Filtrer les éléments par date : dimanche, 16 septembre 2018

Nous poursuivons et terminons aujourd’hui l’entretien exclusif qu’a bien voulu accorder à Ichrono son excellence M. Bassirou SENE.

Q – Lors de la mise en place des parrainages pour l’élection présidentielle en février prochain l’opposition a parlé de tripatouillage constitutionnel, ce qui va un peu à l’encontre de la sérénité du président Macky Sall que vous évoquiez à l’instant.

B.S – C’est tout simplement la vitalité de la démocratie sénégalaise, on a cinquante quotidiens, presque une dizaine de télévisions …

Q - … dont on dit que la plupart sont aux ordres du pouvoir …

B.S – Oui, je sais et c’est de bonne guerre, chacun dit ce qu’il veut, mais en réalité la démocratie sénégalaise est reconnue à travers le monde car c’est une démocratie ouverte, respectueuse des droits des uns et des autres.

Q – Du fait de l’empêchement à se présenter aux présidentielles de deux des leaders de l’opposition que sont Karim Wade et Khalifa Sall ce dernier ayant été démis de maire de Dakar par un décret présidentiel, ne redoutez-vous pas des manifestations populaires dans les mois qui viennent ? N’y a-t-il pas là un risque d’agitation dans la rue ?

B.S – Les sénégalais sont très attachés à leurs institutions, et quand celles-ci se prononcent on les respecte. En 2012 un candidat a été reconnu par le conseil constitutionnel malgré l’opposition d’une partie de la population. Les sénégalais en bons démocrates sont respectueux de l’Etat de droit et je suis convaincu que cela prévaudra et que la raison l’emportera.

Q – Il n’empêche qu’à propos de ces deux hommes politiques certains évoquent une manipulation, une instrumentalisation de la justice et y ont vu là une façon par le pouvoir de se débarrasser de deux opposants notoires au président …

B.S – Vous n’avez pas manqué de suivre le processus judiciaire jusqu’à son terme, depuis deux ans. La justice s’est prononcée, je suis un républicain et je fais confiance à la justice du Sénégal. Nos magistrats sont bien formés et collaborent a des institutions internationales telles que la CPI ou encore au tribunal du droit de la mer où des juges sénégalais siègent en toute impartialité, avec compétence.

Q – Pour conclure, quels rapports entretenez-vous, ici à Paris, avec les partis d’opposition représentés en France ?

B.S – J’ai reçu leurs dirigeants à deux ou trois reprises. Chaque fois que des élections sont organisées ou encore récemment la révision des listes électorales l’opposition est réunie dans une sorte de plate-forme et est accueillie à l’ambassade. Ensemble nous avons examiné la situation et réglé les difficultés qui pouvaient exister comme leur présence dans les bureaux de vote, la question du transport des personnes. 

Disant cela l’ambassadeur pensait ainsi à la commémoration qui s’est tenue à l’ambassade le 2 mai dernier à l’occasion du 58èmeanniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, manifestation pour laquelle les sénégalais vivant en France s’étaient déplacés en nombre.

Interview réalisée par Jean-Yves Duval, directeur d’Ichrono  

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L’ambassadeur du Sénégal répond en exclusivité aux questions d’Ichrono

Pour une bonne préparation et un déroulement normal de l’année scolaire et universitaire 2018/2019, le Chef de l’Etat, Macky Sall, a invité, avant-hier, mercredi, en Conseil des ministres, le gouvernement à «prendre toutes les dispositions administratives, techniques, budgétaires et financières requises, en vue d’assurer une bonne année scolaire et universitaire, sur toute l’étendue du territoire national.» Aussi a-t-il insisté sur «l’impératif de veiller au respect des différents accords conclus avec les organisations syndicales d’enseignants ainsi qu’à l’orientation adéquate des nouveaux bacheliers dans nos établissements universitaires en fonction des critères académiques définis.» Non sans exhorter le Premier ministre «à suivre l’application effective des mesures volontaristes qu’il a prises en faveur des enseignants et des étudiants, afin d’améliorer significativement les conditions sociales et d’études dans la sphère universitaire.» Interpelés, le syndicaliste Saourou Sène, Secrétaire général du Saems et Cheikh Mbow, Coordinateur de la Cosydep, apprécient et livrent leurs secrets pour année scolaire et universitaire apaisée. 

SAOUROU SENE, SECRETAIRE GENERAL DU SAEMS : «L’appel du Chef de l’Etat s’adresse fondamentalement au gouvernement»

«C’est une invite qui s’adresse fondamentalement au gouvernement du Sénégal qui est appelé et qui est habilité à concrétiser les accords que nous avons signés depuis le 30 avril 2018. Dans le processus, il y a quand même quelques manquements. En ce qui concerne les passerelles professionnelles, la montagne a accouché d’une souris parce que pour le nombre d’enseignants qui se sont inscrits, on nous a indiqué, du point de vue du quota, qu’il n’y avait que soixante-sept (67) agents à passer. L’autre point, c’est que le corps des administrateurs scolaires peine à être matérialisé parce qu’ils n’ont pas encore tenu l’atelier. Nous avons effectivement tenu l’atelier qui portait sur la rémunération des agents de l’Etat. Encore que durant cet atelier, il a été noté des manquements liés au fait que nous n’avons pas reçu l’intégralité du rapport qui a été produit par le cabinet MGP Afrique. Sur les lenteurs administratives, il y a encore des efforts à faire. Je crois que c’est un appel qui vient à son heure et le gouvernement sénégalais doit tout faire pour que nous puissions aller vers la concrétisation des accords que nous avons signés pour un système éducatif stable»

CHEIKH MBOW, COORDINATEUR DE LA COSYDEP : «Nous espérons que le Pm a été «instruit» sur les réunions pour le respect des engagements»

«Nous savons que nous aurons sûrement une année scolaire menacée, menacée parce qu’on fait face à une année électorale. On devait pouvoir anticiper sur les problèmes. Une année aussi avec une menace liée aux respects des engagements. Nous espérons que le Chef de l’Etat a «instruit» son Premier ministre sur les réunions pour le respect des engagements. Les réunions devraient être trimestrielles, mais, jusque-là, elles ne sont pas encore tenues. Les menaces liées à la pression des étudiants concernant l’orientation des nouveaux bacheliers: on a vu ce qui s’est passé avec le privé. Des menaces qui sont liées aux syndicats des inspecteurs de l’éducation. Et nous savons qu’avec le déficit d’enseignants qu’il y a, nous devons compter sur le dispositif initial de formation pour permettre de combler en partie ce déficit des enseignants. Donc, tout ceci montre que ces vingt (20) jours de vacances qui restent devraient être mis à profit pour faire avancer le dossier. C’est ce qui pourrait nous assurer d’avoir une année scolaire correcte et aussi d’avoir un déroulement normal de l’année. Autrement, avec ces élections en vue, nous risquons d’avoir une année perturbée. Par ailleurs, nous invitons les différents acteurs à faire preuve d’évaluation. Il est important aujourd’hui qu’on ait cette culture de l’évaluation pour pouvoir nous permettre de discuter sur tout ce qui s’est passé l’année dernière».

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PSE ou Décélération  /  Alerte pour éviter lamarche en arrière  par l'Economiste franco-SénégalaisA Samba NDIAYE

"Une écriture toujours argumentée qui va au delà des clivages. notre compatriote pense la Nation, lePeuple sénégalais. Sa pensée est productive pour qui veut l'écouter, le lire avec la Raison discursive non avec le coeur brouillon. J'apprends beaucoup ou j'améliore mes connaissances en économie en l'écoutant sur FB ou en le lisant".PB CISSOKO

CE TEXTE EST UNE CONTRIBUTION D'ALERTE POUR EVALUER RAPIDEMENT LE "PSE" A NE PAS CONFONDRE AVEC UNE POLITIQUE PUBLIQUE CLASSIQUE POUR QU IL 'FLEURTE' AVEC AVEC UN MINIMUM DE SUCCÈS IL EST IMPÉRATIF DE CHANGER NOTRE SOCLE SYSTÈME FAUTE DE CELA CE PLAN SERA L'ACCÉLÉRATEUR D'UN RECUL SANS PRÉCÉDANT DUNE SOIXANTAINE D'ANNÉES : RETOURS A LA CASE DÉPART NOUS Y SOMMES !

En quoi consiste l'évaluation des politiques publiques ?

Comment la distinguer des métiers de l'audit, du contrôle et de l'inspection.


L'évaluation d'une politique publique (...) a pour objet de rechercher si les moyens juridiques, administratifs ou financiers mis en œuvre permettent de produire les effets attendus de cette politique et d'atteindre les objectifs qui lui sont assignés.


Les avantages du modèle français d'évaluation reposent sur sa pluridisciplinarité, son regard transversal, l'interconnexion des échelles, la diversification des regards qu'apporte la composition des instances, associant fonctionnaires, experts et personnes de terrain. L'intérêt essentiel de l'évaluation est de se focaliser sur l'insertion de l'action de l'État dans un système d'acteurs (notamment l'Europe et les acteurs territoriaux). Il est aussi de se placer du point de vue de l'usager et du destinataire final des politiques. C'est une démarche complémentaire d'autres démarches de l'administration. La démarche d'inspection, tout comme celle de la Cour des comptes, s'attachent plus à vérifier le respect des procédures, à auditer des organismes, qu'à s'interroger sur l'adaptation aux besoins et la cohérence des diverses politiques.


Comment l'évaluation s'est-elle développée en France ?


L'évaluation connaît, sous des formes variées, une expansion continue et diffuse. En dehors du dispositif interministériel, conçu en 1990, réformé en 1998 et en cours de rénovation aujourd'hui, de nombreux opérateurs publics s'investissent dans l'évaluation. Beaucoup de départements ministériels conduisent des évaluations dans leur champ propre ou dans un cadre interministériel ; les établissements publics nationaux s'y sont mis ; le Parlement consacre des moyens nouveaux à l'évaluation, les corps de contrôle également. La pratique des politiques contractuelles a contribué à installer l'évaluation au niveau régional.

De nombreux exécutifs régionaux ou départementaux, les responsables de villes, d'agglomérations, de communautés urbaines ont identifié une fonction d'évaluation, voire développé des dispositifs institutionnels complets. L'évaluation ne s'est pas développée par hasard sur des objets particuliers tels que les politiques structurelles européennes ou les politiques contractuelles. Il faut en effet reconnaître la disponibilité de ces politiques partenariales pour une approche différente de l'action publique.


Malgré ces acquis, l'évaluation est à l'évidence encore en construction en France. Le rapport Moscovici de 1994, premier bilan du dispositif interministériel de 1990, se concluait sur une note d'espoir modeste, reflet des soubresauts de la première période : "Au-delà des enjeux bureaucratiques, bien minces, des querelles de boutiques, en l'occurrence aussi courtoises que sont petites les échoppes, je suis convaincu que le politique, à l'orée du XXIème siècle, saura faire sa place à cette discipline essentielle qu'est l'évaluation des politiques publiques." La proposition faite par le Commissaire au Plan au Premier ministre, en septembre 2003, de recentrer le Plan sur la prospective et de confier à un autre opérateur la conduite de l'évaluation au niveau interministériel ouvre une nouvelle ère. Celle qui se clôt témoignait à la fois des difficultés de positionnement au sein de l'appareil d'État et de l'importance des moyens à consacrer à la fonction d'évaluation pour porter les ambitions du modèle conçu à la fin des années quatre vingt.


Quels sont les principaux critères d'évaluation d'une politique publique ?


Parmi les contributions essentielles du Conseil scientifique de l'évaluation au début des années 90, il faut incontestablement citer la définition des critères d'évaluation des politiques publiques. Six critères simples ont ainsi été définis pour aider le commanditaire et le chargé d'évaluation à caractériser les principales "qualités" d'une "bonne" politique (voir le Petit guide de l'évaluation des politiques publiques publié en 1996 à la Documentation française).


Cohérence (dans la conception et la mise en œuvre) : les différents objectifs sont-ils cohérents entre eux ? Les moyens juridiques, humains et financiers mis en place sont-ils adaptés à ces objectifs ?
Atteinte des objectifs : dans quelle mesure les évolutions constatées de la réalité sociale sont-elles conformes aux objectifs de la politique ?


Efficacité : dans quelle mesure les effets propres de la politique sont-ils conformes à ces objectifs ?
Efficience : les ressources financières mobilisées par la politique ont-elles été bien utilisées ?

Les résultats de la politique sont-ils à la mesure des sommes dépensées ?
Impact (effectivité) : quelles sont les conséquences globales de la politique pour la société ? Ces conséquences sont-elles bénéfiques ?
Pertinence : une politique se justifie très généralement par l'identification d'un "problème de société" auquel les pouvoirs publics se sentent tenus de faire face. Une politique sera dite pertinente si ses objectifs explicites sont adaptés à la nature du (des) problème(s) qu'elle est censée résoudre ou prendre en charge.
Quels sont les grands principes méthodologiques d'une évaluation (commanditaire, questionnement, sources d'information, organisation, protagonistes, déroulement, durée) ?


On l'a dit, l'évaluation gagne du terrain dans les discours et dans les organigrammes, au niveau local comme au niveau national. Néanmoins, la grande diversité des finalités qui lui sont assignées (financière, politique, managériale...) fait qu'il est difficile de rassembler les pratiques sous une définition commune et un schéma procédural ou institutionnel cohérent. Dans les dispositifs d'évaluation interministérielle de 1990 et 1998, l'instance avait un rôle fondamental de mobilisation des données (qui existent bien souvent mais dispersées, non exploitées, parcellaires) et d'assemblage pour produire un jugement. Il n'en est pas de même dans l'évaluation des contrats de plan État-région où, dans la plupart des cas, l'évaluation est externalisée, confiée à un prestataire. En matière d'évaluation interministérielle, il y avait un certain nombre de tâches bien identifiées : la commande d'évaluation, de l'instruction du mandat à la décision ; la mise en œuvre par une instance disposant d'un mandat, d'un budget et d'une durée, cette instance étant distincte de la personne du commanditaire ; les contributions extérieures (études ou inspections) demandées par l'instance ; le rôle de conseil scientifique ou méthodologique.

La particularité de l'évaluation interministérielle était bien de ne confier la rédaction du rapport ni à l'administration en tant que telle ni à un prestataire extérieur. Ce rôle était celui de l'instance d'évaluation. Le fait que celle-ci mobilise des chercheurs, des acteurs de terrain, aux côtés des représentants de l'administration permet une confrontation permanente des points de vue. L'apport des sciences sociales est ici primordial : les économistes, les sociologues contribuent à plusieurs titres. Ils peuvent être auditionnés. Les études confiées à des prestataires extérieurs mobilisent par ailleurs massivement ces disciplines. Quant aux chercheurs membres de l'instance, ils jouent un rôle essentiel dans l'orientation des travaux et leur validation.
Quelle place accorde-t-on aux techniques quantitatives (indicateurs de performance, par exemple) pour juger de l'efficacité d'une politique publique ?


Compte tenu de la grande diversité des exercices d'évaluation, il n'y a évidemment pas de réponse univoque à cette question. Il existe des dispositifs d'évaluation qui mobilisent expressément une gamme d'indicateurs de performance et ce sera encore plus vrai quand la loi organique sur les lois de finances (LOLF) entrera en vigueur. Dans bien des cas, le faible degré de formalisation a priori des politiques et la qualité des systèmes d'information ne permettent pas cependant de faire reposer l'évaluation sur la ressource indicatrice. Dans le modèle de l'évaluation interministérielle, il revient à chaque instance de définir les études qu'elle entend conduire, compte tenu des matériaux déjà disponibles. Les techniques quantitatives figurent bien entendu parmi les outils mobilisés dans les travaux statistiques, les enquêtes auprès de usagers ou les tentatives de caractériser l'efficience des politiques.


Quelles sont les finalités de l'évaluation de l'action publique ? A-t-elle souvent des retombées concrètes ?


L'évaluateur ne saurait mépriser les usages qui peuvent être faits de son travail, son intelligibilité, son accessibilité auprès d'un public diversifié (décideurs politiques ou administratifs, médias, chercheurs, grand public) et quantité d'efforts sont à faire à tous les niveaux pour faciliter l'accès aux travaux et densifier les usages. Pour autant, c'est méconnaître la nature même du travail d'évaluation de l'apprécier à travers le seul caractère opérationnel de ses recommandations ou la seule visibilité de ses effets.

Dans la division du travail entre le commanditaire et le réalisateur de l'évaluation, le rôle prescriptif du second en termes de recommandations opérationnelles n'a rien d'évident. En tout état de cause, il ne saurait y avoir de recommandations non étayées par les constats de l'instance et extérieures à son mandat. Le chaînage questionnement-constats-recommandations est un critère de qualité des travaux.


En dehors de la consécration législative, réglementaire ou organisationnelle annoncée à grand renfort de publicité, consécration bien rare au demeurant, l'efficacité du travail d'évaluation vient, au moins au partie, de la diffusion des diagnostics, des résultats auprès des acteurs participant aux travaux d'évaluation ou associés à leur restitution. Il en a ainsi été du Rapport sur la politique de contrôle sanction en matière de sécurité routière (afin de contribuer aux décisions prises en décembre 2002 et au printemps 2003, notamment sur le contrôle automatisé de la vitesse), du Rapport sur le transport combiné rail-route (afin d'alimenter le débat parlementaire sur les transports du printemps 2003), ou du Rapport sur les politiques de développement rural (afin de contribuer à la mise au point de la loi présentée au Conseil des ministres en septembre 2003). D'autres rapports ont aussi, dans un passé récent, eu un certain retentissement sur la conduite de l'action publique : ainsi le Rapport sur la politique de lutte contre le sida a contribué à la refonte des politiques de communication à destination du grand public (dans le sens d'une plus grande visibilité des groupes à risques) et a fortement critiqué la carence du système de déclaration obligatoire de la séropositivité, mis en place depuis. L'impact d'une évaluation ne naît donc pas forcément des qualités de la programmation mais souvent de la rencontre improbable des préoccupations des politiques et d'un travail disponible.


Quels sont les freins au développement de l'évaluation ? L'évaluation ne comporte-t-elle pas certains effets pervers ?


Les tâtonnements de l'évaluation dans les administrations centrales et la dispersion des initiatives locales montrent que des questions clés ne sont toujours pas résolues, celles de la professionnalisation et du partage d'expérience notamment, à un moment où la décentralisation et la loi organique sur les lois de finances constituent des défis essentiels pour l'évaluation. Au-delà des conditions pratiques du succès de l'implantation de l'évaluation, il faut poser la question du sens que les commanditaires lui donnent. Une pratique qui idéalement sollicite à ce point la vertu autocritique, réversibilité de la décision face à l'échec, transparence et publicité de l'erreur - ne se décrète pas.

Elle doit trouver sa place dans un environnement structuré de préparation de la décision publique et dans un réseau d'acteurs à convaincre. La culture du résultat suppose que le décideur, le responsable soit d'abord jugé sur les effets concrets de sa politique (effets sur le destinataire final en particulier). L'évaluation a posteriori qui porte cette ambition de mesurer les effets d'une action n'entre donc pas spontanément, quoi qu'on dise de son ancrage dans la démocratie, dans les schémas d'action ordinaires des décideurs, cela quel que soit l'échelon territorial.


C'est un autre travers souvent souligné : la complexité de la politique soumise à l'évaluation ouvre sur l'indétermination de l'objet (d'où la préférence pour les objets flous et la montée en généralité) et du périmètre des acteurs : on rassemble un grand nombre d'acteurs a priori au titre de la démarche partenariale, au risque de les voir déserter les rangs très rapidement, faute d'intérêt évident ou en raison d'un engagement par trop périphérique dans l'action évaluée. L'évaluation doit prendre en charge la complexité : cela signifie identifier les objets (pour ne pas se perdre), identifier les acteurs (réellement impliqués) et calibrer le questionnement (au risque de l'indécision). La complexité ne doit pas devenir un alibi à l'indétermination, y compris de l'évaluation.


L'insertion de l'évaluation dans la décision publique et donc son utilité relève aussi de la capacité de réponse de l'évaluation aux questions que se pose effectivement le décideur et de sa capacité à déterminer des inflexions crédibles, à éclairer des chemins qu'il sera possible d'emprunter. La question de l'insertion de l'évaluation dans le calendrier de la décision recouvre plusieurs problèmes : celui de la durée des évaluations (à considérer évidemment avec attention compte tenu du temps politique) ; celui de la capacité réciproque à programmer la décision et l'évaluation ; celui, enfin, de la capacité de l'évaluation à mettre un problème à l'agenda. Si, comme l'expérience de nombre d'évaluations le prouve, les objectifs de la politique ne préexistent pas à l'évaluation, si ce n'est de façon dispersée et contradictoire, il apparaîtra assez vain de fabriquer a posteriori une politique avec les objectifs identifiés pour lui confronter la pratique des acteurs et jouer à nouveau le centre (censé définir rationnellement la politique) contre la périphérie. La confusion entretenue autour de la définition et des rôles de l'évaluation révèle la difficulté à se départir des schémas ordinaires de l'action publique.

En se trompant de cible (au sens d'objet et au sens de destinataire), le risque est grand pour l'évaluation de ne pas trouver sa place.


Quant aux effets pervers, certains évoquent les comportements "consuméristes" qu'entraîne la publication annuelle de l'évaluation des lycées, on peut dire au contraire qu'une évaluation bien conduite est une garantie face aux dérives possibles des palmarès : la rigueur des travaux permet de décliner les conditions de la performance (par exemple, la performance d'un lycée compte tenu des caractéristiques de son recrutement plutôt que la performance brute).

La question de la publicité des travaux est une autre question essentielle : elle a été prévue de droit dans le dispositif interministériel de 1998. Elle n'est cependant pas systématique en matière d'évaluation. Si l'on peut concevoir que l'aide à la décision publique requiert parfois une certaine discrétion, on voit bien toutes les dérives d'une transparence restreinte : la crédibilité de l'évaluation ne gagne rien au fait de conditionner la publication non pas à la rigueur des travaux mais à la nature des conclusions.


En France, l'évaluation de l'action publique concerne surtout ce qu'on appelle "les politiques publiques" (par exemple, la politique de la ville). Dans les pays anglo-saxons, elle porte plutôt sur des "programmes". Que traduit cette différence dans l'objet de l'évaluation ?


Avant la mise en œuvre de la loi organique sur les lois de finances, le flou entretenu en France autour de la notion de programme et l'ambition haute conférée à l'évaluation ont fait privilégier l'évaluation de politique publique, à partir des critères définis plus haut, par rapport à une évaluation plus ciblée sur des actions précises, identifiées a priori.

Au-delà de cette différence quant à l'objet, le détour par la comparaison internationale permet de mieux identifier les missions à accomplir et la nature des contributions des différents organismes dans les pays à forte maturité en matière d'évaluation. L'institution pivot dans ces pays relève du ministère des Finances, de la Cour des comptes ou du Parlement ; les pays à forte maturité combinent une structuration forte au niveau central (une institution pivot peu à peu dégagée des tâches de réalisation des évaluations et des institutions ministérielles ou sectorielles puissantes) et un développement autonome sur le territoire. La concurrence entre les organisations pratiquant l'évaluation est acceptée, voire revendiquée.

La part des travaux en régie est toujours importante ; le socle d'expertise public est donc primordial. L'externalisation se développe là où l'évaluation est puissante et largement répandue (ex : Pays-Bas, voir sur ce sujet : Steve Jacob, "Approche comparative des politiques publiques", Pyramides, Université libre de Bruxelles, n°1, printemps 2000). En termes de moyens, les disparités ne tiennent pas tant au volume d'évaluations réalisées (si on ajoutait tous les exercices disparates d'évaluation réalisés en France, on atteindrait des volumes non négligeables) qu'aux efforts consentis pour structurer l'offre de soutien (développement des centres de ressources et des systèmes d'information, mise en réseau des résultats produits, offre de formation des acteurs...).


Dans quelle mesure la mise en œuvre de la nouvelle loi organique sur les lois de finances (LOLF) ainsi que la réforme de la décentralisation peuvent-elles renforcer la place de l'évaluation dans la conduite des politiques publiques ? Le Parlement ne doit-il pas être appelé à jouer un rôle plus important, à l'image du Congrès américain avec la Division Évaluation du General Accounting Office ?


Dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle loi organique sur les lois de finances, les administrations de l'État ont été mobilisées, dans l'ensemble des ministères, par la préparation de la nomenclature des programmes et des outils de contrôle de gestion, de comptabilité et d'évaluation à mettre en place d'ici 2006. Le Parlement, de son côté, réfléchit aux outils d'évaluation qui lui seront nécessaires pour exercer pleinement ses attributions dans ce domaine. Ce mouvement engagé au niveau de l'État et du Parlement est susceptible d'enclencher des dynamiques nouvelles pour l'évaluation dans les territoires.


Les objectifs de l'évaluation dans le cadre de la décentralisation sont a priori multiples. Dans quelle mesure les objectifs affichés par les promoteurs des transferts de compétences (en termes de qualité du service rendu à la population, de préservation de telle ou telle ressource, de promotion de telle ou telle activité, d'efficience) sont-ils atteints ? Ce type d'évaluation doit se faire au niveau de chaque territoire se voyant transférer une compétence nouvelle. Le référentiel territorial pour dire si la décentralisation a rendu l'action publique plus efficace, plus cohérente, plus économe n'existe pas aujourd'hui dans quantité de domaines de l'action publique.

Autrement dit, quand bien même chaque territoire consentira à réaliser, pour ce qui le concerne, l'évaluation de la prise en charge de telle ou telle compétence, l'exercice de synthèse sera pour le moins difficile. Au-delà de la volonté de traiter de la décentralisation comme d'un processus avec un avant et un après transfert de compétences, les pouvoirs publics affichent aussi le souci de pouvoir garantir un égal traitement des citoyens sur le territoire : à l'instant t, comment accède-t-on à tel service public en différents points du territoire ? Dans quelle mesure bénéficie-t-on des mêmes prestations ?

Il s'agirait donc de constituer un système d'information à la fois adapté au périmètre des compétences transférées (si l'on veut rendre compte des progrès éventuellement réalisés) et cohérent pour permettre la comparaison à l'échelle du territoire. À vrai dire, il est peu probable que l'on ne puisse jamais juger globalement des progrès - ou des pertes - réalisés à la faveur du transfert des compétences. Il faudra se contenter d'approches partielles, monographiques le plus souvent, sans doute suffisantes pour le travail des historiens. En revanche, disposer d'un système d'observation pour rendre compte de la situation des territoires apparaît comme une exigence formelle de la décentralisation en cours. L'invisibilité entretenue dans un grand nombre de domaines de l'action publique, faute de règles quant à la constitution de l'information ou faute de contraintes pour les appliquer, dit assez l'ampleur de l'effort à accomplir (que l'on pense, par exemple, au RMI ou à l'ancienne aide médicale départementale).


L'expérimentation, quant à elle, consacre une forme de précarité de la décision : comme l'évaluation, elle postule qu'une politique est réversible en fonction de ses résultats. Il importe donc d'être en capacité de mesurer ces résultats et de revenir, le cas échéant, à la situation antérieure.


Samba Ndiaye  Economiste
Abdoulaye Samba Ndiaye
Professeur d'économie en Ile de France
Directeur Général de la société c2r-conseil.com
Consultant sénior en Création , Redressement, Reprise
Il a été diplômé de le l'IAE de Clermont Ferrand, Lyon 2 ( évaluations et politiques publiques)
Souvent il nous fait une chronique en direct sur FB sur la géo politique l'économie et l'actualité sénégalaise ( une mine d'informations précises et savantes-La lecture de ses articles très pointus mais accessibles à tous est un plus).
Ancien du Lycée A Sadji 1983

Publié dans Contribution

Nous poursuivons aujourd’hui l’entretien que nous a accordé la semaine dernière à l’ambassade du Sénégal à Paris, avenue Robert Schuman, son excellence M. Bassirou SENE.

Q - M. l’ambassadeur, sur l’important dossier de l’immigration, quelles solutions entrevoyez-vous lorsqu’on sait que 340 millions d’africains vivent avec moins d’un dollar par jour, que l’espérance de vie est de seulement cinquante-quatre ans et que le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 140/1000 ? Comment stopper, freiner la tentation à l’exode dans de telles conditions ?

B.S – La migration est dans l’ADN de l’homme depuis notre création. Il y a même eu par le passé des flux migratoires beaucoup plus importants que ce que nous connaissons actuellement. Aujourd’hui on pointe du doigt les migrants africains mais il y a quelques années c’était en sens inverse. Dans beaucoup de régions du monde si les migrants regagnaient aujourd’hui leur pays d’origine l’économie locale s’effondrerait du fait que beaucoup de professions, de métiers sont exercés par eux. Par ailleurs en raison de la pyramide des âges, près de 60% de la population de nombreux pays occidentaux a une moyenne d’âge supérieure à cinquante ans grâce à l’espérance de vie qui est plus grande en raison des découvertes scientifiques, des progrès médicaux et d’une meilleure alimentation et hygiène de vie. Par suite de leur vieillissement ces peuples ne peuvent plus être des opérateurs économiques. Ils ont donc besoin des migrants pour faire un travail, qu’au demeurant leurs nationaux n’acceptent pas le plus souvent. Il ne faut pas se voiler la face, or c’est cette situation bien réelle, concrète que l’on veut occulter. La migration est utile dans les deux sens, d’un côté pour l’Europe qui n’a plus les capacités humaines suffisantes pour faire face à son développement et de l’autre pour l’Afrique car l’apport en argent des migrants en direction de leurs pays d’origine représente une manne financière supérieure à l’aide publique au développement en Afrique. Pour le cas spécifique du Sénégal nous faisons en sorte de pouvoir retenir nos compatriotes qui veulent rester et vivre décemment au pays. Mais vous n’empêcherez jamais de partir des individus qui veulent explorer d’autres horizons, en dehors de tout besoin économique et social, d’aller à la rencontre d’autres milieux, d’autres communautés. Grâce à Dieu le Sénégal est un pays stable, où nous avons une nation sénégalaise, où il n’y a pas de tensions religieuses entre musulmans et chrétiens et où la démocratie fonctionne. Nous ne connaissons pas les problèmes politiques, religieux, sociaux, environnementaux qu’on voit ailleurs chez certains de nos voisins qui expliquent que les populations quittent ces pays. Nous sommes pour notre part épargnés par ce fléau.

Q - Dans ces conditions, comment interprétez-vous les signaux qui sont envoyés par certains pays européens qui entendent fermer leurs frontières aux nouveaux migrants ? 

B.S - Cela s’explique par la montée des populismes qui sont en mal de programme et qui jouent sur la corde sensible, sur la peur des populations à qui on présente les migrants comme des gens dangereux, qui apportent des maladies et nuisent à leur bien-être. Ce sont là des programmes de parti, mais pas un programme politique.

Q. - Redoutez-vous qu’un jour en France un mouvement de ce type puisse exister ?

B.S – Mais cela existe déjà ! Il y a ici des partis politiques qui professent le mépris de l’autre. Cette réaction est essentiellement le fait de pays développés qui possèdent 80 % des ressources alors qu’ils représentent à peine plus de 5% de la population. Dès lors ils ont une réaction de repli sur soi, de méfiance,voire d’hostilité pour l’autre, qu’on soupçonne de vouloir prendre ce que vous possédez. Or ces autres cherchent seulement à obtenir leur dû et il ne faut pas oublier que ces « autres » en question, qu’on chasse aujourd’hui, étaient hier colonisés, esclavagisés et privés de toutes leurs ressources, leurs biens, leurs enfants. Penser que la richesse d’aujourd’hui a été travaillée par ceux qui en bénéficient est une erreur.

Q – La Chine est de plus en plus présente économiquement sur le continent africain, le président Macky Sall a accueilli il y a peu le président chinois, cela signifie-t-il que le Sénégal entend faire de l’Empire du milieu un partenaire privilégié ?

B.S – Mon pays est ouvert à tous les partenaires potentiels, nous avons d’excellentes relations avec la Chine en effet, mais aussi avec l’Inde, le Brésil, l’Arabie Saoudite ou encore le Maroc, mais je le répète la France est notre premier partenaire en ce qui concerne notre développement et elle assure les subventions les plus importantes pour le Sénégal.

Q – J’en reviens à la Chine, pardonnez-moi, on l’accuse souvent de piller les ressources du continent africain, comme hier, vous le rappeliez à l’instant, les colonisateurs européens ont pu le faire.  C’est vrai pour les forêts, le bois, des terres mais aussi le sable dont ils ont besoin pour alimenter les cimenteries et faire face à leurs besoins énormes en matière de construction, etc.

B.S – A la différence du passé, aujourd’hui nous signons des marchés, des accords avec la Chine alors que du temps de la colonisation il n’y avait rien de cela. C’est la différence entre piller et commercialiser. En 2018 les dirigeants qui s’engagent dans ces partenariats économiques ont été démocratiquement élus par leur peuple et sont légitimes pour contracter ces marchés, dans l’intérêt de chacune des parties. 

Q – Vous ne redoutez donc pas de voir demain les chinois comme de nouveaux colonisateurs ?

B.S – L’Afrique à trop souffert de ce genre de situation dans l’histoire pour l’accepter aujourd’hui. La Chine met actuellement soixante milliards à la disposition de l’Afrique sur trois ans, vingt milliards par an, qui va refuser cela ? Nous avons des déficits d’infrastructures, il y a des pays où entre la capitale et les autres villes il n’y a pas de connexion, pas de ponts, il n’y a pas de ports, pas d’eau, pas d’électricité, comment voulez-vous que nous refusions cette main tendue.

Q – S’agissant des Etats-Unis, dont l’actuel président a eu des mots très durs, presque injurieux à l’égard des africains, quelle est votre position ?

B.S – Le président du Sénégal à réagi en son temps à cette attitude de D. Trump. Le plus important est qu’au-delà de tels propos le Sénégal entretient d’excellentes relations avec l’Amérique, d’Etat à Etat. Nous avons en commun plusieurs programmes, économiques mais aussi sur la santé, en particulier pour lutter contre le sida et ceux-ci fonctionnent bien.

Q – Dans sept mois, monsieur l’ambassadeur, des élections présidentielles vont avoir lieu au Sénégal. Aujourd’hui on est à plus de quatre-vingt candidats à la candidature (qui devront satisfaire au paiement d’une caution et à la réunion de milliers de parrainages avant d’être officiellement déclarés), face à un chiffre aussi pléthorique faut-il voir là un signe de vitalité ou plutôt caricatural de la démocratie ?

B.S – Nous pensons que c’est plutôt le signe de la pertinence, de la sagesse de notre président qui a fait du Sénégal un pays stable, où il fait bon vivre, où il y a des opportunités. D’ici 2021 nous serons peut-être le cinquième producteur de pétrole et de gaz, alors inévitablement cela nourrit quelques appétits. Quant au prochain président c’est Dieu qui en décidera, car le pouvoir sur les hommes est un prolongement du pouvoir divin. Peut-être aussi qu’en France aux prochaines élections il y aura une avalanche de candidats inconnus. Le système de parrainage que nous avons mis en place permettra cependant de filtrer les candidatures pour ne retenir que les plus représentatives.

suite et fin de notre interview de l’ambassadeur du Sénégal en France, Monsieur Bassirou SENE. 

Publié dans Politique
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