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Les Cigognes sont immortelles -Alain Mabanckou ed du Seuil

Sep 27, 2018
Les Cigognes sont immortelles -Alain Mabanckou ed du Seuil

Les Cigognes sont immortelles -Alain Mabanckou ed du Seuil


À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l'Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l'arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l'apprentissage du mensonge.
Partant d'un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l'intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l'âme humaine à travers le regard naïf d'un adolescent qui, d'un coup, apprend la vie et son prix.


Alain Mabanckou est né en 1966 à Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville. Ses œuvres sont traduites dans le monde entier. Il enseigne la littérature francophone à l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).


Livre : Alain Mabanckou, une histoire intime du Congo


Entre récit d'apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l'assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.
Critique


Entre récit d'apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l'assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.
Par Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique)

Comment pleurer quand vous n'y arrivez pas ? Deux possibilités. « Utiliser du piment comme les veuves de Pointe-Noire pour avoir des larmes », explique Michel du haut de ses 11 ans. Ou, si vous avez été élève à Pointe-Noire dans les années 1970, vous rappeler vos cours d'instruction civique pendant lesquels, chaque semaine, « après avoir dit du bien du camarade président Marien Ngouabi », vous entonniez le chant soviétique Quand passent les cigognes :
« Il me semble parfois que les soldats / Qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille inondés de sang / Ne gisent pas au sein de notre terre / Mais transformés en cigognes blanches / Et jusqu'alors, depuis cette époque si lointaine / Ils volent au-dessus de nos têtes et poussent des gémissements / Est-ce pour cela que l'on se tait, plein de tristesse / En regardant le ciel ?


Lire aussi : Alain Mabanckou : « Les dictateurs croient avoir le temps, mais la montre est au peuple »


Pour son nouveau roman, Les cigognes sont immortelles, paru jeudi 16 août, Alain Mabanckou a fait grandir son double, le petit Michel, personnage récurrent dans son œuvre depuis Demain j'aurai vingt ans. Une manière subtile de narrer la grande et la petite histoires, celle du jeune Congo indépendant et celle des gens de peu qui vivent de débrouillardise et de résilience, notamment dans le quartier ponténégrin de Voungou, où Michel et ses parents occupent une maison « en attendant » faite de bois et de taule.


Purge « tribaliste »


Tête en l'air et doux rêveur qui perd toujours sa monnaie quand il va faire ses courses à l'épicerie Au cas par cas de Mâ Moubobi, le fils de Maman Pauline est un esprit vif. Il aime écouter la radio, la très officielle Voix congolaise ou la subversive Voix de l'Amérique, aux côtés de Papa Roger, à l'ombre du manguier. « Cet arbre est un peu mon autre école », confie Michel, qui décortique la société congolaise, les contradictions des adultes, leur bassesse et leur grandeur. Il raconte l'école socialiste, la compétition entre les élèves, les premières amours à peine sorti de l'enfance...

À son habitude, Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, croque des personnages au caractère bien trempé et éloigne le pathos à coup d'humour et de jeu de mots.


Récit d'apprentissage, Les cigognes sont immortelles se double d'une dimension historique et revient sur l'assassinat, le 18 mars 1977 à 14 h 30, de Marien Ngouabi, président qui a pris le pouvoir en 1968 et a instauré un régime marxiste-léniniste. Les jours suivants se met en place une dictature militaire qui, prédit Tonton René, « éliminera systématiquement ceux qui sont susceptibles de parler parce qu'ils savent quelque chose de cet assassinat dont beaucoup disent qu'il ne faut pas aller chercher très loin puisque les comploteurs et les assassins sont parmi ces onze membres du Comité militaire du parti »... parmi lesquels figure un certain Denis Sassou-Nguesso.


Lire aussi : Mabanckou, autobiobibliographie


Première victime d'une purge « tribaliste » au détriment des « Sudistes » : le capitaine Luc Kimbouala-Nkaya, saint-cyrien, cofondateur du Parti congolais du travail et frère de Pauline Kengué, la mère de Michel... et d'Alain Mabanckou. Le récit historique se mue en drame familial où l'amour filial offre à la narration une chaleureuse poésie. Perle alors une tendresse nostalgique pour ceux qui, à l'instar du capitaine, se sont depuis envolés vers d'autres cieux – Pauline Kengué, Roger Kimangou, René Mabanckou – et sont devenus des cigognes immortelles.


Interview. Alain Mabanckou va bientôt "rentrer au pays"http://www.adiac-congo.com/content/interview-alain-mabanckou-va-bientot-rentrer-au-pays-89436
Mardi 25 Septembre 2018 - 19:16

L'écrivain très prolixe en ce moment sur les ondes de France Télévision répondait hier aux questions de Patrick Simonin dans l'émission L'Invité. Extrait*.
Alain Mabanckou. Je voudrais - puisque je l'ai lu dans la presse -, je voudrais remercier - puisqu'il faut quand même être dans les remerciements - ce ministre de la Justice du Congo qui semble-t-il a dit que je n'avais aucun mandat d'arrêt, je n'avais aucune interdiction de retour au pays, que mes livres n'étaient pas interdits. Ça tombe bien, ça va me permettre de rentrer bientôt au Congo Brazzaville.


Patrick Simonin. Vous allez rentrer quand, au Congo Brazzaville ?


AM. Dès que je le sentirai. Il faut que je me prépare ; je viens d'apprendre que je ne suis pas interdit. Ça fait plaisir.


PS. C'est votre souhait Alain Mabanckou ?


AM. Qui ne peut pas avoir le souhait de rentrer chez lui et de voir ses frères, ses sœurs, le peuple congolais ? C'est important de le faire. Je suis un fils du Congo. Quand on me voit, la première chose qu'on voit c'est le Congo Brazzaville, j'allais dire l'Afrique puis le Congo Brazzaville. Donc nul n'a le monopole de dire que le pays lui appartient. Le pays nous appartient tous. Qu'on le veuille ou non, nous devons composer ensemble pour aller de l'avant.
Les histoires de familles s'invitent dans le nouveau numéro de La Grande Librairie. Alain Mabanckou, Éric Fottorino, Sophie Daull et Olivia de Lamberterie discutent littérature avec François Busnel.


« Cassons les codes, dépassons les clichés, oublions les idées reçues », tel est le programme que propose François Busnel aux téléspectateurs de La Grande Librairie. En roman ou sous forme de témoignage, la famille et ses secrets sont passés au crible par les invités de ce soir. En prime, une entrevue exceptionnelle avec l'auteur américain, Dan Chaon dont le roman, Une Douce Lueur de malveillance, vient d'être traduit chez Albin Michel.
Sur son plateau, il reçoit Alain Mabanckou, un habitué de l'émission. L'écrivain franco-congolais vient parler de Les cigognes sont immortelles (Ed. Seuil), un roman familial empreint de réalisme situé à Pointe-Noire, lieu de naissance d'Alain Mabanckou. S'il s'agit d'une fiction, l'assassinat du président Marien Ngouabi en mars 1977 est un fait réel.


La Grande Librairie, mercredi 26 septembre à 20h50 sur France 5
France 3France Télévisions


Michel, le héros du 12e ouvrage d'Alain Mabanckou, Les Cigognes sont immortelles, vit à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo, où est né l'écrivain en 1966. "C'est peut-être mon alter ego. C'est un enfant que j'ai toujours vu comme si c'était mon ombre, mais c'est peut-être aussi mon double. Je lui ai donné tout ce que j'ai. Il a 11-12ans. Il a vu, entendu, reçu des présidents, des dictateurs" comme moi petit, explique l'auteur dans le Soir 3 mardi 4 septembre.
Nostalgique


Il y a aussi beaucoup de souvenirs d'enfance et de nostalgie de cette époque dans ce livre écrit par celui qui enseigne la littérature francophone aux États-Unis.
"La francophonie doit être un échange de cultures et non pas une composition de couleurs politiques qui viendrait s'asseoir sur les populations", estime Alain Mabanckou, membre du Collège de France. Et de lancer : "Je ne suis pas contre la langue française, mais je suis contre la francophonie institutionnelle qui continue à soudoyer les dictatures africaines".


-Conter l'histoire en inventant des histoires : telle est l'une des composantes de l'imaginaire littéraire de ces deux auteurs qui parviennent à allier dans un style travaillé, la puissance de leur humour à une fine lecture de la colonisation et de la décolonisation.


-Il y a un rite chez nous dans lequel en devenant adulte, on lave la figure de l'enfant pour qu'il cesse de voir le monde aussi innocemment, aussi purement, pour qu'il cesse de voir les esprits en fait. C'est même pas une relecture, c'est une lecture nouvelle, une lecture qui n'a pas encore été faite du monde à l'entour. Gauz
-Ça me permettait d'inventer une langue idéale pour parler d'idéaux. C'est pour ça que j'ai pris la peau de l'enfant, comme ça on ne peut pas me taxer de vouloir tordre un peu les choses alors que je pense vraiment ce que l'enfant dit. Qu'il sorte de la bouche comme ça d'un enfant me donne un petit air innocent. Gauz


-On écrit pour interpréter le monde mais on écrit aussi pour le transformer.

C'est que l'on est en train de faire, je pense. Alain Mabanckou


-Gamins on était appelé les pionniers de la révolution socialiste congolaise. Ce qui fondait notre action c'était un article qui s'appelait "L'article 1 du mouvement national des pionniers" et ça disait : "Le pionnier est un militant conscient et efficace de la jeunesse. Dans tous ses actes il obéit aux ordres du parti". Donc on était déjà dans une attitude moutonnière. Nous étions des moutons de Panurge avec le président de la République de l'époque qui était censé vraiment nous emmener vers la révolution. Alain Mabanckou


https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/mabanckougauz-camarades-de-lettres
La Grande Librairie, mercredi 26 septembre à 20h50 sur France 5

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