Billet d’humeur

Franc CFA, DSK le retour !

Déc 07, 2018 Poster par
Franc CFA, DSK le retour !

L’homme se faisait discret ces derniers temps et on n’entendait plus guère parler de lui, et voilà qu’il réapparaît là où ne l’attendait pas forcément : dans un débat sur la zone franc et le fonctionnement du franc CFA. Et pour cela l’ancien patron du FMI a choisi, cela ne s’invente pas un vendredi 13. Celui du mois de novembre.

Son intervention a pris la forme d’un rapport d’une trentaine de pages sous la forme d’une plaidoirie en faveur d’une transformation d’un franc CFA dont le fonctionnement actuel « fragilise les économies de la région ». Que ne l’a-t-il pas dit plus tôt ? Pourquoi avoir attendu autant de temps pour nous éclairer de ses lumières ?

Il est vrai que depuis sa « nuit américaine » DSK s’est reconverti dans le conseil aux gouvernements africains, en particulier celui du Congo Brazzaville. Ceci explique cela.

Son analyse toutefois est ambigüe car si d’un côté il estime que « si le problème politique du franc CFA devient de plus en plus sensible, la « Zone franc peut se vanter d’une bonne performance au niveau macroéconomique grâce à la garantie dont elle bénéficie ». On ne savait pas l’ex-directeur général du Fonds Monétaire International normand : « pt’être ben que oui, pt’être ben que non ».

Evidemment, s’agissant de l’aspect politique « le doute identitaire au sein d’une Afrique dont le rapport au passé colonial est particulièrement complexe » est relevé par Dominique Strauss-Kahn. Il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr pour savoir cela et en la matière sa lumière est un peu blafarde. 

La question de la parité et sa quasi-impossibilité à la modifier est plus intéressante. De même que le risque financier assumé par la France, seul pays à le faire, alors que l’avantage de la parité fixe CFA-Euro profite aux autres pays de la zone Euro. L’ancien ministre de l’Economie attend donc d’une réforme du franc CFA qu’elle ne soit pas « cosmétique » et suppose une refonte en profondeur de la Zone franc. Notamment la réattribution des sièges de la France au sein des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants et l’ancrage à un panier de monnaies plutôt qu’à l’euro.

Pour le grand gourou de la finance, la réussite d’une telle transformation passe par un dialogue approfondi avec les autorités africaines, une meilleure association des partenaires européens et une promotion de la coopération entre la Banque Centrale Européenne et les banques centrales africaines.

Comme dirait l’autre, « Y’a qu’a ! », traduction : Plus facile à dire qu’à faire.

Le directeur de la publication de Ichrono.

Un pays qui a perdu son honneur

Nov 24, 2018 Poster par
Un pays qui a perdu son honneur

Le 20 novembre dernier, il y a quelques jours, on a célébré la Journée mondiale des droits des enfants. L’occasion de s’interroger sur les droits pour des dizaines de milliers d’enfants Sénégalais réduits à la mendicité.

Ils seraient près de 40 000 pour la seule ville de Dakar, soumis aux brimades et aux humiliations d’adultes qui attendent d’eux qu’ils collectent chaque jour un peu plus d’argent des passants. Des enfants victimes et livrés sans défense à des maffieux. Ils sont des milliers d’enfants à dormir la nuit sur le trottoir, sur des cartons. Des milliers, livrés à tous les dangers de la nuit et aux prédateurs sexuels.

Que fait l’Etat, que fait le président Macky Sall, que fait le gouvernement pour mettre un terme à un tel scandale, d’autant plus infâmant qu’il touche les plus jeunes, les plus vulnérables de la société et pour autant des citoyens à part entière ?

Comment ose-t-on se prévaloir dans ces conditions d’une réussite en matière d’éducation ? Ces enfants ne sont pas les damnés, mais des déshérités de la terre, ceux qui, pourtant, portent l’avenir du pays sur leurs épaules. Un pays sans sa jeunesse, sans cet indispensablement renouvellement des générations, est en effet condamné à l’échec. 

Sans parler qu’un jour ces enfants-mendiants d’aujourd’hui, devenus à leur tour des adultes, demanderont, et à juste titre, des comptes à la société. Et ce jour-là la colère grondera et il faudra alors à la garde prétorienne du régime en place mater d’éventuelles émeutes populaires.

Qu’a fait depuis sept ans Macky Sall pour faire appliquer la loi votée en 2005 contre la mendicité des mineurs ? Que n’a-t-il trop attendu pour accueillir dans les écoles ces milliers d’enfants laissés à eux-mêmes, leur assurer des conditions de vie dignes, la santé, la sécurité ?

Un pays qui ne sait pas protéger ses enfants, préparer leur avenir est un pays qui a perdu sa fierté et a abandonné son honneur.

Le Directeur de la publication

Les priorités ne sont pas les mêmes au Nord ou au Sud

Les français n’ont d’yeux actuellement que pour la manifestation des gilets jaunes du 17 novembre. Sera-t-elle ou non un succès populaire, le blocage des routes sera-t-il massif ? En cause, les taxes qui affectent l’essence et le gazole, des taxes dont l’objectif est de lutter contre le réchauffement climatiqueen privilégiant les énergies renouvelables et propres. Personne, nulle part dans le monde, n’aime à payer des impôts supplémentaires. Mais il faut être cohérent lorsqu’on se prétenddéfenseur de l’environnement, lorsqu’on ambitionne de protéger les générations futures,qu’elles soient humaines ou animales. A moins qu’il ne s’agisse-là d’un nouveau paradoxe.

Face à ces turpitudes hexagonales bien gauloises, je vous invite à prendre un peu de hauteur et de nous déplacer au Gabon, un pays où la forêt primaire avec 22 millions d’hectares occupe près de 87% du territoire et constitueune des réserves mondiales de biodiversité. 

Pour autant, cinquante ans après l’indépendance de ce pays il n’existe toujourspas de système d’assainissement à Librevilledont la population s’élèveà quelques 600 000 habitants ! Comment s’étonner après cela des inondations récurrentes dont est victime la capitale ?Comment être surpris que les habitants soient menacés par des maladies, pour certaines mortelles, dues à l’absence de traitement des eaux pluviales et usées ? Il n’existe aucun système de collecte ni de traitement. Celles-ci se déversent dans des canaux de drainage à ciel ouvert, qui pour certains se rejettent dans l’Océan et les boues de latrines et fosses septiques sont déversées dans la nature.

Par ailleurLibreville donne directement sur la mer. La capitale gabonaise est donc directementvisée par les conséquences du dérèglement climatique (dont Donal Trump n’a cure). Résultat, la montée des eaux, outre les crues et inondations qu’elle provoquera, impacterad’ici quelques années la capacité d’évacuation des eaux de pluies et affecterd’autres villes,notamment Port-Gentil avec tous les risquesque cela suppose sur la santé des populationset l’écosystème. Une immigration climatiquviendra alors s’ajouterà l’immigrationéconomique d’aujourd’hui et aux réfugiés fuyant les guerres et la famine.

Si on n’agit pas rapidement le réchauffement climatique,causé par les gaz à effet de serre,signera la chronique d’une mort avancée de la planète, en particulier du continentafricain.Deux tiers des villes africaines seront impactésd’ici 2035. L’Afrique est le continent le plus menacé par les effets du réchauffement du fait de l’existence sur son sol de 86 des 120 villes mondiales à la croissance démographique la plus forte, de leurs difficultés d’approvisionnement en eau potable et des violentes inondations qu’elles subissent. Huit villes africaines figurent parmi les dix les plus à risque au monde, dont Kinshasa en République démocratique du Congo, Morovia au Libéria ou encore Bangui en Centrafrique.

Nous avons là tous les éléments constitutifs d’une bombe à retardement écologique, mais qui s’en soucie ?Pas l’Amérique en tout cas qui s’obstine à nier les effets du réchauffement de la planète, y compris les incendies géants en Californie.

Et pendant ce temps, en France, des milliers d’automobilistesen colères’apprêtent à bloquer les routes pour s’opposer au paiement d’une taxe écologique sur l’essence et le diesel. Ce n’est pas en additionnant tous les égoïsmes qu’on fera preuve de solidarité« Sauvons la planète ! » qu’ils disaient,d’accord, mais pas au prix de quelques centimes supplémentaires.

l’évidence les priorités ne sont pas les mêmes au Nord et au Sud, entre les pays riches et les pays pauvres. Les risques non plus, il est vrai.Là où il est question pour certains de confort et de niveau de vie, pour d’autres c’est une question de survie.

Au fait, rappelez-moi, quel est le pays qui a organisé la COP 21 ?

Le directeur de publication d’Ichrono

Quand les femmes sénégalaises repoussent le désert

 

On en parle trop peu, mais au Sénégal celle qu’on appelle « La grande muraille verte », l’entreprise de reboisement au Sahel, n’aurait pu se développer sans le rôle essentiel joué par les femmes. L’occasion ici de rendre hommage à celles qui ont repoussé le désert.

Dans le nord du pays, à Widou, dans la zone sahélienne, ce projet panafricain près de cent cinquante femmes travaillent inlassablement, chaque jour dans des jardins pour y faire pousser des pastèques, des pommes de terre, du niébé, de l’oignon, de l’oseille ou du gombo. Dans cette région aride où il arrive qu’il ne tombe pas une goutte de pluie durant près de dix mois et où la steppe grille sous l’harmattan, ce vent sec et chaud venu du Sahara.

C’est dire l’immense mérite qui est le leur. Cette grande muraille est née voici dix ans, en 2008, avec comme objectif le reboisement. Celle-ciàson apogée doit s’étendre sur 7 800 kilomètres, de Dakar à Djibouti, c’est dire l’ambition des porteurs du projet, en l’occurrence l’Union Africaine. Un projet pharaonique car il va traverser onze pays et transformer la vie de plusieurs millions de personnes.

Ces milliers de femmes sont les « petites mains », les chevilles ouvrières de la plus vaste entreprise écologique du monde avec le barrage vert en Algérie et la reforestation du désert de Gobi en Chine.

On doit ainsi à ces femmes d’avoir planté dans la région de Widou quelques 675 hectares d’acacias du Sénégal, appelé des gommiers blancs, qui ont été entourés de grillages pour les protéger des chèvres, des vaches et des zébus.

Pour El Hadj Goudiaby qui est agent technique des Eaux et Forêts au Sénégal ; « La grande muraille verte n’est pas une barrière ininterrompue de forêt mais plutôt un archipel de plantations, une série de tâches vertes dans l’immensité désertique ».

Que ces femmes sénégalaises s’investissent avec autant d’énergie depuis plus de dix ans dans cette grande cause en faveur de l’environnement mérite le respect et notre reconnaissance. 

A commencer car ce modeste billet d’humeur qui n’a d’autre but que de les mettre à l’honneur en leur témoignant notre estime et notre admiration.

Le directeur de publication d’Ichrono

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