombre 5 ? Pourquoi par exemple pour dire 7 : les wollofs disent (5) juroom-naar (2) et les Joola (Kaasa, kombo, Fogny, Buluf), les Seereer (Saafeen, Noon) utilisent des morphèmes de coordination et alors que les ethnies Manjak et Mankan utilisent les deux systèmes (et ou les noms composés) ? Pourquoi les Wolofs disent Nient (4) Fuk (dix) pour dire 40 (4 dix), les Mandés (Socés) disent Tan Nani (dix 4) ? Pourquoi certains d'entre eux ont un nom spécifique pour dire 20 et d'autres non (beaucoup d'autres disent) 10 par 2 ?

Pourquoi des groupes appartenant à des cultures différentes ont parfois des numérations semblables et d'autres ayant la même culture à l'instar des Balantes Ganga et les Balantes Kentohe (établis en Casamance et Guinée Bissau) comptent différemment ?

Autrement dit, quelles sont les logiques qui animent les techniques et les systèmes de numération ?


Telles sont quelques questions qui sont abordées par le philosophe Abdoulaye Elimane Kane (AEK) dans son ouvrage : Les systèmes de numérations parlées en Afrique de l'Ouest avec comme sous-titre Mode de dénombrement et imaginaire social aux éditions de l'Harmattan.


Dans ce livre dense et profond, tiré de son doctorat d'Etat, le philosophe sénégalais périodise et identifie les systèmes de numération à partir des connaissances, expériences et pensées de différents groupes culturels de l'Afrique de l'Ouest. En confrontant les écrits d'ethnologues, d'historiens, de linguistes sur le passé africain au regard d'une modernité critique, AEK nous indique les impensés, voire les refoulés de certaines méthodes et approches de ces spécialistes. Non seulement, il déconstruit tout un pan épistémologique de l'histiographie et de l'anthropologie africaine mais aussi, il met à nu les procédures de « manipulations discursives » d'une tradition intellectuelle africaniste. Mais, l'auteur ne s'arrête pas à cette approche critique ! Il nous donne des balises pour cheminer dans la complexité des systèmes symboliques africains et leur hybridation. Il s'interroge et nous incite à réfléchir sur les objets, les énoncés, les langues, les récits, les gestes, les mythes ainsi que l'avenir des systèmes de numération. Pour lui, si l'Afrique noire est sans doute le lieu où des cultures portent en elles les stigmates d'histoires les plus lointaines et l'endroit où la modernité triomphante se combine avec des traditions ancestrales, c'est également le continent qui permet de saisir l'importance des contextes et des imaginaires sociaux dans la formation et l'évolution des systèmes de numération. Pour ce faire, AEK identifie deux grands groupes : les Mandé et le groupe atlantique.


Dans le groupe atlantique, il distingue le sous-groupe du Nord (Wolof, Pulaar, Sereer, Hassanya) du sous-groupe Nun-Tenda (Bape, Bedik, Bayenunk, Bassari, Kognagi, Biafada, Bajaranké) au sous-groupe Bak (Bayot, Karon, Kwatay, Joola-Kaasa, Joola Kombo, Joola Fogny, Joola Buluf, Manjak, Mankagne, Balante Ganja, Balante Kentohe). Quant au groupe Mandé, il est composé de Bamana, Malinke, Mandinka, Jaaxanke, Xasonke, Soninke, Sousou. Pour chaque sous-groupe AEK prend le soin d'analyser les caractéristiques linguistiques principales pour faire ressortir l'organisation de leur système de numération ainsi que leurs caractéristiques mathématiques. Il constate qu'aucun des systèmes de numération n'est pur. Dans les différents groupes ethniques il y a l'usage de plusieurs bases. Ce qui distingue selon lui, les différences de système entre groupes Ouest atlantique et Mandé proviennent de facteurs historiques (commerce, religion, emprunts, etc.). Ainsi il y a beaucoup d'emprunts des lexèmes entre les populations. Par exemple, Joola Kasa disent « ecumjunne » pour dire mille (« junne » chez les Wolofs,) et les Fogny disent « ukeme » pour dire cent (« keme » chez les mandingues. Mais, ne s'arrête pas à cette analyse comparative. Il prend le soin d'indiquer qu'il y a d'autres références.

Ainsi la formation des nombres paliers, des bases et leurs puissances successives doivent, selon lui, être étudiés au regard des représentations sociales.
A partir d'une cartographie précise, il émet l'hypothèse centrale que dans tous les groupes l'art de compter fait référence d'abord au corps. On compte avec la main, les doigts, les pieds, les orteils. Les cinq doigts d'une main représente la base 5, avec les deux mains il s'agirait de la base 10, et les dix doigts de la main et les 10 orteils soit deux mains et deux pieds c'est-à-dire l'homme complet voire le roi[1]. Mais, si le corps est outil, « une machine à compter », on peut noter des emprunts non corporels à d'autres cultures. Autrement dit, dans l'art de compter la référence au corps permet aux populations de se conter.
Le Nombre veut dire quelque chose.

Plus qu'un vocabulaire le système de numération est une grammaire. Tel un chant, la numération est une langue qui rythme l'être en commun. Pour mieux saisir la fonctionnalité quotidienne de la numération, il faut juste observer la conversation entre les individus, entre les individus et le groupe. Le Nombre veut dire quelque chose. Plus qu'un vocabulaire le système de numération est une grammaire. La parole qui accompagne les échanges est partie intégrante de la numération, d'où peut-être il faut voir la grande tendance à négocier tous les prix, car en négociant le prix, on maintient ouvert le trajet de la parole. La main à partir de laquelle on compte exprime à la fois la totalité et la pluralité des doigts. Autrement dit, le nombre et le corps font un tout, et ils sont éléments d'un tout. D'une part, le corps est un instrument gradué qui peut être appréhendé à travers l'une et l'autre de ses parties ou encore dans son ensemble. D'autre part, toutes ces parties du corps sont utilisées dans différentes stratégies selon les besoins, les représentations sociales et culturelles.


La numération à partir du corps renvoie donc au modèle des représentations de rapports multiples que les êtres entretiennent avec l'environnement, les autres êtres et les objets.
En référant les modes de numération au corps individuel, on les inscrit dans des rapports spatiaux et temporels. A l'instar du corps, ils modèlent les rapports de lignages, de territorialités et d'échanges.
Les représentations spatiales (Haut/bas), les systèmes de valeurs (Positives/négatives), les références sexuelles (masculin /féminin), ont des incidences sur la perception de l'espace, la distribution des objets, le partage des positions et des rôles des uns et des autres. Ce sont ces polarités qui permettent aux êtres de se projeter dans le cosmos. Elles permettent également à l'individu de concevoir un axis mundi (axe cosmique ou pilier du monde), un axe à partir duquel on peut élaborer des stratégies, effectuer des tactiques, Mais, et axis mundi qui indique les zones et les degrés de liberté, fixe aussi des limites. Autrement dit, l'axis mundi permet d'exprimer le permissible et l'interdit, la place du membre et de l'étranger dans les dispositifs collectifs. Il est également un garde-fou pour se prémunir des désordres et éviter l'instabilité. Et, très souvent, il y a une figure tierce souvent sacrée qui garantit l'équilibre et participe à la conservation des normes sociales.
Quel est le nombre à partir duquel ces sociétés conçoivent leur axis mundi ? 4, 6, 5, 20, 21, 22, 19 ? Selon AEK, pour percer l'épaisseur énigmatique de cette question, il faut chercher à décrypter les mythes ; et lorsque le mythe fait défaut analyser les rites, car le rite est un mythe en acte.


On ne peut pas soustraire la numération de l'ontologie, de la cosmogonie et de l'anthropologie c'est à dire d'une culture. Les systèmes de numérations exprimant des rapports sociaux et des systèmes de représentation (de soi-même, de l'étranger, de l'autorité) ne peuvent pas être détachés des contextes rituels, religieux ou symboliques. Les interactions et les relations sociales s'effectuent toujours dans des systèmes symboliques : langues, langages, gestuelles, religion, etc.


En effet, si la numération est inspirée par les représentations des corps individuels, alors ces représentations se donne à voir dans le physique et/ou le social. Qu'elles concernent l'espace domestique ou cosmique, la numération est un opérateur des relations sociales et culturelles internes et externes. Comme tout élément de l'ordre symbolique elle s'inscrit dans une relation d'ordre.
L'analyse des systèmes de numération doit tenir compte de la chaîne symbolique en l'occurrence les liens entre la symbolique du corps et les contraintes du symbolique. C'est donc en fonction de la notion essentielle du symbolique qu'il est possible de situer la place du dénombrement et de la numération dans l'imaginaire sociale c'est à dire de la place qu'occupe le nombre, les êtres, les choses dans les rapports aux sacrés, aux religieux et aux valeurs.


Autrement dit, l'efficacité symbolique de la numération fait partie de l'imaginaire social qui repose sur le croire et la relation affective de confiance. La numération renvoie à des valeurs qui sont parfois intériorisées. C'est donc par le symbolisme pratiqué à travers les systèmes, (de signes, langages, dons, monnaies, etc ...) que l'on peut saisir le sens de la numération. Le symbolisme de la numération et les modes de dénombrement sont accompagnés par des rites. La logique de la numération comme logique rituelle est une logique du faire et du faire dire des croyances, des valeurs, y compris celles des corps individuels et collectifs. Les pratiques de numération à travers des mises en scène mythiques voire mystiques, permettent de reconstruire des morcellements dans une totalité.
En effet la numération se référant aux liens entre corps individuel et corps collectif permet de reconstituer la continuité vitale de la société que la modernité pourrait parfois rompre.
Les systèmes de numération ne concernent pas que les nombres, ils concernent aussi les êtres (ontologie) qui expriment leurs visions du monde (cosmogonie) et leurs représentations de l'homme ainsi que leurs relations sociales (anthropologie).


Les échanges sont rendus possible, médiatisés, canalisés, joués, par des systèmes de numérations qui eux-mêmes sont exigés, complexifiés, raffinés par des ressources combinatoires potentiellement infinies des systèmes symboliques (systèmes de signes, langages, etc.) »


Mais, si le potentiel est quasi illimité pourquoi s'arrêter à un certain nombre paliers, se demanderont certains ?

Quels sont les fondements de la formation des nombres paliers et des unités nouvelles ?


Pour répondre à ces questions, outre qu'AEK nous invite à intégrer dans nos analyses la dimension diachronique que ce soit entre les groupes ou au sein des groupes, il se pose lui-même la question suivante : « dans quelles conditions s'est opéré le passage du 5 au 10 ?

S'agissait-il des systèmes combinatoires de base 5 et d'autres de base plus élevées ? Comment le système de base 10 se combine avec une base 20 ?

Quand 20 est-il la principale et 10 l'auxiliaire ?


Pour répondre à ces questions AEK nous fournit des indices. Il montre que si les territoires ou les corps humains qui servent de lieu d'ancrage, de repères spatiaux pour la numération, sont limités, les puissances attribuées aux nombres permettent d'effectuer des arrangements plus ou moins illimités. Avec la base, le nombre 5, il est possible d'effectuer 120 permutations ; avec la base 10 (deux mains) on peut faire plus d'1 million de permutations ; avec la base 20, on peut effectuer des dizaines de millions de permutations possibles.


Et, nous l'avons-vu, dans certains groupes ethniques comme les Joola, le nombre 20 signifie roi. La figure du roi permettant de signaler, les limites, du toléré et de l'interdit, du profane et du sacré, est donc l'autorité qui fixe une limite et peut confronter l'extérieur, ou transcender les malentendus. Peut-être la raison pour laquelle, dans la plupart de ces sociétés, on s'arrête à la base 20, car au-delà cela dépasserait l'entendement humain et relèverait plus du surnaturel.


La base 20 (l'homme, le roi) est la clef de voûte de l'équilibre, c'est le lien de conjonction, de transition et de disjonction. L'autorité, le roi est le point à partir duquel on fixe une limite de l'espace circonscrit, l'espace domestique (humanisé) et l'extérieur, y compris le monde des esprits.


En fonction des bases, on définit le toléré et l'interdit. Si dans certains espaces d'échanges il peut y avoir un principe d'équivalence, de substitution, de complémentarité, d'inversion, dans d'autres espaces les relations ne sont pas interchangeables. Il y a une hiérarchie des valeurs et des êtres. Le nombre 20, la figure du roi, (ou le prêtre, le marabout), « symbole de tout qui n'est interchangeable ni avec ses parties, ni avec leurs simples sommations », permet de délimiter ce qui relèverait du monde réel et de l'au-delà. Cela dit, si le nombre 20 est associé à la puissance et si la nomenclature de nombres est de facto limitée, il y a aussi un symbolisme numérique qui assigne à certains nombres un rôle privilégié. Par exemple, dans beaucoup de groupes et leurs croyances, le nombre 8 peut être maléfique ou bénéfique en fonction des contextes et des circonstances.


Les numérations s'ordonnent dans un système de valeurs qui convoque non seulement les représentations individuelles mais aussi collectives. Le symbolique de la numération n'est pas le nombre lui-même, mais bien ce qui renvoie d'abord au réel qu'il constitue. En fait, la numération comme symbolisme reconnu, confère aux échanges toute leur efficacité sociale. « Le corps humain et le corps social sont images l'un et l'autre ; et ils sont l'un et l'autre le lieu de polarités diverses qui commandent souvent à la représentation des autres aspects et secteurs de l'univers ».


Par conséquent, si l'on met le symbolisme au centre du fait social et humain, alors on peut mieux voir comment la numération permet de jouer l'échange. Le symbolique de la numération traduit les objets de l'échange en signe. Il fait donc le lien social. Mais comme tout lien, son efficacité dépend de la façon dont elle est investie, crue, voire aimée en ses symboles. Autrement dit, l'efficacité sociale de la numération réside dans la confiance qu'accordent les populations aux institutions et aux rapports sociaux que le nombre incarne.


AEK nous précise que quels que soient les façons de compter, le système de numération reflète toujours la société, l'identité et l'humanité de ceux qui l'effectuent. Même si les liens entre syntagmes et numérations ne sont pas systématiques, ils reflètent toujours la culture des groupes voire des sous-groupes à se distinguer les uns des autres. Pour comprendre les différents systèmes de numération il faut donc interroger l'imaginaire de ces sociétés.


Le nœud de la pensée d'AEK est fait à partir d'une dialectique corps individuel - corps social, et le tiers qui unit et dépasse les contradictions.
Pour le professeur Abdoulaye Elimane Kane le tiers, lieu tenant tous ces systèmes est inclus dans les dispositifs de la numération.


Pour défricher les lieux de fixation de différents systèmes de numération, il faut effectuer un renversement de la dialectique kanienne en montrant que si le corps individuel permet d'exprimer la numération (des dires), c'est parce que le corps social lui a fourni les moyens pour le dire. Ces moyens étant eux-mêmes régulés par le corps individuel.


En montrant par les moyens du corps d'une part, et, d'autre part, en indiquant l'importance des croyances dans les pratiques de numération, le Prof Kane nous ouvre de nouveaux paradigmes qui permettent de réfléchir sur les êtres, leurs systèmes d'échanges, de comptabilités et leurs réseaux.


Disons-le, la fécondité de la démarche d'AEK réside dans l'articulation, ou si l'on préfère, le corps comme unité active qui détermine tous les systèmes de numération. Outre que le corps est une dimension dépliée des croyances, elle est le lieu de la sommation des contradictions. Ainsi, dans cette dialectique kannienne de la totalité et de la pluralité, de « l'un et du multiple », la base de numération permet d'effectuer « des multiplicités infinies du réel » comme dirait le philosophe Alain Badiou.


Ce sont ces déplacements significatifs qui amènent l'architecte sénégalais Mbacké Niang, à dire que le livre d'AEK donne de nouvelles perspectives pour repenser et résoudre des problèmes mathématiques à partir des tracés régulateurs en architecture. Selon lui, le nombre est un outil de conception et de créativité. Selon l'architecte, les algorithmes que l'Afrique utilise doivent permettre selon lui de lancer des conjectures de résolution des problèmes de l'heure. De même, dit-il, à l'instar de la cadence en musique, on peut à partir des différentes bases, o permuter des nombres et structurer des rythmes dans la construction. En fait, dans toutes les activités de création, le système de numération et de dénombrement joue un rôle très important. Le tisserand fait de la permutation pour faire ses motifs à partir d'une base.


Je crois que le résultat de toutes les analyses du Professeur Kane c'est de montrer, que ce qui est sous-jacent à toutes les stratégies et malgré toutes les différences culturelles et celle de la représentation des choses, des êtres, de l'espace et du temps ; la logique qui demeure à la base du système de numération et qui est particulièrement visible dans les symboliques du corps est une logique de l'homme total. Cette étude touche des problèmes d'anthropologie générale qui viennent converger dans une critique philosophique, et contribuent à une épistémologie nouvelle.


Même si par humilité, AEK propose d'inscrire son travail « dans la perspective d'une préhistoire et d'une histoire de la pensée logique et mathématique négro-africaine, section arts et techniques », nous pensons que ce livre concerne toutes les disciplines des sciences humaines et devrait aider l'enseignement des mathématiques.


En effet, je suis certain que ce livre constituera, pour les historiens, une source extraordinaire de documentation sur l'évolution des systèmes de numération. C'est un livre dont les mathématiciens se délecteront puisqu'il renvoie sur les théories du nombre, des ensembles, les modes de dénombrements. Pour l'économie et la comptabilité, ce livre contient des propositions méthodologiques sur les systèmes d'évaluation, les échanges économiques, le rapport au temps ; des objets qui peuvent être séparés des sujets et ceux qui ne peuvent pas l'être. Aux sociologues et anthropologues, la numération, apprend-on du livre, ce n'est pas simplement compter c'est également se conter. L'importance de ce livre dans la linguistique est évidente.


Ce livre qui nous conte la numération comptera tellement pour les recherches futures qu'on pourrait lui donner un jour le titre : « Compter c'est conter » et le sous-titre « Conter jusqu'au bout du compte ».
Sûrement livre-t-il l'objet de débats, de thé-débats, comme on le dit au Sénégal. En attendant ces séances de discussions, je conseille tous ceux qui veulent mieux se connaître et mieux connaître leurs systèmes de pensée de se procurer ce livre dense. C'est le genre de livre que l'on garde avec soi pour les consulter plusieurs fois dans sa vie.


[1] Le nom qui sert à désigner le nombre 20 par exemple en Mandingue et la plupart des langues africaines est le même pour désigner l'« homme », certaines ethnies comme les Diolas l'assimilent au Roi.

LUCRÈCE-La Nature des choses : Poésie philosophico-spirituelle

 

 « j'ai eu un grand plaisir de reprendre cet ouvrage de Lucrèce parce que je me posais des questions et à défaut d'avoir un interlocuteur à côté on va Chercher dans ses livres et sa bibliothèque des textes et des pensées ou des réponses ou des éclairages et Lucrèce loin de me soigner ou de me calmer a encore contribué à exciter ma curiosité insatiable »P B Cissoko

" La poésie vit d'une vie virtuelle. Les sciences peuvent étendre sa sphère, non augmenter sa puissance. " Victor Hugo justifie en ces termes l'intérêt extrême que l'oeuvre de Lucrèce suscite chez les lecteurs modernes. Or, de récentes découvertes scientifiques ont encore élargi sa sphère d'influence. Au Ier siècle avant J.C., le poète latin ne se contenta pas d'offrir à ses compatriotes la doctrine " salvatrice "d'Epicure, leur permettant d'accéder pleinement à la philosophie, mais il traduisit en visionnaire le mouvement incessant des atomes et le perpétuel devenir des choses au sein du vide infini.

Son oeuvre explore l'univers physique et le savoir grec, mais aussi notre vie quotidienne.

Gardien essentiel de la doctrine épicurienne, visant à une époque de violence et d'oppression, Lucrèce révéla non sans ferveur les moyens d'un bonheur accessible à tous. La version française que l'on présente ici se veut l'écho de la tension jamais abolie entre la poésie et la raison dans le De rerum natura. Inventant un langage de la nature, Lucrèce lui a donné des cadences que cette traduction essaie de transposer.

Le poème de Lucrèce (98 ou 94 av. J.-C.- 55 av. J.-C.) est un des textes fondateurs de la philosophie en Occident. Car Lucrèce s'y montre plus qu'un simple sectateur d'Épicure : disciple fécond, il est comme le refondateur à Rome de l'épicurisme athénien.
Loin de se présenter comme un système rigoureusement ordonné par des prémisses ou dicté par des axiomes, cette philosophie n'a d'autre but que l'apaisement moral de l'homme, plutôt que la connaissance du monde.

Tout au long des siècles, une fois ce poème redécouvert au début de la Renaissance, La Nature des choses n'a cessé d'être une référence philosophique.


Qu'on lise, au dernier livre, les passages consacrés à la peste. La peste est un argument que toute théodicée doit réfuter puisqu'elle pose, de manière spectaculaire, le scandale de la mort du juste et de l'innocent.
Or Lucrèce ne réfute pas la peste, il s'en sert, au contraire, pour montrer l'absence de Providence, et du même coup guérir l'âme d'une maladie autrement essentielle, la peur de la mort.
Ce qui fait scandale, ce n'est plus la peste, c'est tout simplement Lucrèce.


J'ai voulu t'exposer cette doctrine à nous / en un chant possédant le doux accent des Muses, / et sur elle poser la douceur de leur miel, / dans l'espoir que nos vers sachent, par ce moyen, / te retenir l'esprit tandis que tu perçois / des choses la nature en sa totalité, / et te pénètres bien de leur utilité.
Lucrèce.

Donner la plus grande force persuasive à la parole philosophique salvatrice, celle qui mène au bien et éloigne des maux, qui guérit des vaines peurs, celles des dieux et de la mort en particulier, tel est le projet de Lucrèce (ier s. av. J.-C.), qui compose en latin son célèbre poème, De rerum natura, à la gloire d'Epicure et de sa philosophie. Exposé doctrinal d'une richesse exceptionnelle et oeuvre littéraire majeure, ce poème se donne comme une oeuvre totale, où le vrai s'allie au beau, et les séductions de l'imagination à la rigueur de l'analyse.


Pour s'approcher de sa singularité, il fallait une transposition précise et poétique à la fois : ce sont là les mérites de la traduction de Bernard Pautrat - faite en alexandrins non rimés - qui permet d'appréhender dans notre langue le style philosophique propre à Lucrèce.

Traduction nouvelle de Bernard Pautrat, avec le texte latin en regard. Introduction et notes par Alain Gigandet.

En plus
LIVRE TROISIÈME
ARGUMENT


Ce livre est employé tout entier à traiter de l'âme humaine : c'était l'objet essentiel de la philosophie d'Épicure. Après une invocation à Épicure, il fait sentir l'importance du sujet qu'il va traiter, en ce que l'ignorance où sont les hommes sur la nature de leur âme leur inspire cette crainte de la mort, qu'il regarde comme l'unique source de tous les maux et de tous les crimes.

Il entre ensuite en matière, et s'efforce de prouver :

1° que l'âme est une partie réelle de nous-mêmes, et non pas une affection générale de la machine, une harmonie, comme l'ont voulu quelques philosophes ; 2° que l'âme ne forme qu'une même substance conjointement avec l'esprit, qui réside au centre de la poitrine, tandis que l'âme est répandue dans tout le corps ; 3° qu'ils sont l'un et l'autre corporels, quoique formés des atomes les plus subtils de la nature ; 4° que, bien loin d'être simples, ils résultent au contraire de quatre principes, le souffle, l'air, la chaleur, et un quatrième (qui paraît n'être autre chose que les esprits animaux), auquel le poète ne donne pas de nom, et qu'il regarde comme l'âme de notre âme ; 5° que ces quatre principes sont mélangés et combinés, sans pouvoir jamais agir à part, n'étant, pour ainsi dire, que différentes propriétés d'une même substance, mais qu'ils peuvent dominer plus ou moins, et que de là naît la différence des caractères ; 6° que l'âme et le corps sont tellement unis, qu'ils ne peuvent subsister l'un sans l'autre, mais qu'il ne faut pas croire pourtant, comme l'a prétendu Démocrite, qu'à chaque élément du corps réponde un élément de l'âme. Après tous ces détails, il tâche de prouver que l'âme naît et meurt en même temps que le corps, d'où il conclut que la mort n'est pas à craindre, et que les hommes ont tort de se désespérer d'un état qui les rend ce qu'ils étaient avant que de naître.


LIVRE TROISIÈME


Toi qui le premier au fond d'affreuses ténèbres as brandi un si lumineux flambeau pour nous révéler les vrais biens de la vie, je te suis, ô gloire de la Grèce, et j'ose aujourd'hui poser mes pas dans tes pas, non que je veuille devenir ton rival, mais plutôt parce que ton amour me guide et m'exhorte à t'imiter.

L'hirondelle ose-t-elle défier les cygnes, les chevreaux aux membres tremblants pourraient-ils lutter à la course avec le cheval fougueux ? Toi, père, qui es l'initiateur, tu prodigues à tes enfants de sages leçons ; c'est dans tes traités, maître glorieux, que semblables aux abeilles butinant çà et là parmi les fleurs des prés, nous allons cueillir nous aussi, pour nous en repaître, des paroles d'or, oui, d'or vraiment, et telles qu'il n'en fut jamais de plus dignes d'une vie éternelle.


A peine ta sagesse a-t-elle commencé à proclamer avec puissance un système de la nature né de ton divin génie, aussitôt s'évanouissent les terreurs de l'esprit, s'écartent les murailles du monde ; je vois à travers le vide immense les choses s'accomplir ; je vois les dieux puissants dans leurs tranquilles demeures que n'ébranlent pas les vents, que les nuages ne battent pas de leur pluie, que la blanche neige glacée n'outrage pas dans sa chute, car un éther toujours serein leur sert de voûte et leur verse à larges flots sa lumière en riant.

Tous leurs besoins, la nature y pourvoit et rien en aucun temps n'altère la paix de leurs âmes. Mais par contre, nulle part je n'aperçois les régions de l'Achéron et la terre ne m'empêche point de contempler sous mes pieds tout ce qui s'accomplit dans le vide. Devant de telles visions, une joie divine, un saint frémissement me saisissent à la pensée que ton génie contraignit la nature à se dévoiler tout entière.


Ma doctrine enseigne les principes de l'univers : j'ai dit leur nature, la variété de leurs formes, le mouvement éternel dont ils s'envolent spontanément dans l'espace et comment ils sont capables de créer toutes choses. Mon objet est maintenant, je crois, la nature de l'esprit, et c'est l'âme, le principe vital, qu'il me faut éclairer dans mes vers. Je dois chasser et renverser cette peur de l'Achéron qui pénétrant l'homme jusqu'au cœur, trouble sa vie, la teint tout entière de la couleur de la mort et ne laisse subsister aucun plaisir limpide et pur.
Tant d'hommes prétendent que les maladies et la honte sont plus à craindre que les abîmes de la mort ! Ils savent bien, proclament-ils, que le principe de la vie relève du sang, sinon même du vent, si jusque-là se porte leur fantaisie, et qu'auraient-ils donc besoin de nos leçons ? Mais tu vas voir comme c'est là propos vides de fanfarons, non conviction réelle.

Car ces mêmes hommes, chassés de leur patrie, proscrits loin de leurs semblables, flétris d'accusations infamantes, accablés enfin de tous les maux, ces hommes vivent ; où qu'ils soient venus traîner leur misère, ils célèbrent des funérailles, ils immolent des brebis noires, ils sacrifient aux mânes, et plus l'adversité leur est rude, plus leurs esprits se tournent vers la religion. Ah ! c'est dans les dangers qu'il faut observer l'homme, c'est dans l'adversité qu'il se révèle : alors seulement la vérité jaillit de son cœur ; le masque tombe, le visage réel apparaît.

 

MACKY SALL, C’EST REPARTI POUR UN TOUR !

 

Comme beaucoup d’entre nous j’ai suivi le discours d’investiture de Macky Sall et j’ai halluciné en le voyant et en l’écoutant. Etait-ce là l’allocution d’un président nouvellement réélu où n’était-ce pas plutôt le discours d’un candidat encore en campagne, vantant son programme, cent fois déjà entendu ? Peut-être faut-il vous rappeler monsieur le président que le scrutin est clos depuis le 24 février. Quel étrange discours que celui qui, au terme d’un septennat, établit un constat critique de la situation notamment s’agissant de la pollution dans nos villes ou l’insuffisance critique de construction de logements. Mais que ne l’avez-vous pas fait tout au long de ces années. En quoi votre Plan Sénégal Emergent a-t-il vraiment changé en profondeur la vie quotidienne des Sénégalais ?
Et en même temps, paradoxalement, à vous écouter, (d’où cette sensation d’hallucination, d’irréel), tout serait parfait dans le meilleur des mondes : amélioration des finances publiques, justice sociale, équité territoriale, enseignement etc. D’un côté on se flagelle, et de l’autre on se glorifie ! Une telle attitude mériterait un décryptage psychanalytique en profondeur.


Ainsi donc, vous nous promettez à l’avenir la construction de 100 000 logements afin que « chaque famille, quels que soient ses revenus puisse avoir accès à un logement décent ». Pourquoi vous croire aujourd’hui là où vous avez échoué hier ?


Lutter contre la pollution pour « Un Sénégal plus propre dans ses quartiers, dans ses villages, dans ses villes, un Sénégal zéro déchet ». Auriez-vous soudainement reçu une inspiration divine après avoir négligé ce problème durant votre mandat précédent ? A quelle potion magique allez-vous recourir alors que durant sept ans aucune recette miraculeuse n’a été en mesure de réduire cette situation calamiteuse pour notre pays ?


En marge de ce discours je voudrais noter que si une vingtaine de chefs d’Etat et chefs de gouvernement étrangers étaient présents au Centre des Expositions de Diamniado lors de la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat le président Emmanuel Macron était pour sa part représenté par Ségolène Royal qui n’occupe pourtant aucune fonction ministérielle. Mais celle, plus modeste, d’ambassadeur des pôles, une région très éloignée de l’Afrique. Je ne veux y voir là aucun signe de refroidissement entre nos deux pays pour ne retenir que l’ancienne campagne de François Hollande est née à Dakar. Ceci expliquant cela.


Mais puisque je fais allusion aux « pôles » je dirai que les quelques difficultés que Macky Sall a bien voulu reconnaître ne représentent que la face immergée de l’iceberg. Que fait-il en effet de la lutte contre la corruption, un mal endémique dans notre pays, de l’insécurité chronique dans nos villes, de la mendicité dans les villes et villages de dizaines de milliers d’enfants, de la précarité dans laquelle vit une grande partie de notre population ? Sur tout cela le nouveau président de la République s’est montré peu disert. On aimerait qu’il soit aussi économe pour nos finances publiques qu’il l’a été au niveau des mots.


Enfin, pour finir nous avons eu droit au sempiternel couplet appelant l’opposition au sens des responsabilités afin d’assurer la stabilité politique dont le pays a besoin. Mais que ne l’a-t-il pas fait plutôt ? Après avoir snobé celle-ci durant sept ans voici qu’il découvre soudainement les vertus du dialogue. Ce virage à 180° est difficile à avaler.


Pour autant, en tant que président du mouvement « Un Autre Avenir » j’entends être un interlocuteur loyal, à défaut d’être docile, du pouvoir en place à Dakar. Je serais quelqu’un capable de soutenir des projets en faveur d’une élévation du niveau de vie de nos compatriotes, de leur mieux-être, quelqu’un capable d’approuver les initiatives en matière de développement économique pour assurer un meilleur avenir à la jeunesse. En revanche je ne serai jamais à la dévotion d’un régime, le béni oui-oui du parti au pouvoir. En clair je me refuse à brandir l’étendard d’une opposition systématique et aveugle. Je veux au contraire que celle-ci soit constructive et exigeante, une opposition qui n’entend pas favoriser l’avenir politique personnel de Macky Sall mais privilégier l’avenir du peuple Sénégalais.

Ibrahima Thiam président d'un autre avenir

Ichrono.info

logotwitterFacebook