Une humble cavalcade dans le monde de demain-Alain Minc
L'avenir du monde et le nôtre dépend des réponses que l'on peut apporter à une petite dizaine de questions.


Le creusement irréversible des inégalités nous menace-t-il d'une révolution ?

La prochaine crise économique risque-t-elle d'être « terminale » ?

Les États sont-ils devenus les otages des GAFA ? Peut-on vraiment combattre le réchauffement climatique ?

La démocratie libérale sera-t-elle submergée par la vague populiste ?

Quel dénouement envisager à la nouvelle guerre de trente ans qui s'est déclenchée au Levant ? L'absence de leader condamne-t-elle le monde à une instabilité chronique ? L'Europe saura-t-elle désamorcer la bombe démographique africaine ?

Peut-on ressusciter l'Europe ?


Si « mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde » (Camus), Alain Minc s'efforce ici de bien nommer les interrogations cruciales du monde qui vient, et d'y apporter les réponses qu'il estime les plus probables.


Demain une révolution ?


Des jeunes réunis par dizaine de milliers aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France. Pour des concerts rock, punk ? Pour de gigantesques fiestas ? Que nenni. Outre-Atlantique pour écouter un vieux sénateur de 75 ans, politiquement inaudible jusqu'alors, qui se déclare socialiste dans un pays où le mot semble démoniaque. Au Royaume-Uni pour applaudir un autre ressuscité de la politique, gauchiste pro-Chávez que ses collègues travaillistes ont longtemps considéré comme un hurluberlu. En France pour soutenir un orateur qui s'adresse sur le ton de Jaurès aux enfants du Web. Sanders, Corbyn, Mélenchon : autant d'idoles paradoxales de la jeunesse à laquelle ils parlent de révoltes, d'injustices, de progrès sociaux avec les mots d'hier.

Lequel d'entre nous aurait imaginé que le terme socialisme semblerait porteur de promesses aux yeux des enfants de l'Internet ? Un tel phénomène dans des pays aussi différents n'est pas anodin. C'est le symptôme d'une vague qui gronde, d'une frustration qui bouscule une génération, d'un climat « pré-1968 », si tant est que les comparaisons soient valables. La réaction la plus naturelle est de voir dans ces mouvements un épiphénomène et de parier sur le triomphe ultérieur du bon sens et de la raison. Mais la prudence ne devrait-elle pas inciter au contraire à chercher les causes de réactions aussi surprenantes et à essayer de recenser les insatisfactions réelles et justifiées que génèrent nos sociétés ?

À ce titre, la première tient en un mot éculé qui a justifié dans le passé tant de mouvements sociaux et qu'on croyait aboli par un demi-siècle de redistribution et de politiques sociales : l'inégalité. Inégalités des revenus ; inégalités des patrimoines ; inégalités éducatives ; inégalités culturelles ; inégalités de statuts ; inégalités géographiques ; inégalités psychologiques.

Nous vivons depuis trente ans leur explosion tous azimuts. Ce n'est certes pas la première fois dans l'Histoire : le capitalisme est une machine qui fabrique de l'efficacité et de l'inégalité. Quand, emporté par la mondialisation, la révolution technologique et les libres mouvements de capitaux, il tourne à pleine vitesse, il produit encore plus d'efficacité et d'inégalités. Incontestable dans l'ordre économique, le phénomène prend une ampleur d'autant plus grande que des facteurs concomitants, liés à la dynamique de la société, généralisent cette explosion inégalitaire à tous les domaines de la vie en société. L'incroyable triomphe de l'opus de Thomas Piketty sur le capital est un symptôme de la gravité de la question et de la conscience croissante de l'opinion en matière d'inégalités. Au-delà des polémiques naturelles que suscite un tel succès de librairie et des débats qui l'ont accompagné sur l'exactitude des données chiffrées, la thèse relève du bon sens : les taux d'intérêt réels favorisent une « accumulation primitive » du capital – suivant l'expression de Marx – aux dépens du travail et entraînent une déformation de la répartition de la valeur ajoutée, à l'avantage des revenus capitalistes et au détriment des revenus salariaux.

C'est évidemment aux États-Unis que la distorsion est la plus grande : le 1 % le plus privilégié s'octroyait, il y a trente ans, 8 % du revenu national après impôts ; le chiffre est désormais de 16 %. Toute la richesse créée depuis un quart de siècle est allée à cette étroite minorité et en son sein, de façon prépondérante, aux privilégiés d'entre les privilégiés, les 0,01 %, avec pour conséquence une stagnation, voire une légère baisse du pouvoir d'achat moyen du reste de la population. En Europe, la situation n'est pas aussi caricaturale car le système fiscal aidant, la part prélevée par les 1 % est demeurée stable, autour de 8 ou 9 % du revenu national. Cela étant, toutes les études plus fines, basées sur l'éternel coefficient de Gini*1, ont démontré un accroissement des inégalités dans tous les pays européens, sauf en Scandinavie et en France : impôts massifs obligent.

Mais plus encore que les inégalités de revenus, ce sont les inégalités de patrimoines qui ont explosé et mis fin aux fantasmes propres aux Trente Glorieuses, d'une immense classe moyenne. C'est le résultat de trente ans de taux réels positifs : celui qui possède s'enrichit, celui qui s'endette s'appauvrit. Et la volatilité du capital empêche, en la matière, tout rabotage fiscal, obligeant même les pays à se rapprocher, dans une course sans fin, de celui d'entre eux qui pratique le moins-disant en matière d'imposition du capital. De ce point de vue, la première des inégalités patrimoniales, la possession ou non d'un logement, participe de l'écart croissant des modes de vie, poussant à la ségrégation géographique et faisant litière de la convergence de la classe moyenne.

Si les inégalités matérielles étaient compensées par un accès de plus en plus égal à l'éducation et au savoir, la société serait moins déséquilibrée. Or c'est l'inverse qui s'est produit. Il n'existe aucun instrument de mesure de l'accumulation du capital culturel – tel que Bourdieu l'a conceptualisé – qui soit aussi précis que les indices relatifs au capital matériel, mais s'ils étaient disponibles, sans doute feraient-ils apparaître un écart encore plus important entre les situations d'aujourd'hui et celles d'il y a quarante ans.

On peut reprendre tous les chiffres et toutes les analyses des Héritiers de Bourdieu et Passeron qui ont accompagné tant de « happenings » en Mai 68, et découvrir que sur l'ensemble des paramètres, le contexte s'est détérioré. Accès, en France, aux grandes écoles des enfants de la classe ouvrière et des autres couches modestes, promotion sociale via l'éducation sur une génération, diffusion de la culture et de tous les ingrédients qui concourent à « l'habitus social » – pour demeurer dans les références bourdivines –, poids des réseaux sociaux et de toutes les formes de relations, capacité des autodidactes de s'affirmer, maîtrise des codes de comportement, possession des langues étrangères – ce viatique du monde contemporain : l'ascenseur social, comme on dit aujourd'hui –, tout cela ne fonctionne plus. Et encore les étudiants français ne sont-ils pas confrontés, comme leurs congénères américains et anglais, à l'effet massue du prix de l'enseignement supérieur et donc à la charge d'un endettement qui constitue un boulet pour la vie entière.

Ce n'est pas, comme en matière économique, la fatalité qui a contribué à un tel phénomène, mais l'incapacité de nos systèmes éducatifs de s'adapter à la démographie galopante du monde étudiant, de prendre en compte les enfants issus des communautés immigrées et de compenser, dès l'enseignement primaire, les écarts croissants liés aux milieux familiaux. L'idée de bon sens que, dans des sociétés de plus en plus diversifiées, l'égalité formelle devant l'école aboutit aux plus grandes inégalités, demeure un anathème da

ns nombre de pays occidentaux, la France au premier chef. De même l'incapacité de donner à l'enseignement technique le même statut qu'à l'enseignement général a-t-elle poussé des générations d'étudiants dans des filières qui se transforment en autant d'entonnoirs, avec à la clef des jeunes qui abandonnent, dégoûtés, les études supérieures et, démunis de savoir technique ou technologique, entrent dans la spirale des emplois précaires et de la marginalisation. Imputer ces dysfonctionnements, comme le font les zélotes du conservatisme éducatif, c'est-à-dire la gauche classique, au jeu du capitalisme est un leurre confortable ; il dispense de l'autocritique qu'en ces matières les générations du baby-boom doivent faire. Mais le résultat est là : au lieu de compenser la croissance, elle inévitable, des inégalités matérielles, l'évolution du capital culturel en a accentué les effets.

On peut s'étonner que dans des sociétés aussi informées et transparentes que les nôtres, la perception des inégalités matérielles et éducatives n'ait pas provoqué de mouvements de masse, mais les indices apparaissent d'une prise de conscience aux conséquences imprévisibles. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, l'envolée des droits d'entrée dans les universités a suscité des révoltes parmi les jeunes et constitue peut-être leur premier contact avec les effets les plus visibles de l'inégalité. Penser que la conscience de ces réalités demeurera subreptice et discrète est une illusion. Si le mode de vie des 1 % peut demeurer caché aux yeux du plus grand nombre, les différences éducatives ou les écarts de logement, eux, ne le peuvent pas.

Autres inégalités nées, elles, de l'emballement de la révolution technologique et des modes de fonctionnement du capitalisme : les nouvelles formes d'emploi. Il existe une vision irénique et en partie justifiée de « l'ubérisation » : de nouveaux gisements d'emplois, la possibilité de ramener vers le travail des populations qui en semblaient définitivement exclues, l'expansion des formes d'activité, la capacité de faire participer des auto-entrepreneurs à la vie de grandes sociétés. Mais la face noire du phénomène est de plus en plus visible.

Par rapport à la hiérarchie classique des garanties d'emploi – le fonctionnariat, le contrat à durée indéterminée dans les grandes entreprises, dans les petites, le contrat à durée déterminée, l'intérim –, l'ubérisation suscite de nouvelles positions que le droit social ignore. C'est, sous couvert d'auto-entreprenariat et d'autonomie des individus, le retour au degré zéro des relations sociales.

Ainsi un marché du travail jusqu'alors divisé entre salariés protégés et non protégés voit-il apparaître un nouveau « lumpenprolétariat ». Sans doute, à l'instar du « lumpenprolétariat » d'autrefois, celui-ci fait-il entrer dans le monde actif des chômeurs. Mais la longue marche du progrès social va devoir reprendre. Épisodiquement sous l'influence de syndicats en voie de constitution et sous la pression de conflits sociaux classiques, en particulier chez Uber, mais aussi sous l'effet de l'intervention publique.

De la même manière que le droit social a commencé par limiter la journée de travail, octroyer des congés, interdire les abus de pouvoir patronaux et protéger de la sorte les salariés, un nouveau corpus juridique devra se mettre en place au profit des auto-entrepreneurs « ubérisés », mais ce ne seront que des droits minimaux, à mille lieues des acquis des salariés les mieux protégés.

Ainsi une nouvelle division s'installe-t-elle au cœur du monde du travail entre l'univers salarial d'hier abrité derrière les protections acquises au fil des décennies et les nouvelles formes d'activité en apparence les plus modernes, puisque nées de la révolution technologique, mais qui retrouvent les traits de l'aliénation ouvrière d'autrefois.

L'impératif numérique- Quel impact de la révolution numérique- Par Farid Gueham.sur les sciences sociales ?


« Serions-nous entrés dans une nouvelle ère avec le numérique, vivons-nous une mutation profonde, bien plus qu'un changement culturel ou de société ?

Notre temps n'est-il pas celui d'une rupture méritant d'être appréciée en termes anthropologiques, une transformation radicale de l'humanité s'appuyant sur de nouvelles configurations sociotechniques ?

La question est posée. Et peut-être ceux qui devraient être les premiers à s'interroger en de tels termes, les chercheurs en sciences humaines et sociales, sont-ils ici trop peu nombreux ou un peu à la traîne ».


Michel Wieviorka, auteur de L'impératif numérique et président du directoire de la Fondation de la Maison des Sciences de l'Homme (FMSH), lance une invitation : « pour les sceptiques, et pour tous ceux qui croient en l'utilité des sciences humaines et sociales, à aborder de façon résolue, les enjeux que véhicule cette question et à faire davantage l'expérience de notre récent environnement numérique ».


La fin d'une Histoire et l'entrée dans une nouvelle ère


« Il n'y a pas une histoire, mais au moins quatre modalités possibles de l'histoire qui ne s'articulent pas aisément : globale, nationale, de communauté et individuelle, sans parler des efforts pour construire une histoire régionale, de l'Europe par exemple, ou de l'Amérique latine, entre le global et le national ».
Chaque individu peut désormais porter sa contribution personnelle, dans la construction d'un récit global, scientifique et se constituer en tant qu'historien sans l'être personnellement.


Si ce phénomène n'est pas nouveau, il est démultiplié par les technologies contemporaines.
Au niveau individuel par exemple, les technologies du numérique permettent une connaissance de son passé, notamment grâce aux outils de recherche généalogique, à l'image des bases de données personnalisées qui connaissent un fort engouement.


Aux États-Unis, la généalogie biologique est particulièrement développée : elle permet notamment aux Afro-américains de sonder leur passé, à la recherche de leurs ancêtres et de leur pays d'origine sur le continent africain. Le travail scientifique « traditionnel », croisé avec ces nouvelles méthodes et ces outils inédits permettra, in fine, de générer de nouveaux modes d'exploration du passé.


Le paradoxe des big data


« À la fin des années 70 déjà, il était possible d'envisager ce qui est le cœur de la grande mutation qui nous intéresse, l'articulation d'internet et de l'informatique. Le rapport de Simon Nora et d'Alain Minc sur l'informatisation de la société (1978), nommait « télématique » l'imbrication croissante des ordinateurs et des télécommunications, et prophétisait que cette nouvelle approche devait transformer durablement notre monde culturel.


C'est aujourd'hui une réalité, puisque la numérisation des données, mais aussi la capacité à la traiter, à la croiser, couplées aux nouvelles possibilités de la communication, bousculent nos connaissances d'ensemble, mais aussi notre capacité à individualiser le savoir et l'information.
Le big data, bien qu'il traite des masses de données toujours plus importantes, permet paradoxalement d'individualiser sa démarche, de différencier les individus.
Le savoir ne relève plus du traitement de moyennes, qui gommeraient ou masqueraient les spécificités de chaque individu, bien au contraire : il permet de mesurer de façon toujours plus précise les différences entre les individus.


Échanger, travailler, communiquer, travailler de manière collaborative


L'aptitude à la coopération sur le web traduit une démocratisation de la recherche : au lieu de travailler au sein d'un réseau dont l'accès est contrôlé, entre pairs et spécialistes d'une même niche, les réseaux de recherche peuvent ainsi s'ouvrir au grand public, vers une coproduction inédite des savoirs, au-delà de la communauté des chercheurs, des universitaires, ou des étudiants.


« Une telle démocratisation peut évidemment être mise en débat, et ceux qui y sont le plus hostiles ne manquent pas de dire qu'elle fait courir le risque, par exemple, d'un manque de rigueur proprement scientifique, ou d'une dilution de la réflexion ».


Le mouvement est en marche, et l'histoire elle-même s'ouvre à la « digital history ». Pour Serge Noiret, nous pouvons même parler de « digital history 2.0 : une tentative de créer un nouveau stade du rapport entre l'historien et son public usant du numérique ».


Un mouvement dans lequel des historiens professionnels seraient amenés à travailler autrement, à étendre le débat au-delà de leurs pairs, avec un public beaucoup plus large et plus diversifié, un modèle qui s'apparente aux pratiques de la démocratie délibérative.
Dans cette perspective, la « digital history » et aussi une « public history », ouverte et démocratisée.


Vers une nouvelle économie scientifique


« À toutes les étapes de la recherche, l'ère numérique se traduit, pour les sciences humaines et sociales, par des changements, les uns effectifs, les autres souhaitables, mais qui ne se réalisent pas, en raison de divers obstacles financiers ou institutionnels ».
Définir un objet de recherche, formuler des hypothèses, élaborer une méthode de travail, affiner des conclusions, les publier etc... Des mutations qui se heurtent au fonctionnement du système public de la recherche.


Et si l'économie de la recherche « traditionnelle » connaît des difficultés financières, ce n'est pas uniquement en raison de la crise.
Pour Michel Wieviorka, ce système est « sclérosé, il a mal vieilli, il ne s'est pas suffisamment adapté à ce qui intéresse et passionne les chercheurs les plus jeunes. Force est de constater que le système en place ne favorise ni l'innovation, ni le développement, et qu'il risque donc d'être déserté – l'exit évoqué par Alfred Hirschman – au profit d'institutions étrangères ou privées, ou encore fonctionnant sur un mode coopératif ».


Aux États-Unis, des universités mettent en place des centres dédiés aux « Digital humanities », sur un mode expérimental. En France, depuis 2011, des consortiums mis en place dans le cadre d'HUMANUM, une TGIR ou « très grande institution de recherche », vont dans le sens d'une conception renouvelée de la recherche en SHS, articulée autour d'une collaboration refondée entre laboratoires.


Les sciences humaines sont donc non seulement prêtes, mais aussi capables d'opérer le changement de contribution qu'elles peuvent apporter à la vie de la cité. Michel Wieviorka évoque le « saut », dont le numérique ne sera pas le seul moteur : « en entrant de plain pied dans l'ère du Big Data, en acceptant l'impératif numérique, les SHS l'opéreront plus rapidement, presque automatiquement, et pour leur plus grand bien ».
Pour aller plus loin :


– « SHS et Big data : 14 projets internationaux soutenus dans le cadre de l'appel à projets – Au cœur des données numériques », ANR.fr
– « Le sociologue et le big data : la donnée comme carte et comme territoire », GroupeChronos.org
– « Digital Public History: bringing the public back in », Serge Noiret, Public History Weekly.

vendredi, 19 janvier 2018 15:58

ÉLOGE DE LA LENTEUR- CARL HONORÉ-Ed MARABOUT

 

ÉLOGE DE LA LENTEUR- CARL HONORÉ-Ed MARABOUT

Nous avons mieux à faire de la vie que d'en accélérer le rythme.Gandhi
Sommaire
AVANT-PROPOS. LA FUREUR DE VIVRE
CHAPITRE 1. TOUJOURS PLUS VITE

Avant-propos
La fureur de vivre
Les gens naissent et se marient, puis vivent et meurent dans une folle agitation, dont il est étonnant qu'elle ne leur fasse pas perdre la raison.-William Dean Howells (1907)


Été 1985.Par un après-midi écrasé de soleil, mon voyage de jeunesse en Europe fait halte en grinçant des freins devant un square de la périphérie de Rome. Notre bus, qui est reparti en ville, a vingt minutes de retard et n'a pas l'air de vouloir réapparaître. Mais cela ne me perturbe pas le moins du monde. Au lieu de marcher de long en large sur le trottoir ou d'appeler la compagnie de bus pour récriminer, je pose un Walkman sur mes oreilles et je me couche sur un banc pour écouter Simon and Garfunkel chanter le bonheur du temps qui passe et l'art de le faire durer. Chaque détail de cette scène reste gravé dans ma mémoire: deux petits garçons tapent dans un ballon de football autour d'une fontaine médiévale; des branches viennent se frotter contre le haut d'un mur de pierre; une veuve âgée transporte des légumes dans son filet à provisions...


Quinze ans plus tard, les choses n'ont plus rien à voir avec la scène qui précède. Me voici désormais dans l'aéroport bondé de Rome Fiumicino, et je suis un correspondant étranger courant pour attraper son vol de retour pour Londres. Au lieu de battre le pavé et de jouir de l'instant, je me précipite en salle d'embarquement, maudissant silencieusement toute personne moins pressée que moi qui oserait me ralentir le passage. Au lieu d'écouter de la musique folk sur un vieux Walkman, je discute sur mon portable avec mon rédacteur en chef, qui se trouve à des milliers de kilomètres.
Arrivé à la porte d'embarquement, je prends place au bout d'une longue file d'attente où il n'y a plus, justement, qu'à attendre. Sauf que je ne suis plus capable de ne rien faire. Pour rendre cette attente plus productive, pour qu'elle ressemble moins à ce qu'elle est, je commence à parcourir le journal. Et c'est là que mes yeux tombent sur un article qui allait, au bout du compte, m'inspirer l'écriture d'un livre sur la lenteur.


Le titre qui retient alors mon attention vante les mérites d'une « histoire-minute pour aller au lit ». Pour aider les parents à négocier le temps que leur prennent leurs tout-petits, divers auteurs ont en effet condensé les classiques du conte de fées en extraits de soixante secondes. Imaginez Hans Christian Andersen passé au crible du management. Mon premier réflexe est de crier: Eurêka! À l'époque, je suis confronté chaque soir à une lutte pied à pied avec mon fils de deux ans, qui adore les histoires longues, lues à un rythme tranquille et décousu. Et tous les soirs, je l'oriente vers les histoires les plus courtes, que je lui lis à toute vitesse. La confrontation est systématique. « Tu vas trop vite! » proteste-t-il. Ou bien, au moment où je passe la porte: « J'en veux une autre! » Une part de moi-même se juge horriblement égoïste d'accélérer ainsi le rituel du coucher, mais l'autre part ne peut tout simplement pas résister à la tentation de se jeter sur ce qu'il lui reste à faire – le dîner, consulter les courriels et les factures, travailler ou regarder le bulletin d'informations télévisé. Faire un lent détour par l'univers du conte pour enfants n'est pas envisageable. Cela prend trop de temps.


À première vue, donc, la fameuse histoire résumée pour endormir les enfants paraît trop belle pour être vraie. Débiter six ou sept histoires à toute vitesse et expédier l'affaire en dix minutes: que rêver de mieux? Mais alors que je suis déjà en train de me demander dans quels délais Amazon.com serait en mesure de m'en expédier un volume, la rédemption m'apparaît sous la forme d'une question contradictoire: Suis-je devenu complètement fou? Alors que la file serpente en direction de la borne de contrôle des billets, je mets de côté mon journal et commence à réfléchir. Ma vie entière s'est transformée en un gymkhana sans merci consistant à remplir chacune de mes heures un peu plus chaque jour. Je suis un grippe-sou armé d'un chronomètre, vivant dans l'obsession de récupérer la moindre parcelle de temps, une minute ici, quelques secondes là. Et je ne suis pas le seul.

Tout le monde autour de moi – collègues, amis, famille – est pris dans le même vortex.
En 1982, le médecin américain Larry Dossey a inventé le concept de « maladie du temps » pour décrire cette croyance obsessionnelle selon laquelle « le temps s'enfuit, qu'il n'y en a pas assez et qu'il nous faut pédaler pour le rattraper ». De nos jours, le monde entier en souffre. Nous sommes tous prisonniers du même culte de la vitesse. Debout dans cette file d'attente, je commence à me colleter avec les questions qui sont au cœur de ce livre: « Pourquoi sommes-nous toujours si pressés? Comment guérir de cette obsession du temps? Est-il possible, ou seulement désirable, d'aller moins vite? »


En ce début de XXIe siècle, tout un chacun est sommé d'aller plus vite. Il n'y a pas si longtemps, Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, a formulé ce besoin de vitesse en termes crus: « Nous troquons un monde dans lequel le gros mange le petit pour celui où les plus rapides mangent les plus lents. » Cet avertissement retentit bien au-delà du monde darwinien du commerce. Par les temps agités et affairés qui sont les nôtres, tout est une course contre la montre. Selon le psychologue britannique Guy Claxton, l'accélération est désormais notre seconde nature: « Nous avons développé une intériorisation psychologique des notions de vitesse, de gain de temps et d'efficacité maximale, qui se renforce de jour en jour. »


Il est temps désormais de défier notre obsession de tout faire plus vite. La vitesse n'est pas toujours la meilleure des politiques. L'évolution fonctionne sur le principe de la survie du plus résistant et non du plus rapide. Souvenez-vous du vainqueur de la course du Lièvre et de la Tortue. Tandis que nous traversons notre vie ventre à terre, en exigeant chaque jour un peu plus de nos heures déjà bien remplies, nous tirons sur la corde jusqu'au point de rupture.


Avant d'aller plus loin, il nous faut clarifier un point: ce livre n'est pas une déclaration de guerre à la vitesse. Celle-ci nous a permis de reconstruire le monde dans un sens merveilleux et libérateur. Qui aujourd'hui voudrait vivre sans Internet ni avion à réaction? Le problème est que notre amour de la vitesse, notre obsession d'en faire toujours plus en moins en moins de temps ont passé les bornes. Elle s'est transformée en dépendance, en une sorte d'idolâtrie. Même lorsque la vitesse semble se retourner contre nous, nous invoquons les mânes du « toujours plus vite ». Du travail en retard? Adoptez une connexion plus rapide à Internet. Pas de temps pour lire ce roman qu'on vous a offert à Noël? Apprenez la lecture rapide.

Les régimes ne marchent pas? Essayez la liposuccion. Trop occupé(e) pour cuisiner? Achetez un four à micro-ondes. Pourtant, il y a certaines choses qui ne peuvent pas, et ne devraient pas aller plus vite. Elles prennent du temps, elles demandent de la lenteur. Lorsque vous accélérez des choses qui ne devraient pas l'être, lorsque vous oubliez comment calmer le jeu, il y a un prix à payer.


Le procès de la vitesse commence par l'économie. Le capitalisme moderne génère une richesse extraordinaire, mais au prix d'une consommation effrénée des ressources naturelles, menée à un rythme que Mère Nature ne peut plus soutenir. Des milliers de kilomètres carrés de forêt primaire amazonienne disparaissent chaque année, tandis qu'une pêche au chalut trop intensive a mis l'esturgeon, le loup de mer du Chili et d'autres poissons au nombre des espèces en danger. Le capitalisme va trop vite, voire à l'encontre de son propre intérêt, lorsque l'exigence de finir avant la concurrence laisse trop peu de temps au contrôle de la qualité. Prenez l'industrie informatique. Ces dernières années, les fabricants de logiciels ont pris l'habitude de faire sortir leurs produits avant qu'ils n'aient été complètement testés. Il en résulte une épidémie d'incidents, bogues et autres pépins techniques coûtant chaque année aux entreprises des milliards de dollars.


Puis vient le coût humain du « turbo-capitalisme ». De nos jours, nous existons pour servir l'économie, et non l'inverse. De longues heures passées au travail nous rendent finalement improductifs, sujets à l'erreur, insatisfaits et mal en point. Les cabinets médicaux regorgent de patients souffrant d'affections liées au stress: insomnies, migraines, hypertension, asthme et troubles gastro-intestinaux, pour n'en citer que quelques-unes. La culture actuelle du travail menace également notre santé mentale. « Auparavant, on ne rencontrait des états limites de surmenage qu'au-delà de quarante ans, observe un coach de vie basé à Londres. À présent, je rencontre des hommes et des femmes de trente ans, parfois même de vingt ans, qui ont brûlé toutes leurs réserves. »


Le culte du travail, qui peut être bénéfique à doses modérées, a désormais pris le dessus. Il n'est que d'observer la progression de cette aversion répandue à prendre de vraies vacances. Dans une étude Reed menée auprès de 5 000 travailleurs anglais, 60 % des personnes interrogées envisageaient de ne pas prendre toutes leurs vacances en 2003. En moyenne, les Américains délaissent un cinquième de leurs congés payés. Même la maladie ne parvient plus à éloigner de son bureau l'employé moderne: un Américain sur cinq retourne travailler quand il devrait se trouver alité ou en visite chez le médecin.


Quant à approfondir les conséquences effrayantes d'un tel phénomène, il suffit de se tourner vers le Japon, où l'on dispose d'un mot, karoshi, pour désigner la « mort par surmenage ». L'une des plus célèbres victimes du karoshi fut Kamei Shuji, un courtier de haut vol travaillant régulièrement quatre-vingt-dix heures par semaine au moment de l'expansion de la Bourse japonaise, à la fin des années 1980. Son employeur vantait l'endurance surhumaine de sa recrue dans des newsletters et des brochures de formation, faisant de lui l'étalon-or auquel devait se référer tout employé. Lors des rares pauses ménagées dans le protocole japonais, on lui demandait de former des collaborateurs plus âgés à l'art de la vente – ce qui ne faisait qu'ajouter au stress pesant déjà sur ses épaules de flanelle aux fines rayures. Lorsque la bulle boursière explosa en 1989, Shuji travailla encore plus dur pour compenser les pertes. En 1990, il mourut subitement d'une crise cardiaque. Il avait vingt-six ans.
Même si certains prennent cette triste histoire pour un avertissement, la culture du « marche-ou-crève » reste très profondément ancrée au Japon.

En 2001, le gouvernement a enregistré un taux record de 143 victimes du karoshi. Ses détracteurs évaluent en milliers le nombre annuel des victimes du surmenage au Japon.


Mais sans même évoquer le karoshi, une main-d'œuvre à bout de force est de toute façon néfaste sur un plan strictement économique. Le Conseil national américain de la sécurité estime que le stress au travail pousse chaque jour des millions de citoyens à l'absentéisme, coûtant à l'économie plus de 150 milliards de dollars par an. En 2003, le stress a détrôné le mal de dos au titre de première cause d'absentéisme en Grande-Bretagne.


Le surmenage présente d'autres types de risques pour la santé. Il nous laisse moins de temps et d'énergie pour faire de l'exercice et nous expose à la consommation excessive d'alcool et de plats tout préparés. Ce n'est pas un hasard si les nations les plus dominées par la vitesse le sont aussi par les graisses: près d'un tiers des Américains et un cinquième des Britanniques sont désormais cliniquement obèses.


Même les Japonais prennent du poids. En 2002, une enquête nationale sur la nutrition a montré qu'un tiers des Japonais de plus de trente ans était en surpoids.
Pour suivre le rythme du monde moderne, beaucoup ont délaissé le café au profit d'excitants plus puissants. La cocaïne demeure un stimulant de choix chez les cols blancs, mais les amphétamines, également connues sous le nom de speed, sont en passe de les rattraper. Aux États-Unis, la consommation de drogues sur le lieu de travail a fait un bond de 70 % depuis 1998. De nombreux employés préfèrent la méthamphétamine cristal, qui procure une montée d'euphorie et d'énergie persistant au-delà de la journée de travail et épargne l'embarrassante loquacité qui accompagne toujours la prise de cocaïne. Le piège, c'est que les formes les plus puissantes de speed rendent plus dépendant que l'héroïne, et que le retour à la réalité peut déclencher dépression, agitation et comportements violents.


L'une des raisons pour lesquelles nous avons besoin de stimulants est que nous sommes nombreux à manquer de sommeil. Avec tant de choses à faire et si peu de temps pour les accomplir, l'Américain moyen dort quatre-vingt-dix minutes de moins qu'il y a un siècle. En Europe du Sud, foyer spirituel de la dolce vita, la sieste de l'après-midi a fini par céder du terrain à la traditionnelle journée de huit heures ouvrée: aujourd'hui, 7 % seulement des Espagnols prennent encore le temps d'un somme postprandial. Le manque de sommeil peut endommager les systèmes cardiovasculaires et immunitaires, provoquer un diabète et des problèmes cardiaques et déclencher indigestion, irritabilité et dépression.

Dormir moins de six heures par nuit peut déséquilibrer la coordination motrice, le discours, les réflexes et le jugement. La fatigue a joué un rôle dans les pires désastres de l'ère moderne: Tchernobyl, l'Exxon Valdez, Three Mile Island, Union Carbide et la navette spatiale Challenger.
La somnolence cause plus d'accidents de voiture que l'alcool. Il ressort ainsi d'un récent sondage Gallup que 11 % des conducteurs britanniques ont reconnu s'être déjà assoupis au volant. Une étude émanant de la Commission nationale américaine des désordres du sommeil impute à la fatigue la moitié des accidents de la circulation. Combinez cela avec notre penchant pour la vitesse, et le résultat est un carnage. Le nombre annuel mondial des accidents de la route atteint à présent 1,3 million, soit plus du double qu'en 1990. Bien que de meilleures normes de sécurité aient fait baisser le nombre de victimes de la route dans les pays développés, les Nations Unies prévoient que la circulation sera la troisième cause de mortalité à l'horizon 2020. À l'heure qu'il est, plus de 40 000 personnes sont tuées et 1,6 million blessées chaque année sur les routes d'Europe.


Notre impatience rend même nos loisirs plus dangereux. Chaque année, des millions de personnes de par le monde souffrent de blessures occasionnées par le sport et l'activité physique. Beaucoup sont dues au fait d'avoir poussé le corps trop loin, trop vite et trop tôt hors de ses limites. Même le yoga n'est pas à l'abri: l'une de mes amies s'est récemment froissé les muscles du cou en tentant une posture sur la tête avant que son corps ne soit prêt à la tenir. Certains souffrent des pires problèmes. À Boston, dans le Massachusetts, un professeur impatient a brisé les os pubiens d'une de ses élèves en la poussant à forcer une position.

Dans un club à la mode de Manhattan, un homme d'une trentaine d'années s'est retrouvé avec une partie de la cuisse droite insensibilisée après s'être pincé un nerf au cours d'une séance de yoga.
Inévitablement, une vie agitée peut devenir superficielle. Lorsque nous nous hâtons, nous écrémons la surface des choses et échouons à créer de vrais contacts avec les autres et le monde qui nous entoure. Comme l'écrit Milan Kundera dans La Lenteur: « Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même. » Toutes les choses qui nous relient et donnent du prix à la vie – la communauté, la famille, l'amitié – se nourrissent de ce dont nous manquons perpétuellement: le temps. Dans un récent sondage de l'Institut des médecines de complément, la moitié des adultes britanniques ont déclaré que leur emploi du temps surchargé leur avait fait perdre le contact avec leurs amis.


Considérons les dégâts que la vie à grande vitesse peut infliger à la vie de famille. Chaque membre menant sa vie de son côté, les Post-it collés sur la porte du réfrigérateur deviennent aujourd'hui la principale forme de communication dans bien des foyers. D'après les chiffres publiés par le gouvernement britannique, les parents actifs passent en moyenne deux fois plus de temps à gérer leur courrier électronique qu'à jouer avec leurs enfants. Au Japon, les parents réservent des places pour leurs enfants dans des centres de prise en charge ouverts 24 heures sur 24. Partout dans le monde industrialisé, les petits rentrent de l'école pour trouver une maison vide, où personne n'est là pour prêter l'oreille à leurs histoires, à leurs triomphes ou à leurs peurs. Dans une enquête du magazine Newsweek menée en 2000 auprès d'adolescents américains, 73 % d'entre eux déclaraient passer trop peu de temps avec leurs parents.


Les plus jeunes souffrent probablement davantage de cette orgie d'accélération. Ils mûrissent plus vite encore que jamais; beaucoup sont désormais aussi occupés que leurs parents, jonglant avec des emplois du temps bourrés d'occupations allant des cours particuliers aux leçons de piano en passant par l'entraînement de football. Ce type de situation a été croqué dans un dessin animé récent: deux petites filles attendent le bus à une station, chacune tenant son agenda électronique. L'une dit à l'autre: « D'accord, je recule mon cours de danse d'une heure, je change mon cours de gymnastique et j'efface le cours de piano... Toi, tu déplaces à jeudi ton cours de violon et tu sautes ton entraînement de foot... Cela nous laisse un créneau le mercredi 16, pour jouer de 15 h 15 à 15 h 45. »


normes de sécurité aient fait baisser le nombre de victimes de la route dans les pays développés, les Nations Unies prévoient que la circulation sera la troisième cause de mortalité à l'horizon 2020. À l'heure qu'il est, plus de 40 000 personnes sont tuées et 1,6 million blessées chaque année sur les routes d'Europe.
Notre impatience rend même nos loisirs plus dangereux.

Chaque année, des millions de personnes de par le monde souffrent de blessures occasionnées par le sport et l'activité physique. Beaucoup sont dues au fait d'avoir poussé le corps trop loin, trop vite et trop tôt hors de ses limites. Même le yoga n'est pas à l'abri: l'une de mes amies s'est récemment froissé les muscles du cou en tentant une posture sur la tête avant que son corps ne soit prêt à la tenir. Certains souffrent des pires problèmes. À Boston, dans le Massachusetts, un professeur impatient a brisé les os pubiens d'une de ses élèves en la poussant à forcer une position. Dans un club à la mode de Manhattan, un homme d'une trentaine d'années s'est retrouvé avec une partie de la cuisse droite insensibilisée après s'être pincé un nerf au cours d'une séance de yoga.
Inévitablement, une vie agitée peut devenir superficielle. Lorsque nous nous hâtons, nous écrémons la surface des choses et échouons à créer de vrais contacts avec les autres et le monde qui nous entoure. Comme l'écrit Milan Kundera dans La Lenteur: « Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même. » Toutes les choses qui nous relient et donnent du prix à la vie – la communauté, la famille, l'amitié – se nourrissent de ce dont nous manquons perpétuellement: le temps. Dans un récent sondage de l'Institut des médecines de complément, la moitié des adultes britanniques ont déclaré que leur emploi du temps surchargé leur avait fait perdre le contact avec leurs amis.


Considérons les dégâts que la vie à grande vitesse peut infliger à la vie de famille. Chaque membre menant sa vie de son côté, les Post-it collés sur la porte du réfrigérateur deviennent aujourd'hui la principale forme de communication dans bien des foyers. D'après les chiffres publiés par le gouvernement britannique, les parents actifs passent en moyenne deux fois plus de temps à gérer leur courrier électronique qu'à jouer avec leurs enfants. Au Japon, les parents réservent des places pour leurs enfants dans des centres de prise en charge ouverts 24 heures sur 24. Partout dans le monde industrialisé, les petits rentrent de l'école pour trouver une maison vide, où personne n'est là pour prêter l'oreille à leurs histoires, à leurs triomphes ou à leurs peurs. Dans une enquête du magazine Newsweek menée en 2000 auprès d'adolescents américains, 73 % d'entre eux déclaraient passer trop peu de temps avec leurs parents.


Les plus jeunes souffrent probablement davantage de cette orgie d'accélération. Ils mûrissent plus vite encore que jamais; beaucoup sont désormais aussi occupés que leurs parents, jonglant avec des emplois du temps bourrés d'occupations allant des cours particuliers aux leçons de piano en passant par l'entraînement de football. Ce type de situation a été croqué dans un dessin animé récent: deux petites filles attendent le bus à une station, chacune tenant son agenda électronique. L'une dit à l'autre: « D'accord, je recule mon cours de danse d'une heure, je change mon cours de gymnastique et j'efface le cours de piano... Toi, tu déplaces à jeudi ton cours de violon et tu sautes ton entraînement de foot... Cela nous laisse un créneau le mercredi 16, pour jouer de 15 h 15 à 15 h 45. »


Vivre la vie d'adultes tout-puissants laisse bien peu de temps à ce qui fait la vérité de l'enfance: rire avec les copains, jouer sans le contrôle des adultes, rêver... Cela a également des incidences sur la santé, et les enfants sont moins capables de résister à la privation de sommeil et au stress qui sont le prix à payer pour ces existences bousculées et sans pause. Les psychologues spécialisés dans le traitement de l'anxiété chez les adolescents voient affluer dans leurs salles d'attente des enfants de cinq ans souffrant de maux d'estomac, de maux de tête, d'insomnie, de dépression et de troubles de l'alimentation. Dans de nombreux pays industrialisés, les suicides d'adolescents sont en hausse – ce qui n'est pas un hasard compte tenu de la charge que beaucoup doivent assumer en classe. En 2002, Louise Kitching, une jeune fille du Lincolnshire âgée de dix-sept ans s'est enfuie en larmes de sa salle d'examen. Cette lycéenne vedette venait juste de passer son cinquième examen de la journée et n'avait eu droit qu'à dix minutes de battement entre chaque épreuve.


Si nous continuons à ce rythme, le culte de la vitesse ne peut qu'empirer. Lorsque tout le monde choisit d'aller vite, l'avantage de notre propre vitesse s'évanouit, nous forçant à accélérer encore et encore. En fin de compte, il ne nous reste qu'à soutenir une course à l'armement basée sur la vitesse, et nous savons tous comment cela se termine: dans l'impasse effrayante des armes de destruction massive.


Beaucoup de choses ont déjà été sacrifiées sur l'autel de la vitesse. Nous avons oublié ce qu'est l'attente et comment profiter du moment où arrivent les événements. Les restaurateurs ont noté que de plus en plus de dîneurs pressés demandaient à régler la note et commander leur taxi avant même d'avoir entamé leur dessert. Beaucoup de fans quittent le lieu d'une rencontre sportive avant son issue, simplement pour prendre de l'avance sur leur trajet de retour. Et puis il y a cette malédiction de faire plusieurs choses à la fois. Accomplir deux choses en même temps nous paraît si intelligent, si efficace, si moderne... Et pourtant, cela équivaut souvent à faire moins bien les deux activités. Comme beaucoup de gens, je lis le journal tout en regardant la télévision – et je constate que je ne retire pas grand-chose de l'une et l'autre de ces occupations.


Dans cette époque riche en informations, gavée de médias, vouée au nomadisme télévisuel et aux jeux électroniques, nous avons perdu l'art de ne rien faire, de fermer la porte aux bruits de fond et à ce qui nous distrait, de ralentir le rythme en restant simplement seuls avec nous-mêmes. L'ennui – un mot qui existait à peine il y a cent cinquante ans – est une invention moderne. Retirez toute stimulation extérieure et nous ne tenons plus en place, nous paniquons et cherchons quelque chose, n'importe quoi, pour occuper notre temps. Quand avez-vous vu pour la dernière fois un passager laisser filer son regard à travers la vitre d'un train?

Chacun est trop occupé à lire le journal, à jouer à des jeux vidéo, à écouter son iPod, à travailler sur son portable ou à marmonner dans son téléphone mobile.


Au lieu de penser en profondeur ou de laisser une idée mûrir au fond de notre tête, notre instinct nous commande à présent de trouver le résumé le plus immédiat. Dans les conflits modernes, les correspondants sur le terrain et les experts dans les studios pondent des analyses à chaud des événements. Leurs jugements se révèlent souvent faux, mais cela importe peu de nos jours: le pays de la vitesse consacre le règne de la réponse toute prête. Avec des retours satellite et des chaînes d'information actives 24 heures sur 24, les médias électroniques sont dominés par ce qu'un sociologue français a baptisé « la pensée rapide » – par ceux qui, sans perdre le rythme un seul instant, peuvent fournir une réponse désinvolte à n'importe quelle question.


D'une certaine manière, nous sommes tous entraînés aujourd'hui à cette pensée rapide.

Notre impatience est devenue si implacable que, comme le résumait l'actrice Carrie Fisher sur le ton de la plaisanterie, « même la gratification immédiate prend trop de temps ». Cela explique en partie la frustration chronique bouillonnant à la surface de nos vies modernes. Toute personne ou toute chose se trouvant sur notre passage, qui nous ralentit et nous empêche d'obtenir exactement ce que nous voulons quand nous le voulons, devient l'ennemi. Ainsi le plus petit contretemps, le plus léger délai, la plus légère bouffée de lenteur peut désormais provoquer une colère noire chez des gens tout à fait ordinaires.
On en voit des preuves partout. À Los Angeles, un homme a provoqué un esclandre au supermarché parce que le client qui était devant lui prenait trop de temps pour empaqueter ses courses. À Londres, une femme érafle la peinture d'un véhicule qui arrive avant elle sur une place de parking, un cadre s'en prend à une hôtesse de l'air en apprenant que son avion est obligé de passer vingt minutes de plus à tourner au-dessus de l'aéroport d'Heathrow avant d'atterrir. « Je veux atterrir maintenant! Tout de suite! » hurle-t-il en enfant gâté.


Une camionnette s'arrête devant la maison de mes voisins, forçant les voitures qui la suivent à attendre que le conducteur ait livré une table basse. En l'espace d'une minute, la femme d'affaires assise dans la voiture de derrière, la quarantaine, commence à l'agonir, levant les bras en l'air et oscillant sèchement la tête. De sa fenêtre ouverte, elle laisse finalement échapper une plainte grave et gutturale. On se croirait dans une scène de L'Exorciste. J'en conclus qu'elle doit être en train d'avoir une crise d'épilepsie et me précipite en bas pour aider. Mais il s'avère, lorsque j'arrive sur le trottoir, qu'elle est simplement agacée de se retrouver coincée derrière la camionnette. Elle se penche à sa fenêtre et hurle à la cantonade: « Si vous ne bougez pas votre p... de camion, c'est moi qui vais vous dézinguer. » Le livreur hausse les épaules comme s'il avait déjà vu cela mille fois, se glisse derrière son volant et s'en va. J'ouvre la bouche pour demander à la mécontente de baisser un peu le ton, mais ma voix est couverte par le crissement de ses pneus dérapant sur l'asphalte.
Voilà où nous mène notre obsession d'aller vite et de gagner du temps. À la furie. Furie au volant, en avion, dans les magasins, en couple, au bureau, en vacances, à la gym.

Grâce à la vitesse, nous vivons l'âge de la rage.


Après cette radicale prise de conscience à l'aéroport de Rome, je retourne à Londres avec une mission: évaluer le coût de la vitesse et les chances existantes de pouvoir décélérer dans un monde obsédé par l'idée d'aller toujours plus vite. Nous sommes nombreux à nous plaindre de nos emplois du temps surchargés; mais faisons-nous vraiment quoi que ce soit pour en changer? Eh bien, oui. Tandis que le reste du monde carbure à cent à l'heure, une minorité grandissante a choisi de ne pas tout faire à toute vitesse. Dans tous les aspects de l'activité humaine, qu'il s'agisse de sexe, de travail, d'exercice, d'alimentation, de médecine ou d'urbanisme, ces rebelles accomplissent l'impensable: ils font de la place à la lenteur. Et la bonne nouvelle, c'est que ça marche. En dépit des imprécations de Cassandre des marchands de vitesse, il apparaît qu'aller moins vite veut souvent dire « aller mieux ». Ce qui signifie: être en meilleure santé, être meilleur au travail et en affaires, être meilleur en sport, jouir d'une meilleure vie de famille et d'une meilleure sexualité.


Nous en sommes déjà passés par là. Au XIXe siècle, les gens ont résisté à la pression de la vitesse par des moyens qui nous sont familiers aujourd'hui. Les syndicats ont alors réclamé plus de temps libre, les citadins stressés ont trouvé refuge et réconfort à la campagne; peintres et poètes, écrivains et artisans ont cherché les moyens de privilégier une esthétique de la lenteur à l'ère de la machine. Aujourd'hui cependant, cette violente réaction à l'encontre de la vitesse gagne le grand public dans une urgence accrue. C'est un mouvement populaire, des cuisines aux bureaux, des salles de concerts aux usines, des chambres à coucher aux clubs de gym, des quartiers aux galeries d'art et aux hôpitaux, des écoles aux centres de loisirs, qui refuse d'accepter le diktat selon lequel le plus vite est toujours le mieux. Et dans cette décision de ralentir de façon multiple et variée se cache le ferment d'un mouvement global en faveur de la lenteur.


Il est temps désormais de définir nos termes. Dans ce livre, vitesse et lenteur font plus que désigner un changement de rythme. Ce sont des termes incarnant des styles ou des philosophies de vie. La vitesse est occupée, autoritaire, agressive, agitée, analytique, stressée, superficielle, impatiente, active et privilégie la quantité sur la qualité. La lenteur est son opposé: calme, attentive, réceptive, immobile, intuitive, tranquille, patiente, réflexive et préfère la qualité à la quantité. Avec elle, il est question de contacts vrais et profonds – avec les gens, avec une culture, avec le travail, avec la nourriture, avec tout. Le paradoxe est que lent ne veut pas toujours dire « au ralenti ». Comme nous le verrons, accomplir une tâche à la manière lente donne souvent de bien meilleurs résultats, et il est également possible de faire les choses rapidement tout en maintenant un état d'esprit calme. Un siècle après ce vers de Rudyard Kipling nous intimant de garder la tête sur les épaules quand tous les autres l'auront perdue, les gens apprennent à conserver leur calme. Ils apprennent comment rester lents à l'intérieur, même lorsqu'ils tentent de tenir un délai au travail ou de déposer les enfants à l'heure à l'école. L'un des buts de ce livre est de montrer comment ils y parviennent.


En dépit du discours de certains critiques, ce mouvement pour la lenteur ne milite pas pour agir à la vitesse de l'escargot. Il ne s'agit pas non plus d'une mouvance réactionnaire visant à faire régresser toute la planète vers on ne sait quelle utopie préindustrielle. Au contraire, ce mouvement est constitué de gens comme vous et moi, qui veulent vivre mieux dans ce monde rapide qu'est le monde moderne. C'est pourquoi cette philosophie peut être résumée en un seul mot: équilibre. Allez vite lorsqu'il est logique de le faire. Et allez lentement lorsque la lenteur s'impose.

Cherchez à vivre à ce rythme que les musiciens appellent le tempo giusto – la « bonne cadence ».


L'un des grands partisans de la décélération est l'Italien Carlo Petrini, le fondateur de Slow Food, un mouvement international dédié à cette notion très civilisée selon laquelle ce que nous mangeons devrait être cultivé, cuisiné et consommé tranquillement. Bien que la table soit son cheval de bataille, Slow Food représente bien plus qu'un prétexte à de longs repas. Le manifeste du groupe est un appel aux armes contre le culte de la vitesse sous toutes ses formes: « Notre siècle, qui a débuté et s'est développé sous le signe de la révolution industrielle, a commencé par inventer la machine, puis en a fait un modèle de vie. Nous sommes les esclaves de la vitesse et avons tous succombé au même virus insidieux: la vie à grande vitesse, qui brise nos habitudes, envahit nos espaces privés et nous contraint à consommer du fast-food. »
Au cours d'un brûlant après-midi d'été à Bra, la petite ville piémontaise qui abrite le quartier général de Slow Food, je rencontre Petrini pour bavarder; sa recette de vie conserve une rassurante vibration de modernité. « Si vous allez toujours lentement, c'est stupide – et ce n'est pas du tout le but de notre démarche! me dit-il. Aller lentement revient à contrôler les rythmes de sa propre vie. Vous décidez à quelle vitesse vous devez aller, dans tel ou tel contexte. Si aujourd'hui j'ai envie d'aller vite, je vais vite. Si demain je veux aller doucement, je vais doucement. Nous nous battons pour le droit à déterminer notre propre tempo. »


Cette philosophie très simple gagne du terrain sur bien des scènes. Au travail, des millions de gens se battent – et gagnent – pour un meilleur équilibre entre le travail et la vie. Dans les chambres, les gens découvrent les joies du sexe au ralenti par le biais du tantrisme et d'autres formes de décélération érotique. L'idée que ce qui va lentement est meilleur sous-tend la vogue des disciplines – du yoga au taï-chi en passant par les médecines alternatives, de la phytothérapie à l'homéopathie – qui adoptent une approche du corps globale et douce. Partout, les villes refondent leur paysage urbain et encouragent les gens à conduire moins et à marcher plus. Beaucoup d'enfants échappent à la dictature de la vitesse quand leurs parents allègent leur emploi du temps.


Inévitablement, la philosophie de la lenteur se superpose à la croisade contre la mondialisation. Des deux côtés, les partisans sont convaincus que le turbo-capitalisme ne peut mener qu'au surmenage de la planète comme de ses habitants, et cela sans espoir de retour. Ils affirment que nous pouvons vivre mieux en consommant, produisant et travaillant à un rythme plus raisonnable. Comme les altermondialistes modérés, les activistes Slow ne sont pas pour détruire le système capitaliste. Ils cherchent plutôt à lui donner un visage humain. Petrini lui-même parle de « globalisation vertueuse ». Mais ce mouvement en faveur de la lenteur va bien plus en profondeur et balaie un champ bien plus large qu'une simple réforme économique. En s'attaquant au vain totem de la vitesse, il touche au cœur de l'identité humaine à l'ère numérique. La devise de la lenteur peut produire des résultats lorsqu'elle est appliquée par petites touches. Pour en retirer le plus grand bénéfice, nous devons aller au-delà et repenser notre approche globale. Un monde authentiquement « lent » ne suppose rien moins qu'une révolution de nos modes de vie.
La philosophie de la lenteur est encore en gestation. Elle ne dispose pas de quartier général, ni d'un site Internet, ni d'un représentant unique, pas plus qu'elle ne s'appuie sur un parti politique pour porter son message. De nombreuses personnes décident de ralentir sans pour autant se sentir appartenir à une tendance culturelle, sans même parler de croisade mondiale. Ce qui compte, néanmoins, c'est qu'une minorité agissante est en train de privilégier la lenteur par rapport à la vitesse. Chaque acte allant dans ce sens est un point de plus pour le mouvement.


Comme les altermondialistes, les activistes de la lenteur se forgent des réseaux, soutiennent leur élan et affûtent leur philosophie à travers des conférences internationales, Internet et les médias. Des groupes pro-Slow éclosent un peu partout. Certains, comme le Slow Food, se concentrent principalement sur un aspect de la vie. D'autres appliquent la philosophie de la lenteur à plus large échelle. C'est le cas du Sloth Club japonais (ou « Club de la paresse »), de la fondation américaine Long Now (« Du temps maintenant ») et de la Société européenne pour la décélération du temps. Le développement du mouvement viendra pour beaucoup de pollinisations croisées. Slow Food a déjà fait des petits. Sous la bannière des Citta Slow, plus de soixante villes en Italie et ailleurs s'efforcent de se transformer en oasis de calme. La ville de Bra est également le berceau du Slow Sex, un groupe voué à bannir toute précipitation dans le domaine amoureux. Aux États-Unis, la doctrine Petrini a inspiré à un éducateur le mouvement du Slow Schooling (l'« École progressive »).


Le but de ce livre est de faire connaître la philosophie de la lenteur à un plus large public, d'en expliquer les motivations et le développement, de nommer les obstacles qu'elle rencontre sur sa route et de dire ce qu'elle a à nous offrir. Ma motivation, cependant, n'est pas entièrement altruiste. Je suis moi-même un accro de la vitesse, et ce livre représente aussi une odyssée personnelle. À la fin de ce travail, j'ambitionne de retrouver une part de la sérénité que j'avais éprouvée à Rome en attendant mon bus. Je veux être capable de lire une histoire à mon fils sans regarder ma montre.
Comme la plupart des gens, je veux trouver le moyen de vivre mieux en trouvant un équilibre entre vitesse et lenteur.
http://liseuse-hachette.fr/file/28528?fullscreen=1

 

Le Hénné, un art des entours-une gerbe de séduction-Soninkara et seneweb

"L'art des entours est tout ce qui a trait à l'esthétique du corps et de la maisonnée pour l'hygiène et la beauté : la conscience esthétique. C'est mon professeur d'esthétique à l'UCAD il y plus de 30 ans  Mr Abou SYLLA enseignant chercheur à l'IFAN, qui m'a ouvert les yeux sur nos arts. Le corps et les instruments de musiques, ceux du quotidien et les constructions ont été façonnés par les africains avec goût. Ici nous parlerons du hénné sujet initié par notre ami Amadou Demba DIALLO que nous remercions beaucoup pour la diversité des ses sujets soumis à notre sagacité". P B C


Ndeye Fatou Seck, Maria Dominica Thiam Diedhiou et PAPA,
Il faut faire attention aux pieds et aux mains : art de la séduction ,,,,,, à travers les cultures
http://www.soninkara.org/culture-soninke/

Les mains, les pieds et les cheveux sont les symboles même de la féminité, les hommes eux-mêmes l'avouent.

Ces parties du corps, lorsqu'elles sont douces et soignées, sont aussi érotiques que les creux des reins ou la courbe des hanches ! Forcément on se jette sur les produits de manucure, de pédicure ou capillaire. Alors, pourquoi ne pas mettre un peu d'exotisme dans nos soins de beauté en empruntant aux éblouissantes de là-bas leurs recettes, telles que le henné. Pour une beauté saine et naturelle, à lui seul il remplit plusieurs fonctions. Chevauchant le temps, le henné subsiste toujours et résiste bien au temps et à la modernité.
Il est difficile de dire, avec certitude, d'où vient le henné. On dit qu'il aurait voyagé au gré des conquêtes musulmanes, mais on le retrouve dans la plupart des civilisations, bien avant l'apparition de l'Islam. Le henné serait originaire d'une région située entre le sud de l'Iran et le Béloutchistan. C'est de là qu'il aurait ensuite gagné, dès l'Antiquité, le nord de l'Inde, la Syrie, la Palestine et l'Egypte. Le henné est employé depuis la plus Haute Antiquité.


La plante


Le henné se caractérise par des feuilles d'un vert plus intense que celles de l'olivier. La graine est noire comme les grains du sureau. La fleur blanche odorante est pareille à la mousse. Il soigne, fortifie, embellit et teint les cheveux et les mains. Plus particulièrement, le henné gaine les écailles du cheveu, apporte volume et tonus aux cheveux fins et mous. Il reste très apprécié des cheveux gras car permettant de réguler le sébum. Vous trouverez, dans le commerce, du henné neutre qui apportera vigueur et brillance aux cheveux ternes et du henné coloré pour teinter votre chevelure. Le henné a été de tout temps le cosmétique le plus employé. Les qualités de cette plante, que les musulmans disent venir du Paradis, sont nombreuses et son usage millénaire.


Les tatoueurs sont là !


On utilise ses feuilles pour les vertus colorantes, cosmétiques et thérapeutiques; ses fleurs pour leur parfum suave; ses racines pour les propriétés médicinales. Il est aussi utilisé pour colorer les cheveux et leur donner des reflets dont l'intensité dépendra du temps de pose. L'histoire du henné est à l'image de nombreux produits traditionnels. Elle porte en elle des siècles, voire des millénaires d'interactions culturelles, d'invasion et d'échange commerciaux. Il est donc fort probable que le henné et ses différents usages soient le fruit de ces interactions et qu'il n'y a pas une origine du henné, mais plusieurs.

Aujourd'hui, le tatouage temporaire au henné se lance à la conquête des pays occidentaux où il est devenu un véritable phénomène de mode. Au Sénégal, comme ailleurs, les tatoueurs au henné ont, de plus en plus, pignon sur rue. Nombreuses sont les stars sénégalaises, comme américaines, qui arborent des tatouages ethniques.
Le henné neutre
Le henné est aussi célèbre pour ses propriétés cosmétiques. On sait qu'il est excellent pour la peau et les cheveux. Il gomme aussi les impuretés et adoucit la peau en lui donnant un léger hâle. Astringent, il resserre les pores et unifie le teint. En plus, son action anti- bactérienne en fait un excellent déodorant. Il est, bien entendu, un produit naturel de teinture idéal. Du henné -médicament au henné- sortilège, en passant par l'atout séduction, la petite plante odoriférante s'est révélée être un pilier des cultures juive et musulmane au Maroc. Il n'y a pas de cérémonies ni de fêtes religieuses sans henné. Vif, séché ou broyé, il est utilisé dans différentes manifestations. Le henné neutre fait partie intégrante de l'attirail de beauté des femmes et parfois des hommes. Du Maghreb au Moyen-Orient. Faites en bon usage. Toutefois, il faut savoir que certaines peaux y sont allergiques.


À CHEVAL ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ : Le charme de la vétusté ou l'art de la plume


Pourquoi souffrir le martyre avec des aiguilles ? Pourquoi dépenser des sommes folles pour faire enlever un tatouage permanent qu'on a fait faire sur un coup de tête ? Le tatouage au henné se fait au pinceau, à la seringue, en surface sans pénétration de l'épiderme.

Il est sécuritaire, temporaire, sans douleur. C'est un plaisir. Avec un maillot de bain, ou un décolleté estival, le tatouage prend un air taquin.


Profondément ancré dans les us et les coutumes, le henné tient une place de choix dans la vie quotidienne. Les femmes font un usage courant du henné pour teindre leurs cheveux, leurs mains et leurs pieds et appliquent elles-mêmes la pâte. Dans ce dessein, elles achètent de la colle, sous forme de sparadrap, qu'elles recollent sur leurs mains ou leurs talons avant d'appliquer le henné précédemment mélangé à du «bissap». Pour le rendre plus coloré. Ensuite, elles enveloppent la partie préalablement enduite de henné dans un sachet pendant une ou une demi- journée. En vue de rendre la coloration plus foncée et assurer ainsi sa longue tenue.


Mais, pour des applications élaborées, elles recourent aux services d'hommes appelés « tatoueurs », véritables artistes. Jadis, elles utilisaient un bâtonnet effilé pour ébaucher de fines lignes. Aujourd'hui, elles ont recours à des seringues de calibre différent. Le savoir-faire des tatoueurs modernes s'est adapté à la demande des jeunes générations. Bref, c'est l'ère des bonnes affaires pour les tatoueurs. Mais si certains le font pour préserver leurs valeurs, d'autres s'adonnent à ce «rituel» par souci de coller à la mode. Ce dernier aspect gagne de plus en plus du terrain au Sénégal. Selon Pape Samb, un tatoueur basé au centre commercial Elizabeth Diouf sis au marché Hlm, «le tatouage est très prisé par les jeunes, surtout du côté de la gent féminine.


Et les jeunes filles le font sous forme de dessins représentatifs par souci de modernité. Cela ne veut pas dire pour autant que les hommes sont en reste». Eh oui, les hommes veulent paraître «in» et redonner du tonus à leurs muscles. Et dans ce cas, un petit tatouage au henné serait la bienvenue. Également pour les grandes dames, les tatouages au henné constituent un allié de taille, pour les grandes cérémonies. Pour ceux qui rechignent à faire un tatouage définitif, le henné constitue donc un excellent supplétif. Et pour les prix, ils varient entre 2500 et 3000 Fcfa pour les mains et pour les pieds de 3000 à 7500 Fcfa. « En fait, le prix dépend du motif et de sa taille», nous explique-t-il. Ce tatouage, certes temporaire, peut durer 25 jours ou un mois, tout au plus. De couleur rouge, noire ou marron, il est réalisé à base de henné mélangé à un produit provenant de l'Arabie Saoudite.


Le henné est aussi un talisman


Le henné est utilisé dans les différents rites qui régissent les traditions. On dit qu'il est signe de bonne chance. Une tache de henné dans le creux de la main droite est particulièrement efficace contre le mauvais oeil. Certains rituels ont, peu à peu, disparu ou sont moins pratiqués par la nouvelle génération.

Tandis que d'autres demeurent immuables à l'occasion des fiançailles, du mariage, de la circoncision et du Ramadan. Puisque le henné constitue un ornement décoratif, il n'est pas appliqué pendant la durée du deuil. Au septième ou au quarantième jour, le henné, mis en pâte, circule dans l'assemblée, afin que l'on puisse le toucher, signe de l'autorisation à l'utiliser à nouveau. Un autre interdit est imposé pendant la période du Ramadan, car c'est le moment où l'être humain se purifie et renonce à tout apport étranger à son corps.
La veille du 27ème jour, on procède au tatouage pour éloigner toute influence négative pour le jeûne à venir. La mariée est coiffée le jour du mariage par une femme heureuse, n'ayant pas de rivale. Après avoir reçu une application de henné, les cheveux sont tressés, enserrés dans un anneau d'argent, symbole de la pureté. La «hennayat» (celle qui met le henné) casse un oeuf sur sa tête, symbole de la fécondité, en nouant les cheveux, elle y introduit deux dattes enduites de miel, symbole du bonheur. Ses mains et ses pieds font l'objet de dessins complexes et deviennent de véritables oeuvres d'art. La plante de henné fait partie aussi des cadeaux traditionnels. La cérémonie du henné se perpétue aussi dans la coutume de la circoncision.


Les vertus du henné


Le henné n'est pas seulement utilisé pour embellir les mains, les pieds, les cheveux, etc. Les qualités de cette plante sont nombreuses et son usage millénaire.?On utilise ses feuilles pour les vertus colorantes, cosmétiques et thérapeutiques ; ses fleurs pour leur parfum suave ; ses racines pour ses propriétés médicinales. En effet, il peut être exploité à d'autres fins, notamment pour des soins thérapeutiques. Il peut être préparé sous trois formes différentes : en pâte ou dissout dans de l'eau ou du lait, en décoction ou en infusion de racines. On remarque qu'il y a trois grands domaines d'application du henné en ce qui concerne les soins thérapeutiques : la peau, l'organisme et les muscles.


Traiter les maladies de peau


Ce sont les traitements cutanés qui sont de loin les plus connus et les plus répandus. Des analyses récentes ont montré que le henné possède des vertus antibactériennes, diurétiques et anti-diarrhéiques. Les brûlures bénignes sont soignées à l'aide d'emplâtres de henné. Celui-ci permet à la nouvelle peau qui se forme de s'épaissir et de s'endurcir. La varicelle est soignée par application de henné en poudre mélangé avec du lait de brebis sur tous les boutons dès leur apparition. Ils sèchent alors sans noircir, ni laisser de cicatrices. Les boutons de chaleur subissent le même traitement : soit on douche le corps avec de l'eau teintée de henné, soit on saupoudre les boutons de henné et l'on attend que la sueur sèche.


Purger l'organisme


Ce genre de traitement est surtout utilisé pour les nourrissons et les personnes âgées. En fait, le henné a une action régulatrice et purificatrice du fonctionnement intestinal. Le nourrisson est parfois affecté par des verres intestinaux. Pour le soigner, on lui fait prendre une petite quantité de lait dans lequel on aura fait tremper des feuilles de henné. Ce liquide purge l'enfant. Si l'affection n'est pas traitée de cette façon, cela peut conduire à une maladie du sang. Les coliques et les diarrhées sont traitées par des lavements avec de l'eau dans laquelle ont macéré des feuilles de henné, puis chauffée et filtrée. D'une façon générale, les populations qui utilisent le henné comme soin thérapeutique perçoivent leurs corps comme un organisme perpétuellement encombré de scories empêchant son bon fonctionnement et dont il faut se débarrasser.


Relaxer les muscles


On enduit de henné les parties paralysées d'un corps, à condition que celle-ci ne soit pas causée par une fracture mais par une contracture d'un tendon ou d'un muscle. Le henné est saupoudré dans du beurre fondu que l'on chauffe, on étend cette préparation sur le corps que l'on masse plusieurs jours durant. Le beurre permet de faciliter le massage et permet ainsi une meilleure pénétration du henné dans la peau. La guérison s'obtient en quelques jours. Les mêmes soins sont prodigués après résorption d'une fracture. Le membre blessé est massé dans le sens de la longueur.


Cette douceur enivrante des paumes qui ...


«Femme noire. Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'éternel. Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie». Dixit Léo le Poète. Comme la couleur noire renvoie à beaucoup de choses, dont le henné, l'on ne saurait passer sous silence ce produit dont les vertus coiffent celles de la pédicure et de la manucure.


Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux. (...) Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire...» in «Chants d'Ombre» de feu Léopold Sédar Senghor. En écrivant ces vers d'une rare beauté, le président- poète ne faisait pas que sublimer la grâce naturelle de la femme noire. Noire. Comme la couleur que laisse, si tant est qu'il est bien fait, le henné. «Foudeun» comme diraient les wolofs authentiques.


Tout un cérémonial avant d'en arriver à ce résultat qui faisait, naguère, le charme de nos charmantes femmes. Sans artifices, sans paillettes, sans maquillage, rien d'extravagant, pour dire le moins, la femme africaine, sénégalaise en particulier, avait un petit «quelque chose» qui la différenciait, et continue de faire sa particularité, des autres femmes. Bref, son raffinement n'a d'égal que sa grâce naturelle qui la distingue, ici et ailleurs, de ses autres sœurs. Aussi, tout, ou presque, était prétexte pour se teindre les pieds et les paumes. Et dans une moindre mesure les cheveux. Et il faut dire que le henné fait partie de cet attirail explosif qui constitue la force de frappe de la gent féminine sous nos chaudes latitudes. Rien, ni personne, ne les fera bouger d'un iota. Elles se démènent, en effet, comme de belles diablesses pour aggraver ce qui, aux yeux de beaucoup d'hommes, est un cocktail détonant. Vous avez deviné cette faculté congénitale qu'ont ces nymphes de vous lisser la peau, comme un bébé, pour vous endormir.


Pour ne pas dire vous transporter au Paradis dont le henné, selon une certaine historiographie, serait originaire. Aussi, il n était pas rare, « ba adouna daan baax », comprenez avant que la « civilisation » nous éloigne de la plupart de nos us et coutumes, de voir les dames parées de leurs «Louis d'or », drapées dans des tissus « soie ou tapis », chaussant des « marakiss », « foudeun bamou nioul » (les paumes et les pieds bien teints au henné) déambuler majestueusement pour aller honorer une de ces rencontres mondaines qui font, quelque part, sans aucune connotation péjorative, notre originalité. Et les puristes ne nous démentiront pas qui persistent à croire que « diongoma amatoul si miim reew ». Autrement dit, il n'y a plus de « Grande Dame », au sens figuré bien entendu, dans ce pays. En langage décrypté, cela veut dire tout simplement que les femmes sont tellement « dominées » par la modernité qu'elles en ont perdu de leur superbe. Voire de leur feeling. Tout cela pour dire que nos « Diongoma » et autres « Linguére » ont fait place nette à des « driyankés » d'un genre nouveau qui, en lieu et place du henné, préfèrent quelque chose qui semble être une sorte de clonage qui ne dit pas son nom : le tatouage. Fait à base de produit chimique, il produit le même résultat que le henné. Avec le naturel en moins.


Dès lors, on ne plus penser, comme le chantait l'enfant de Joal, «Femme noire, femme obscure, huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali, gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau. Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire. À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux ». Il est vrai qu'en cette période, la beauté de la femme noire était encore capable, « au coeur de l'Eté et de Midi, du haut d'un col calciné », de foudroyer en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle, le plus détaché des mollahs. David Diop ne s'y était pas trompé qui déclamait, majestueux, « Saute, saute, belle jigéen, c'est le tam-tam des arènes qui t'appelle ce soir ». L'auteur n'avait pas besoin d'ajouter que Koumba, l'éblouissante Reine, qui en était la Guest Star, «day foudeunou bouy nieuw ». Nostalgie quand tu nous tiens !
Ndeye Fatou Seck, Maria Dominica Thiam Diedhiou et PAPA,

posté par Fatou, une Soninké

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